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La paix girouette Fady NOUN

OPINION
23/05/2008
Est-ce le désir de paix qui a vaincu ? Est-ce un réveil de la conscience ? Un retour à la raison ? Il semble, hélas, que non. Ce qui est venu à bout de 18 mois de crise qui ont fait du Liban un pays assisté, c’est une « conjoncture favorable » qui s’appelle négociations de paix indirectes entre Israël et la Syrie. Des négociations trop importantes pour que, dans la cour des petits, on continue à faire la guéguerre. Ce qui probablement ne gâte rien, aux yeux des anciens tuteurs, c’est que le compromis ait été signé à Qatar et non, par exemple, à Beyrouth, ce qui aurait prouvé que les Libanais sont capables de maturité et de raison, ou encore en Arabie saoudite, ce qui aurait montré que la diplomatie saoudienne peut supplanter l’obstructionnisme syrien. Le prestige qui en aurait rejailli sur l’un et l’autre pays aurait été bien trop insupportable pour certains. Ces réserves faites, disons que cette paix conjoncturelle, que cette paix girouette, a quand même du bon. Qu’il y a là quelque chose à prendre pour le Liban : par exemple la levée du campement de l’opposition, qui a paralysé un des centres nerveux de l’industrie touristique. Une seconde bonne chose à prendre serait la relance des institutions, l’élection d’un président de la République et la formation d’un gouvernement d’union nationale ou l’opposition possède un droit de veto. Certes, cette possibilité de blocage va freiner, une année durant, toute réforme en profondeur sur laquelle majorité et opposition seraient en désaccord. Mais enfin... mieux vaut cela que la désobéissance civile ! Mais sur le fond, ou disons sur l’un des points-clés de la crise, les armes du Hezbollah, rien n’a été accompli et rien ne le sera vraiment, car ces armes sont le signe d’un conflit de société et non d’une crise politique passagère. Ils reflètent l’existence de deux projets politiques incompatibles : une société islamiste, et de surcroît militarisée, fabriquée au Liban, sous licence iranienne, et une démocratie, toute boiteuse qu’elle soit. Bien sûr, ce projet n’a pas que des défauts. Il rejoint les chrétiens sur certaines de leurs valeurs, notamment sur le plan moral, mais il demeure d’essence étrangère à la raison et à la modernité, telles que les comprend le christianisme. Si aucun progrès n’est accompli, c’est aussi que le document de Doha ne parle nulle part de la Résistance, mais bannit l’utilisation des armes à des fins politiques, ce que le Hezbollah nie avoir fait durant les quelques jours de violence de mai. C’était peut-être « de la politique par d’autres moyens », il n’empêche, ça ressemblait beaucoup à une guerre civile. Pour diverses raisons, ces heurts ont tourné court. Ils n’en ont pas moins infligé de grandes déchirures au tissu social libanais, terni l’image du Hezbollah et, jusqu’à un certain point, celle de la troupe, accusée par certains de non-assistance à population en danger. Ces choses qui ne se réparent pas en un jour. D’autres dossiers demeurent en souffrance, notamment celui des relations entre la Syrie et le Liban. Tout se passe en fait comme si, à côté de chaque avantage de l’accord de Doha, il y avait une lacune capable de le compromettre. Ainsi de ce temps de réflexion qui nous est offert, alors que la jungle médiatique s’épaissit où règne la loi du plus beau parleur... et du meilleur déguisement. On dit aussi que le compromis de Doha a permis le bricolage d’une loi électorale équitable, offrant de réelles chances aux candidats. Admettons. Mais laissera-t-on les Libanais voter dans un an ? L’inventivité pour le mal n’aura-t-elle pas à nouveau le dessus, et le processus de déconstruction de l’État ne va-t-il pas reprendre au premier signal ? Au cas par exemple où une puissance régionale aurait besoin d’une boîte postale ? Mais si les choses vont mal à nouveau, ce ne sera pas la faute des Libanais ; leur maturité ne sera pas en cause. C’est seulement que certains de leurs chefs devront être interdits de parole, ou de préférence jetés aux requins.

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