Cyrus Mody, manager de la Commercial Crime Services (CCS), le bras anticrime de la Chambre internationale de commerce basée au Royaume-Uni, revient sur la hausse des actes de piraterie maritime au large de la Somalie et dans le golfe de Aden.
Q- Depuis le début de l’année, l’actualité fait régulièrement état d’actes de piraterie maritime, du yacht français le Ponant, attaqué au large de la Somalie le 4 avril, au thonier espagnol, toujours aux mains des pirates, en passant par un navire émirati attaqué dans le golfe de Aden ou au pétrolier géant japonais attaqué à la roquette lundi dernier. Est-ce là un effet médiatique ou bien avez-vous noté une hausse réelle des actes de piraterie maritime ?
R- « Il y a clairement eu une hausse des attaques en mer. Nous estimons cette hausse à 20 % entre le premier trimestre de 2007 et le premier trimestre de 2008. Ces attaques ont essentiellement lieu dans les eaux du Nigeria et de la Somalie, et dans le golfe de Aden. »
Q- Comment expliquez-vous cette hausse ?
R- « En ce qui concerne la Somalie, ce pays est dépourvu de pouvoir central depuis 17 ans. Le pays est en outre en proie à une guerre civile depuis 1991. Cette situation est favorable pour les pirates qui estiment, à raison, avoir peu de chances d’être arrêtés par les forces de police ou punis par la justice de leur pays. »
Q- Qui sont les pirates ?
R- « Les pirates n’agissent pas individuellement. Ils sont généralement organisés en groupes, et il existe plusieurs groupes au large de la Somalie. Ils sont tres bien entraînés, très bien armés (le pétrolier japonais a été attaqué à la roquette et à l’arme automatique, NDLR) et très bien équipés. Nous avons notamment vu qu’ils disposent de petits bateaux pour aborder leur cible et de plus gros bateaux pour pouvoir fuir au large. Dans un pays aussi chaotique que la Somalie, il est facile pour eux de trouver des armes. En outre, avec l’argent qu’ils récoltent de leurs opérations et des rançons demandées, ils ont de quoi financer leurs achats. »
Q- Quels conseils donnez-vous aux navires qui doivent circuler dans les zones maritimes dangereuses ?
R- « Nous leur conseillons, si possible, d’éviter de circuler à moins de 200 miles de la côte est de la Somalie. Mais cela n’est pas toujours possible. Nous leur conseillons, en outre, d’être extrêmement vigilants quand ils croisent près de la côte est somalienne ou dans le golfe de Aden. La vigilance est l’un des meilleurs moyens d’éviter l’abordage. »
Q- Est-ce suffisant face à des pirates lourdement armés ? Les navires ne devraient-ils pas bénéficier d’une protection armée ?
R- « Selon les règles internationales, les navires commerciaux ne peuvent transporter des armes. Cela est illégal. En revanche, certaines compagnies réfléchissent effectivement, en ce moment, à faire appel aux services de compagnies privées de protection. »
Q- Actuellement, l’Espagne, la France et les États-Unis travaillent à un projet de résolution pour le Conseil de sécurité permettant de créer une force internationale de lutte contre la piraterie maritime. Un mécanisme qui pourrait permettre à des navires militaires d’entrer dans les eaux territoriales d’un pays afin de poursuivre des pirates. Ce mécanisme pourrait-il enrayer la hausse des actes de piraterie ?
R- « Cela pourrait effectivement rendre la tâche plus difficile aux pirates. On peut espérer que ce type de résolution, en dissuadant les pirates d’agir, permettrait de réduire le nombre d’attaques en mer. »
Propos recueillis par Émilie SUEUR
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Cyrus Mody, manager de la Commercial Crime Services (CCS), le bras anticrime de la Chambre internationale de commerce basée au Royaume-Uni, revient sur la hausse des actes de piraterie maritime au large de la Somalie et dans le golfe de Aden.
Q- Depuis le début de l’année, l’actualité fait régulièrement état d’actes de piraterie maritime, du yacht français le Ponant, attaqué au large de la Somalie le 4 avril, au thonier espagnol, toujours aux mains des pirates, en passant par un navire émirati attaqué dans le golfe de Aden ou au pétrolier géant japonais attaqué à la roquette lundi dernier. Est-ce là un effet médiatique ou bien avez-vous noté une hausse réelle des actes de piraterie maritime ?
R- « Il y a clairement eu une hausse des attaques en mer. Nous estimons cette hausse à 20 % entre le premier...