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Actualités - Opinion

Le vide institutionnel générateur de chaos sur tous les fronts Émile KHOURY

Le crime de Zahlé confirme, et aggrave, les appréhensions, ainsi que les avertissements quasi universels, concernant le risque de perdition du Liban tant qu’il reste sans tête et sans institutions. La scène locale reste ouverte devant les surprises et les chocs sécuritaires soudains, aux dires de l’ambassadeur Johnny Abdo. Quand la violence interne se manifeste, qu’il y ait complot ou non, mais on sait comment cela commence, on ne sait ni quand ni comment cela se termine. Les troubles, ou la guerre à Dieu ne plaise, deviennent incontrôlables. Et ce pays ne le sait que trop. Un seul moyen de prévention et de protection : l’élection d’un président de la République. Il en résulterait, d’abord, un premier coup de frein à l’angoissante récession, par la levée du sit-in des tentes dans le centre-ville, cette tare inouïe de spoliation qui bouche le poumon économique de la capitale. Ensuite, le réveil de la belle au bois dormant, cette Chambre introuvable aux portes closes depuis plus d’un an. Son inactivité, sa paralysie n’ont pas que des retombées politiques négatives. Elles constituent en effet, à leur tour, un lourd handicap sur le plan économique. Car, par son improductivité sans précédent, la Chambre actuelle a privé le pays d’un tas de projets et de travaux publics nécessaires, d’infrastructure ou de développement. Ce qui entraîne un tarissement accusé des investissements. Et, par conséquent, un chômage, source d’appauvrissement généralisé, qui atteint un taux record. Semi-coma Réanimation également, après la présidentielle, d’un Exécutif frappé de léthargie partielle, qui s’interdit toute décision majeure, pour ne pas faire exploser la situation. Et qui, en tout cas, ne peut pas traiter les projets, du moment que l’indispensable suivi parlementaire n’est pas assuré. Il y aurait, en principe, un gouvernement d’union pleinement actif, formé par un président du Conseil désigné, en accord avec le chef de l’État. Ou un cabinet de transition neutre. Ou encore une formule panachée, alliant politiciens et technocrates. Dans tous les cas de figure, la procédure de mise en place, tributaire des dispositions constitutionnelles, ne peut être ni décidée ni même envisagée, tant qu’il n’y a pas de président de la République. Car ce dernier garde le droit de refuser ou de retoucher toute proposition qui lui serait faite, s’il estime qu’il y va de l’intérêt national bien compris. Tout ce que les protagonistes peuvent faire avant l’élection du président, c’est de convenir d’une ligne politique générale à suivre, de s’entendre sur certains principes-clés, sur certaines bases de coopération. Ils pourraient peut-être s’accorder pour favoriser tel ou tel genre de loi électorale, en vue des prochaines législatives. Mais, en gros, ils devraient se contenter d’une déclaration d’intentions commune majorité-minorité. Le général Aoun se trompe quand il soutient que le tableau actuel est comparable à celui qui prévalait avant Taëf, lorsqu’il n’avait pas été possible non plus d’élire un président. À cette époque, le constat de vacance, rajouté à une situation de guerre, avait stimulé la quête d’un accord. Alors qu’aujourd’hui le vide institutionnel, objet même du conflit, empêche l’entente. Sans compter que le pays, exsangue, ne peut pas attendre encore des mois et des mois, le temps que les tractations sur des problèmes touffus puissent déboucher sur un arrangement. Épée de Damoclès Cela étant, il est certain que le climat milicien actuel, tellement dangereux, risque de persister tant que des fractions, le Hezbollah notamment, privent l’État du droit exclusif aux armes. Et même après l’élection d’un président, tout resterait compromis, entente politique en tête, par des débordements sécuritaires. Et il est encore plus certain que ce danger sera démultiplié, si le pays reste sans institutions. Des observateurs relèvent, du reste, que les législatives n’auraient rien de libre et de démocratique à l’ombre de l’intimidation milicienne armée. Comment, demandent-ils, certains candidats pourraient faire campagne, effectuer des tournées, organiser rencontres et meetings, en se sentant physiquement menacés, çà ou là. Ou interdits d’accès à des régions entières, ainsi qu’aux multiples îlots d’illégalité baptisés périmètres de sécurité, où l’État lui-même ne peut pas pénétrer. Puis comment empêcher des agressions, des affrontements sanglants, avant ou pendant le scrutin, dont les résultats s’en trouveraient annulés. Dans cette optique, ceux qui rêvent de prendre le pouvoir à travers les législatives, pour élire ensuite un président à leur guise, mettent le pays en danger d’implosion. Ou, à tout le moins, d’anarchie sans fin. Débouchant potentiellement sur la partition, et favorisant en tout cas l’implantation des Palestiniens que tous les Libanais affirment combattre. Répétons-le : pour parer le mal, il n’y a qu’un remède. L’élection, sans tarder, du candidat unique de consensus, le général Michel Sleimane. Suivie de la formation d’un cabinet, de préférence d’entente nationale. Car c’est seulement un gouvernement de la sorte qui peut traiter le grave symptôme des armes. Dans le cadre d’une stratégie de défense nationale incluant l’intégration étatique, sous une forme ou sous une autre, de l’arsenal du Hezbollah. Une légalisation, une égalisation entre les Libanais, sur laquelle le comité national de dialogue avait planché sans aboutir.
Le crime de Zahlé confirme, et aggrave, les appréhensions, ainsi que les avertissements quasi universels, concernant le risque de perdition du Liban tant qu’il reste sans tête et sans institutions. La scène locale reste ouverte devant les surprises et les chocs sécuritaires soudains, aux dires de l’ambassadeur Johnny Abdo. Quand la violence interne se manifeste, qu’il y ait complot ou non, mais on sait comment cela commence, on ne sait ni quand ni comment cela se termine. Les troubles, ou la guerre à Dieu ne plaise, deviennent incontrôlables. Et ce pays ne le sait que trop.
Un seul moyen de prévention et de protection : l’élection d’un président de la République. Il en résulterait, d’abord, un premier coup de frein à l’angoissante récession, par la levée du sit-in des tentes dans le centre-ville, cette tare...