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Actualités - Chronologie

Paradoxes et aléas de la censure au Liban

Malgré le libre accès à Internet et le piratage courant au Liban, le bureau de censure de l’État demeure actif dans un pays où toute œuvre qui touche à Israël et à la religion risque l’interdiction, rapporte Rana Moussaoui dans un reportage à l’AFP. Des films ayant obtenu des oscars comme La liste de Schindler, la musique du célèbre violoniste Yehudi Menuhin, les chansons d’Enrico Macias... la liste des œuvres jugées « inappropriées » est longue. « La censure sévit depuis des décennies dans notre pays, selon des critères absurdes et sous prétexte de la sécurité de l’État », affirme Bassam Eid, directeur de production dans la société de distribution cinématographique Circuit Empire. Frank Sinatra, Elizabeth Taylor ou Paul Newman ont longtemps été interdits pour leur identité juive, leur « sympathie » envers cette communauté ou leur participation dans un film dirigé par un cinéaste juif, Beyrouth ayant scrupuleusement respecté la « liste noire » du bureau de boycottage d’Israël rattaché à la Ligue arabe. Dernière polémique en date : le film d’animation Persépolis sur la Révolution islamique iranienne a été interdit par la Sûreté générale, chargée de la censure, avant d’être autorisé sous la pression de l’opinion publique. « Je sais qu’avec Internet la censure paraît ridicule, mais nous interdisons les œuvres portant atteinte à la religion car ce sujet est trop sensible » au Liban, explique le directeur de la Sûreté générale, Wafiq Jizzini. La censure s’applique en effet si l’œuvre incite aux dissensions confessionnelles, porte atteinte aux mœurs ou à l’autorité de l’État, ou favorise la propagande israélienne. « Il faut ménager les sensibilités », poursuit le général Jizzini, indiquant être souvent à l’écoute des dignitaires religieux tout-puissants. « Autrement, ils me feraient la guerre. Imaginez qu’on diffuse les caricatures de Mahomet ou le film néerlandais Fitna ! » Ainsi le roman et le film Da Vinci Code ont été retirés sur intervention de l’Église, qui jugeait qu’ils portaient « atteinte aux croyances chrétiennes ». La religion et Israël « La société libanaise est trop imprégnée par la religion pour accepter une atteinte au sacré », affirme la responsable d’une librairie à Beyrouth, sous le couvert de l’anonymat. « En mars, un numéro spécial du magazine (français) Le Point sur Israël a été saisi, affirme la libraire. Souvent, des revues arrivent avec des pages arrachées à cause d’un article sur la beauté d’une ville israélienne. » Sont toutefois disponibles les romans de l’Israélien Amos Oz ou l’ouvrage Israël en état de choc, de Frédéric Pons, sur la guerre entre le Hezbollah et Israël (2006). « Censurer l’Orchestre philharmonique d’Israël est compréhensible, mais pas Jascha Heifetz, n° 1 mondial du violon, qui est juif, non israélien. En revanche, Daniel Barenboïm ou Gilad Atzmon sont autorisés car ils sont jugés antisionistes ! » affirme-t-elle. Les œuvres libanaises sont aussi censurées. Une pièce de théâtre satirique de Rabih Mroué, sur la guerre civile libanaise, a été interdite l’année dernière puis autorisée. Le général Jizzini se défend d’avoir interdit Persépolis parce qu’il est proche du Hezbollah, indiquant avoir également censuré un ouvrage du Libanais Roger Akl qui « s’attaque au régime saoudien ». Il souhaite « être libéré de cette coupe empoisonnée », estimant que « la censure devrait relever du ministère de la Culture ». Le ministre concerné, Tarek Mitri, souhaite lui-même abolir cette pratique « dépassée ». « Un projet de loi prévoit d’abolir la censure préalable et instaurer un “comité de sages” indépendant qui serait juge », dit-il.
Malgré le libre accès à Internet et le piratage courant au Liban, le bureau de censure de l’État demeure actif dans un pays où toute œuvre qui touche à Israël et à la religion risque l’interdiction, rapporte Rana Moussaoui dans un reportage à l’AFP.
Des films ayant obtenu des oscars comme La liste de Schindler, la musique du célèbre violoniste Yehudi Menuhin, les chansons d’Enrico Macias... la liste des œuvres jugées « inappropriées » est longue.
« La censure sévit depuis des décennies dans notre pays, selon des critères absurdes et sous prétexte de la sécurité de l’État », affirme Bassam Eid, directeur de production dans la société de distribution cinématographique Circuit Empire.
Frank Sinatra, Elizabeth Taylor ou Paul Newman ont longtemps été interdits pour leur identité juive, leur...