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Malgré le cyclone, la junte prépare son référendum à Rangoun

«Ils nous traitent comme si nous n’étions pas des humains » : Ko Myo, chauffeur de taxi à Rangoun, fulmine depuis que des fonctionnaires municipaux ont frappé à sa porte pour lui rappeler qu’il devait aller voter cette semaine. En dépit de la gravité de la crise humanitaire en Birmanie, 17 jours après le passage du cyclone Nargis qui a fait 133 600 morts et disparus, le gouvernement des généraux a toujours l’intention d’organiser samedi la deuxième et dernière phase d’un référendum constitutionnel dans 47 municipalités où le scrutin n’avait pu avoir lieu le 10 mai en raison de la catastrophe. Il s’agit de sept municipalités du delta de l’Irrawaddy, frappées de plein fouet par le cyclone des 2 et 3 mai, et de quarante autres de la région de Rangoun, la plus grande ville du pays, qui a également subi des destructions considérables. Des coupures d’électricité et des pénuries d’eau continuent d’empoisonner la vie de millions d’habitants de Rangoun, tandis que, dans l’Irrawaddy, région fermée à la presse, des témoins disent que des restes de corps décomposés jonchent encore des rizières et que des survivants n’ayant reçu aucune aide mendient sur des routes. Le 15 mai, la junte a annoncé que 92,4 % des électeurs, qui avaient été appelés à voter cinq jours plus tôt dans la plupart des États de l’Union birmane, avaient approuvé une nouvelle Constitution censée ouvrir la voie à des « élections multipartites » en 2010. Le régime avait évalué à « 99,07 % » la participation à cette première phase du référendum, dont le résultat – annoncé avant la phase prévue samedi – a été rejeté par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix maintenue en isolement depuis des années dans sa résidence à Rangoun. Indépendamment du contenu de la Constitution qui, selon des dissidents, pérennise l’influence de l’armée au pouvoir depuis 1962, la LND a estimé qu’il était totalement incongru de « donner la priorité » au processus référendaire, au vu de la gravité de la situation humanitaire. « Je n’irai pas voter », ose lâcher le chauffeur de taxi Ko Myo. « Ça ne m’intéresse pas. Je suis en colère contre eux (les généraux) en raison du cyclone. » La Birmanie est accusée d’avoir filtré l’aide internationale et d’avoir ralenti la distribution des secours en refusant qu’elle soit assurée par des travailleurs humanitaires étrangers, en particulier occidentaux. Hier, elle a finalement accepté que ses pairs de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) coordonnent l’aide étrangère. À Rangoun, on trouve de la nourriture, mais les prix ont doublé depuis le cyclone. L’essence a augmenté de 50 %, mais cela n’empêche pas des représentants de la junte de rouler de nuit à travers la ville pour encourager par haut-parleur les électeurs à voter samedi, ont indiqué des habitants. « Ils disent qu’une personne peut déposer des bulletins de vote pour l’ensemble de la famille. La moitié de mes voisins ont déjà voté par anticipation. La plupart ont voté contre la Constitution », dit un électeur de la municipalité de Tamwe. Nombreux sont ceux qui déclarent redouter des représailles des autorités s’ils ne vont pas voter samedi. « Je voterai “oui” comme les autres. Nous n’avons pas le choix, dit Ni Ni, étudiante de 25 ans. J’aurais des ennuis si je ne le fais pas. » Dans le delta de l’Irrawaddy, les autorités exercent le même genre de pressions sur des sinistrés, affirme un volontaire qui a distribué des secours dans cette zone dévastée. « Les personnes évacuées feront tout ce que les autorités leur diront de faire si on leur donne de la nourriture. »
«Ils nous traitent comme si nous n’étions pas des humains » : Ko Myo, chauffeur de taxi à Rangoun, fulmine depuis que des fonctionnaires municipaux ont frappé à sa porte pour lui rappeler qu’il devait aller voter cette semaine. En dépit de la gravité de la crise humanitaire en Birmanie, 17 jours après le passage du cyclone Nargis qui a fait 133 600 morts et disparus, le gouvernement des généraux a toujours l’intention d’organiser samedi la deuxième et dernière phase d’un référendum constitutionnel dans 47 municipalités où le scrutin n’avait pu avoir lieu le 10 mai en raison de la catastrophe.
Il s’agit de sept municipalités du delta de l’Irrawaddy, frappées de plein fouet par le cyclone des 2 et 3 mai, et de quarante autres de la région de Rangoun, la plus grande ville du pays, qui a également...