Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB (Re)passez le menu !

D’avoir été claironnée en deux temps, de l’avoir été à partir de Damas même, ne suffit guère pour rendre plus digeste une colossale contrevérité (et on reste poli !). La Syrie, nous assure-t-on ainsi, la main sur le cœur, ne pose aucune condition à une entente interlibanaise. Bien qu’absente (absente, vraiment ?) des négociations passées entre parties libanaises, elle se considère liée par les décisions arrêtées à l’époque, notamment en ce qui concerne la nécessité de délimiter sa frontière avec le Liban et d’échanger avec celui-ci des représentations diplomatiques. Et dans un bel élan de générosité, elle se tient prête à contribuer à la stabilité et à la sécurité de leur pays, pour peu que les Libanais le lui demandent. Toutes ces excellentes dispositions, c’est le président Nabih Berry qui s’en est fait l’enthousiaste convoyeur lundi, au terme d’un long entretien avec les plus hautes autorités syriennes. On aurait bien mauvaise grâce, certes, de reprocher à Nabih Berry ses tentatives épisodiques de faire quelque chose pour hâter une issue de la crise. Cette admirable volonté d’aboutir, encore faudrait-il cependant que le président de l’Assemblée commence par y croire lui-même. Allié de longue date de la Syrie, il est on ne peut mieux placé pour être parfaitement au fait des visées hégémoniques de Damas. Pour s’y être longtemps prêté (et avec lui, il est vrai, le gros de l’establishment politique), il n’ignore rien de la règle syrienne – diviser pour régner – qui a prévalu tout au long de l’ère de l’occupation. Celle-ci disparue, Berry s’est assuré une place dans le Guinness Book of Records en devenant le premier président de Parlement au monde à cadenasser les portes du domaine qu’il avait au contraire charge d’animer. Louable promoteur d’un premier et éphémère dialogue national, il en aura malheureusement été aussi le fossoyeur en décrétant sans crier gare la suspension des débats : ceux-là mêmes dont il souhaite aujourd’hui – fort louablement, une fois de plus – la reprise. C’est dire que le chef du Législatif, qui a entrepris d’écouler sur le marché politique local une bonne volonté syrienne des plus hypothétiques, n’échappe pas lui-même à un sérieux problème de crédibilité : un homme qui n’est pas libre de ses mouvements, selon les termes cruels – ou charitablement compréhensifs au contraire, cela dépend du point de vue – dont a usé hier le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner. Or ce problème, ce n’est pas la dernière démarche du leader d’Amal qui peut, telle quelle, le régler. Voilà en effet que Berry, qui liait publiquement toute percée dans la crise libanaise à une miraculeuse entente entre la Syrie et l’Arabie saoudite, croit soudain possible de contourner ou même de favoriser de telles retrouvailles arabes par le biais magique de discussions interlibanaises. Dans la foulée, c’est une image idyllique qui nous est proposée d’une Syrie se refusant toujours, pourtant, à concrétiser ses prétendues bonnes intentions. Sous prétexte d’épauler une initiative de la Ligue arabe que Damas et ses poulains s’obstinent à interpréter à leur guise, c’est ce même plan que l’on donne la nette impression de chercher à doubler, pour ne pas dire à contourner, à brouiller. Last but not least, tout cela a lieu au moment précis où Fouad Siniora dénonce la scandaleuse prise d’otages dont le Liban est victime : au moment où Beyrouth s’efforce de rameuter les pays arabes pour obtenir un suivi de la décision historique de la Ligue de se saisir de l’épineux dossier des rapports syro-libanais, adoptée lors du récent sommet de Damas. Ce problème de crédibilité ne devrait pas être absolument insurmontable toutefois. Nabih Berry devrait commencer par réaliser que ni son statut de président-verrouilleur de l’Assemblée ni celui de pilier de l’opposition ne font désormais de lui, aux yeux d’une grande partie de l’opinion, le coordinateur idéal – et encore moins l’arbitre naturel – du débat national : rôle qui revient d’autorité à ce fantomatique président de la République dont l’élection est entravée depuis des mois par ladite opposition et ses très visibles parrains syrien et iranien. C’est là que doit résider la priorité absolue, et Berry aurait effectivement mérité de la patrie s’il négociait avec la majorité l’ordre du jour des débats, au lieu de l’imposer d’office. Ce n’est pas à un touchant banquet de retrouvailles que le président de l’Assemblée convie son monde. Et c’est par un choix approprié du menu que commence, cette fois, la convivialité. Issa GORAIEB
D’avoir été claironnée en deux temps, de l’avoir été à partir de Damas même, ne suffit guère pour rendre plus digeste une colossale contrevérité (et on reste poli !).

La Syrie, nous assure-t-on ainsi, la main sur le cœur, ne pose aucune condition à une entente interlibanaise. Bien qu’absente (absente, vraiment ?) des négociations passées entre parties libanaises, elle se considère liée par les décisions arrêtées à l’époque, notamment en ce qui concerne la nécessité de délimiter sa frontière avec le Liban et d’échanger avec celui-ci des représentations diplomatiques. Et dans un bel élan de générosité, elle se tient prête à contribuer à la stabilité et à la sécurité de leur pays, pour peu que les Libanais le lui demandent.

Toutes ces excellentes dispositions, c’est le président...