Il n’est jamais très évident d’évoquer Murr père… L’homme est une bête politique comme il en existe dans chaque pays – massive la bête, polychrome, intelligente, aussi brillante que haïssable ; une espèce de constante avec laquelle il faut, toujours, plus ou moins faire, que son étoile brille beaucoup ou peu ou pas. Cela impose du recul, beaucoup de recul, de l’objectivité, une connaissance presque intuitive de mille et un algorithmes, une maîtrise assurée de tous les calculs politiques, jusqu’aux plus retors…
Exercice encore moins évident lorsque cet ex-ministre de l’Intérieur auprès duquel Fouchet et Scarpia réunis passeraient pour deux jouvencelles, cet ex-ministre de l’Intérieur dont les méthodes valsaient souvent entre assadisme et franquisme, ce meneur de Metniotes (d’une petite mais intéressante partie d’entre eux) totalement hermétique au moindre rudiment de démocratie décide de se transformer en champion toutes catégories de l’État de droit, en fervent républicain.
La métamorphose Murr est intéressante dans sa forme.
Cet ancien faiseur de rois – du temps de l’occupation syrienne dont il était l’une des premières sentinelles – est sans doute nostalgique ; en manque d’une certaine omnipotence dont il était carrément addict. Ce Je ne dépends de personne asséné comme une gifle à la face du chef du CPL – et en plein meeting populaire qui plus est : on dirait Pompée qui se rebelle contre César ; cela sonne comme un serment et un sacré avertissement, ébauché il y a quelques semaines lorsqu’il avait rappelé au monde en général et aux aounistes en particulier qu’un Metniote, ça ne descend pas dans les rues, ça va voter. Mais si Murr père est peut-être courageux, il n’est assurément pas téméraire : son allégeance au patriarche maronite est un signal fort envoyé dans plus d’une direction – kesrouanaise notamment (et oui : Meerab est au Kesrouan…).
La métamorphose Murr est intéressante dans son fond.
Au-delà de la scission avec le bloc aouniste, certainement passionnante pour toutes celles et ceux, ici et outre-Masnaa, qui s’époumonent depuis des jours et des jours à exiger des législatives anticipées même avant l’élection présidentielle ; au-delà de ce débauchage passif et très consentant, de cette nouvelle recrue au sein du 14 Mars, fût-elle encore inconsciente de sa nouvelle identité/appartenance, la métamorphose Murr a déclenché une dynamique parlementaire christiano-chrétienne qui s’annonce assez sympathique : le bon docteur Salhab, entre autres, a décidé hier d’entrer dans la danse.
Personne n’est en mesure de prévoir si cette dynamique aboutirait, et, surtout, à quoi. Penser qu’elle pourrait permettre au commandant en chef de l’armée de s’installer à Baabda le 23 avril serait particulièrement naïf. Il y a quelque chose de fascinant dans ce triangle des Bermudes des Michel : en essayant de marginaliser Michel Aoun, Michel Murr entreprend rien moins que de créer un nouveau lobby et de faire de Michel Sleimane, le cas échéant, son obligé, son débiteur. Ce lobby, naturellement, n’aurait qu’une influence morale, un impact et un poids communautaires, identitaires donc, loin d’être négligeables. À condition que le député de Bteghrine réussisse à assurer un quasi-consensus chrétien – encore une fois : surtout parlementaire – autour de l’urgence de l’élection immédiate d’un président de la République.
Rien n’est moins sûr : Michel Murr en a certainement l’ambition – elle est démesurée. Il lui manque néanmoins l’essentiel : la crédibilité. Cet homme a passé pratiquement toute sa (longue) carrière dans la chose publique à contourner, déconstruire, empêcher et bafouer : il en faut un peu plus, beaucoup plus qu’un discours au Palais des Congrès pour prétendre à une vertu, une nouvelle virginité politique. Cela ne veut pas dire qu’on doit nécessairement échapper à une mort presque certaine, à un attentat à la voiture piégée pour être reborn : Murr père devra trouver d’autres voies pour fusionner avec son fils. Et, surtout, quitter ses habits de zaïm de province.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il n’est jamais très évident d’évoquer Murr père… L’homme est une bête politique comme il en existe dans chaque pays – massive la bête, polychrome, intelligente, aussi brillante que haïssable ; une espèce de constante avec laquelle il faut, toujours, plus ou moins faire, que son étoile brille beaucoup ou peu ou pas. Cela impose du recul, beaucoup de recul, de l’objectivité, une connaissance presque intuitive de mille et un algorithmes, une maîtrise assurée de tous les calculs politiques, jusqu’aux plus retors…
Exercice encore moins évident lorsque cet ex-ministre de l’Intérieur auprès duquel Fouchet et Scarpia réunis passeraient pour deux jouvencelles, cet ex-ministre de l’Intérieur dont les méthodes valsaient souvent entre assadisme et franquisme, ce meneur de Metniotes (d’une petite mais...