À quelques mois de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, de sport il n’est pas question. Parcours chaotique de la flamme, protestations, menaces de boycott... Cette année, les JO sont au cœur de l’actualité politique. Les affaires du monde, de la protection de l’environnement à celle des minorités ou des droits de l’homme, priment sur les exploits sportifs à venir. Les JO de Pékin, tellement polémiques, seraient-ils une erreur de parcours ?
À regarder de plus près l’histoire des Jeux olympiques, ces derniers ont rarement été une bulle à l’écart de la marche du monde, une sphère dans laquelle l’homme donnerait le meilleur de lui-même dans un esprit de saine compétition.
L’un des mythes fondateurs des Jeux est d’ailleurs pour le moins sanglant. Selon ce mythe, Pélops, fils de Tantale et protégé de Poséidon, aurait institué les Jeux afin d’honorer la mémoire de son beau-père, le roi Oenomaos. Ce dernier avait trouvé la mort lors d’une course contre Pélops, le char du roi, tiré par des chevaux merveilleux, ayant été saboté par sa propre fille qui souhaitait ardemment épouser le fils de Tantale. Les Jeux olympiques seraient donc nés du besoin d’expier un crime.
De 776 avant J-C à 393 après J-C, date à laquelle l’empereur byzantin Théodose Ier mit fin aux Jeux olympiques, ces derniers furent régulièrement rejoints par l’« actualité » : la trêve sacrée violée par les Arcadiens ; des réunions politiques organisées lors des olympiades sous le règne de Philippe de Macédoine et de son fils Alexandre ; les Jeux vampirisés par Rome...
Il faut attendre la fin du XIXe siècle et Pierre de Coubertin pour que les Jeux olympiques reprennent vie. Les premiers Jeux de l’ère moderne sont organisés à Athènes en 1896. Rapidement, les problèmes reprennent.
La question du boycott, tellement d’actualité avec les Jeux de Pékin, est soulevée dès 1908. Des athlètes irlandais boycottent les Jeux de Londres, afin de protester contre le refus britannique d’accorder à l’Irlande son indépendance. Quelques années plus tard, les Jeux sont annulés pour cause de guerre mondiale. En 1936, les débats reprennent sur l’opportunité d’un boycott des Jeux de Berlin organisés par le régime nazi. Finalement, seuls quelques athlètes juifs refusent de participer à la compétition. Le régime d’Hitler, de son côté, s’emploie activement à transformer les Jeux en moyen de propagande. La Seconde Guerre mondiale entraîne une nouvelle annulation des Jeux.
La guerre finie, le Jeux reprennent. La question du boycott revient rapidement au cœur des débats alors que le monde entre dans la guerre froide. Lors des Jeux d’Helsinki, en 1952, les sportifs russes restent de leur côté de la frontière et ne la traversent que pour participer aux compétitions. Quatre ans plus tard, c’est le Moyen-Orient qui fait parler de lui. L’Égypte, l’Irak et le Liban refusent de participer aux Jeux de Melbourne pour protester contre la guerre de Suez. En 1964, pas de boycott, mais l’interdiction faite à l’Afrique du Sud de participer aux Jeux de Tokyo en raison de son régime d’apartheid. Huit ans plus tard, les Jeux basculent dans l’horreur avec la prise en otages, par un commando palestinien, d’athlètes israéliens à Munich. Bilan : 11 athlètes israéliens tués.
Durant les années 80, les opérations de boycott atteignent leur paroxysme. En 1980, 62 pays, les États-Unis en tête, sont absents des Jeux de Moscou pour dénoncer l’intervention militaire soviétique en Afghanistan l’année précédente. Quatre ans plus tard, réponse du berger à la bergère : Moscou, suivi d’une série de pays du bloc de l’Europe de l’Est, boycotte les Jeux de Los Angeles.
Avec l’apaisement des grands conflits mondiaux, l’effacement progressif des grandes lignes de fracture, la politique laisse enfin la place au sport. Barcelone, Atlanta, Sydney, Athènes : les Jeux se déroulent globalement dans le calme. Seul sujet de polémique : le coût de l’organisation de l’événement.
Aujourd’hui, Pékin a relancé la guerre des Jeux. Une nouvelle crise, à l’image des nouveaux enjeux internationaux. Les JO ne sont pas une bulle, mais une caisse de résonance de l’état du monde. Et comme le monde, les Jeux surmonteront cette crise, comme ils ont surmonté les précédentes. Là réside peut-être l’essence des JO : une dose d’hypocrisie, un zeste de médiocrité, mais toujours le surpassement, toujours la résilience. Nés sur la terre de jeu de dieux et déesses aux instincts comploteurs, les JO ne seraient-ils pas finalement qu’un pur condensé d’humanité ?
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À quelques mois de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, de sport il n’est pas question. Parcours chaotique de la flamme, protestations, menaces de boycott... Cette année, les JO sont au cœur de l’actualité politique. Les affaires du monde, de la protection de l’environnement à celle des minorités ou des droits de l’homme, priment sur les exploits sportifs à venir. Les JO de Pékin, tellement polémiques, seraient-ils une erreur de parcours ?
À regarder de plus près l’histoire des Jeux olympiques, ces derniers ont rarement été une bulle à l’écart de la marche du monde, une sphère dans laquelle l’homme donnerait le meilleur de lui-même dans un esprit de saine compétition.
L’un des mythes fondateurs des Jeux est d’ailleurs pour le moins sanglant. Selon ce mythe, Pélops, fils de Tantale et...