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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB La loi du plus mort

Un parti qui a pour raison d’être, pour irréductible vocation, la guerre peut-il humainement être facteur de stabilité et de sécurité dans les affaires domestiques ? Et ce parti peut-il se targuer d’être celui de Dieu sans susciter, à la longue, la méfiance de tous les autres enfants que compte ce même et unique Dieu ? Cette double interrogation, les derniers jours sont venus lui donner un brûlant regain d’actualité. Éclipsée un moment (mais à aucun moment occultée) par la crise présidentielle et les stériles discussions à distance sur un gouvernement d’union, la question de l’armement du Hezbollah occupe à nouveau le centre du débat national : un dossier assez explosif comme cela, soudain réouvert, de surcroît, dans le plus inflammable des contextes sécuritaires. Boudée par une bonne partie des syndicats, la grève pseudosyndicale de mercredi décrétée contre la vie chère aura vite été récupérée ainsi – et dévoyée – par ceux qui, depuis des mois, s’acharnent à dénier toute possibilité de vie au gouvernement ; et par-delà le gouvernement, à l’État. De fait, ce n’est pas pour réclamer davantage de pain, mais pour s’assurer le douteux monopole de la poudre que les trublions ont envahi les rues, incendié des pneus, coupé des routes, agressé des individus, attenté – au lance-roquettes RPG parfois – à des biens publics et privés. D’autres barricades érigées en réaction, à Beyrouth et en province, ont achevé de compartimenter, de saucissonner un pays qui tire une gloire imméritée de sa passion pour la coexistence, et qui n’a tiré nulle leçon des sombres expériences du passé. Et parce que la poudre ne saurait connaître de monopole, parce que certains mots peuvent causer autant de dégâts que des obus, des fusillades en règle ont éclaté en plusieurs points de Beyrouth-Ouest, à peine Hassan Nasrallah venait-il de clôturer, hier après-midi, une conférence de presse des plus attendues. Cette prestation n’aura pas manqué d’assertions aussi incongrues que graves. Parodiant Yasser Arafat circa 1974, qui prenait la parole à l’ONU le fusil dans une main et une branche d’olivier dans l’autre, Nasrallah n’a offert d’autre alternative toutefois qu’une humiliante reculade du gouvernement, ou alors la guerre, une guerre. La contre- proposition avancée en soirée par le chef de la majorité parlementaire n’en paraît que plus raisonnable : en échange d’une réouverture des routes, immédiatement suivie d’une élection présidentielle, c’est à l’armée que serait confiée la gestion pratique des dossiers de la surveillance illégale des pistes de l’aéroport de Beyrouth et du réseau de télécommunications pirate. Il reste que l’armée elle-même n’a pas trop droit à des cadeaux : Nasrallah voit bien en celle-ci la seule institution étatique encore debout, mais il ne manque pas de la placer dans la plus embarrassante des situations, la condamnant, à terme, à l’inaction (et donc à la déchéance) ou bien alors à une intervention à hauts risques. La main qu’il se promet de trancher au besoin, c’est aussi, c’est même surtout, celle d’une armée dont le Hezbollah se voulait, jusqu’à ce jour, l’indispensable auxiliaire. Le plus incroyable est pour la fin : à en croire Nasrallah, l’État n’est rien d’autre qu’une association de malfaiteurs et de vendus, même pas une milice ; en revanche, la milice est l’État ! Rarement prétention à la conquête du pouvoir aura été plus explicite ; rarement aussi les accusations – visant surtout le leader druze Walid Joumblatt et tout fonctionnaire qui accepterait de succéder au chef de la sécurité de l’AIB, limogé mardi – n’auront autant ressemblé à des incitations au meurtre. Pour la République tout entière, c’est tout autant, désormais, une question de vie ou de mort. Que sévisse l’État, et il risque le naufrage dans un océan de violence. Qu’il laisse faire, il meurt aussi, mais à petit feu. Issa GORAIEB
Un parti qui a pour raison d’être, pour irréductible vocation, la guerre peut-il humainement être facteur de stabilité et de sécurité dans les affaires domestiques ? Et ce parti peut-il se targuer d’être celui de Dieu sans susciter, à la longue, la méfiance de tous les autres enfants que compte ce même et unique Dieu ?

Cette double interrogation, les derniers jours sont venus lui donner un brûlant regain d’actualité. Éclipsée un moment (mais à aucun moment occultée) par la crise présidentielle et les stériles discussions à distance sur un gouvernement d’union, la question de l’armement du Hezbollah occupe à nouveau le centre du débat national : un dossier assez explosif comme cela, soudain réouvert, de surcroît, dans le plus inflammable des contextes sécuritaires. Boudée par une bonne partie des...