Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

La Résistance piégée dans les venelles du vieux Beyrouth

Le Hezbollah est tombé dans le panneau que la majorité lui a tendu. Dans les zawarib, les ruelles du vieux Beyrouth. Et partant, dans les dédales de cette politique intérieure qu’il a peu pratiquée avant que le Syrien ne s’en aille. Il en vient ainsi à désavouer ses slogans-rois de lutte et d’armes exclusivement dirigées contre l’ennemi israélien. Donc à perdre beaucoup de son crédit populaire intrinsèque. Et de sa crédibilité dans le monde arabe. Qui voyait en lui un exemple de pureté, d’héroïsme, d’abnégation et de réussite unique dans la défense de la cause. Voici donc qu’il entreprend, tâche glorieuse, de libérer les zones mixtes de certains quartiers de la capitale de la présence des « futuriste » haririens. Plutôt que Chebaa ou la Palestine sœur de l’occupation sioniste. En s’efforçant, pour faire bonne mesure, et en s’inspirant du sinistre précédent israélien de 82, de couper l’oxygène au pays par suffocation de l’AIB. Et d’isoler Beyrouth d’elle-même comme du reste du Liban, par la fermeture de ses voies de jonction intérieures et de ses entrées. Son idéologie véritable, son but ? Tout simplement, répond un cadre du commissariat du 14 Mars, de s’emparer progressivement du pouvoir. Pour transformer le Liban en seconde République islamique, à l’image de l’Iran khomeyniste, son modèle et son parrain. Le Hezb, affirme ce loyaliste, cherche désormais à imposer par la force ses conditions. Directement, car ses courroies de transmission habituelles ne répondent plus à ses attentes. Ainsi, poursuit le majoritaire, Ghosn, de la CGTL, a annulé la manif que le parti lui avait (re)commandé d’organiser. Le syndicaliste s’est lavé les mains des troubles, des agressions, des actes diversifiés de violence, et des blocages de rue à coups de pneus enflammés et de tombereaux de sable. Ghosn semble donc avoir capté le message d’avertissement que lui avait adressé le président de l’Association des industriels, Fadi Abboud. En le mettant en garde contre le dangereux détournement à des fins politiques du mouvement de revendications salariales. Damas De même, le soutien des aounistes, pour déterminés qu’ils s’affirment à faire sauter le gouvernement, s’est révélé plutôt timide sur le terrain. Sagesse oblige, car une réédition des événements de janvier 2007 aurait pu avoir de funestes conséquences. Les militants ont reçu de strictes consignes de retenue, de ne pas descendre dans la rue, de ne pas répondre à d’éventuelles provocations FL. Tripoli, Zahlé ou Jezzine n’ont pas marché dans la grève, qui n’a été que très peu suivie à Saïda. Omar Karamé et Talal Arslane, ou même des radicaux prosyriens comme Wi’am Wahhab et Abdel Rahim Mrad, se sont abstenus de soutenir le Hezb. Last but not least, Nabih Berry s’est également distingué par sa discrétion. Quant à Sleimane Frangié, il se contente de pronostiquer un recours à l’insubordination civique. Ce qui fait dire à un diplomate qu’il y a probablement divergence de vues sur le modus operandi de la contestation entre le Hezbollah et Damas. Qui se focalise, selon Assad lui-même, sur la réouverture potentielle d’un processus de négociations avec Israël par le truchement de la diplomatie turque. Selon cet observateur, le régime syrien, qui souligne lui-même que les pourparlers doivent être conduits sous l’égide des USA, seuls garants imaginables d’un engagement israélien, aurait actuellement besoin de montrer un peu patte blanche à Washington. Si sensible sur le dossier libanais. Il ajoute que le meurtre de Imad Moghniyé en Syrie a constitué le point de séparation entre Damas et le Hezb. Le même diplomate en conclut que les stratégies régionales des deux parties, l’une de paix et l’autre de guerre, deviennent contradictoires. Et produisent une approche opposée du traitement de la crise locale. Action directe Le Hezb, privé de paravents internes et d’une couverture syrienne, s’est résolu à prendre les choses en main. Avec, du reste, une détermination dont il se vante. Ses porte-parole n’hésitent pas à affirmer que l’échec des tentatives pour prendre d’assaut le Sérail ou pour pousser Siniora dehors, à travers le sit-in des tentes, ne les décourage pas. Et que, cette fois, ils vont tout faire pour réussir. En s’aidant de trouvailles comme le concours architectural, sous forme de barricades barrant les routes, des camions déverseurs de gravier relevant d’une de leurs institutions, le Jihad al-bina’, l’Effort de reconstruction. Dont les véhicules sont aussi mis à contribution pour distribuer les pneus inflammables aux points névralgiques de Beyrouth ou ailleurs. Tandis que des brigades de motards transportent de leur côté des éléments armés d’un point chaud à un autre dans les quartiers intérieurs. Farès Souhaid, secrétaire général du 14 Mars, répète que le pays est désormais livré à une confrontation directe entre le projet d’État de droit, que les souverainistes défendent, et le projet de mini-État du Hezb. Qui ne peut parvenir à ses fins qu’en démolissant les structures nationales politiques et sécuritaires. Le parti, ajoute Souhaid, se montre prêt à brûler le Liban, plutôt qu’à discuter calmement de ses objections relatives aux décisions du Conseil des ministres. L’équation sur le terrain se résume dans la formule : Tu me coupes, je te coupe. Le Hezbollah a coupé l’AIB, des entrées et des rues de la capitale. La majorité a riposté en isolant des autres régions, comme de Beyrouth et de sa banlieue sud, les deux fiefs du Hezb, le Sud et la Békaa. Et encore une fois, c’est l’armée, épaulée par les FSI, qui joue les pompiers en intervenant avec résolution pour éviter le pire. Philippe ABI-AKL
Le Hezbollah est tombé dans le panneau que la majorité lui a tendu. Dans les zawarib, les ruelles du vieux Beyrouth. Et partant, dans les dédales de cette politique intérieure qu’il a peu pratiquée avant que le Syrien ne s’en aille. Il en vient ainsi à désavouer ses slogans-rois de lutte et d’armes exclusivement dirigées contre l’ennemi israélien. Donc à perdre beaucoup de son crédit populaire intrinsèque. Et de sa crédibilité dans le monde arabe. Qui voyait en lui un exemple de pureté, d’héroïsme, d’abnégation et de réussite unique dans la défense de la cause. Voici donc qu’il entreprend, tâche glorieuse, de libérer les zones mixtes de certains quartiers de la capitale de la présence des « futuriste » haririens. Plutôt que Chebaa ou la Palestine sœur de l’occupation sioniste.
En...