On le comprend volontiers, ce pauvre général Michel Sleimane, qui en a par-dessus le dos de jouer les présidents en sursis, sinon les ex-futurs présidents. On le comprend, qui prend une retraite anticipée dès le mois d’août prochain pour ne pas être reconduit dans ses hautes fonctions militaires : qui, autrement dit, ne veut pas jouer non plus les Émile Lahoud et passer six nouvelles années à se ronger le frein au ministère de la Défense dans l’attente d’un accès, forcément hypothétique, au palais de Baabda. Oui, on comprend Sleimane, qui trouve non seulement fastidieux mais suprêmement humiliants, de surcroît, tous ces mensongers ralliements à sa candidature de consensus, toutes ces conditions et contre-conditions dont celle-ci se trouve sans cesse grevée.
En fait, on comprend si bien Michel Sleimane qu’on s’étonne que ce militaire qui, durant les dernières années de crise, a assumé de manière impeccable une charge des plus délicates, se soit si longtemps prêté au jeu des capricieuses cotations en bourse présidentielles, des tournées de grand-duc incluant les diverses instances politiques et religieuses, des tractations discrètes avec les chefs de file, avant de se décider à lancer son pavé dans la mare. Les remous n’auront pas manqué bien sûr, mais le résultat n’en demeure que plus incertain.
À l’évidence, l’annonce de jeudi vise à placer tout un chacun face à ses responsabilités nationales. À cette fin, c’est une échéance des plus graves qui vient soudain s’ajouter à un agenda déjà bien chargé. Le Liban divisé, éclaté, au gouvernement contesté, à la présidence confinée dans les limbes, le Liban privé de Parlement et qui est néanmoins à un an d’une consultation populaire, le Liban qui flirte depuis des mois avec les désordres de rue (si ce n’est avec la guerre civile) et qui n’est pas à l’abri pour autant d’une conflagration régionale, ce Liban-là doit songer sérieusement maintenant à coiffer d’un patron reconnu et respecté de tous son principal organisme sécuritaire, sa seule institution encore debout.
Mais est-on bien sûr que l’épouvantail agité par les uns ne représente pas, au contraire, les souhaits même pas secrets des autres ? De la démission des six ministres au torpillage en continu de l’élection présidentielle en passant par la squatterisation du centre-ville de Beyrouth et l’outrageuse élimination de la Chambre des députés, la démarche de l’opposition n’aura été en effet qu’un processus de démantèlement méthodique, ininterrompu, des composantes étatiques, obéissant à des impératifs extralibanais, ou alors à des ambitions personnelles aussi explicites que dévorantes. Son coup de gueule à l’adresse de la classe politique, assorti d’un précoce adieu aux armes ne signifient pas forcément, certes, le retrait définitif du général Sleimane de la course à la présidence. Mais sa décision n’a en rien modifié ce mélange de bruyants hommages et de pervers crocs-en-jambe dont il est gratifié : le risque d’un retour à la case zéro qu’implique l’avertissement ne faisant que redonner vie, au contraire, aux espérances de maints autres candidats... à la candidature de consensus.
Toutes ces ambiguïtés, ce n’est pas le projet de relance du dialogue national nourri par Nabih Berry qui, à ce stade, a quelque chance de les lever. C’est là en fait que l’on ne comprend plus rien, pour salutaire, pour méritoire bien sûr, que soit ce regain d’intérêt pour un débat suspendu naguère, ne l’oublions pas, par souveraine décision du seul et même Berry. Car non seulement c’est mettre la charrue devant les bœufs que de présumer unilatéralement du fruit des discussions (un accord global, dont l’élection présidentielle ne serait qu’un point, parmi d’autres), comme le fait prestement le président de l’Assemblée ; c’est, de surcroît, placer la charrue libanaise devant ce même bulldozer de la Ligue arabe que Damas et ses alliés se sont ingéniés à enliser sans avoir l’air d’y toucher.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats On le comprend volontiers, ce pauvre général Michel Sleimane, qui en a par-dessus le dos de jouer les présidents en sursis, sinon les ex-futurs présidents. On le comprend, qui prend une retraite anticipée dès le mois d’août prochain pour ne pas être reconduit dans ses hautes fonctions militaires : qui, autrement dit, ne veut pas jouer non plus les Émile Lahoud et passer six nouvelles années à se ronger le frein au ministère de la Défense dans l’attente d’un accès, forcément hypothétique, au palais de Baabda. Oui, on comprend Sleimane, qui trouve non seulement fastidieux mais suprêmement humiliants, de surcroît, tous ces mensongers ralliements à sa candidature de consensus, toutes ces conditions et contre-conditions dont celle-ci se trouve sans cesse grevée.
En fait, on comprend si bien Michel Sleimane qu’on...