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Actualités - Opinion

Brefs rappels de l’histoire, en réponse au discours de Damas

C’est par des interrogations de caractère historique, qui portent leurs réponses en elles-mêmes, que des sources officielles ainsi que des indépendants chevronnés commentent, d’une même voix, les récentes assertions du président syrien, Bachar el-Assad, devant le sommet arabe. Ce réquisitoire récapitulatif s’égrène comme suit : Depuis quand la Syrie se soucie-t-elle de vérifier qu’il y a accord entre les Libanais avant de fixer ses propres positions par rapport à la scène locale ? Est-ce depuis qu’elle a parachuté à sa guise quarante députés, après Taëf, sans demander leur avis aux Libanais ? Est-ce quand elle a imposé, contre ce même avis exprimé à 87,4 %, les législatives de 1992, qui ont donné des députés « élus » par 45 ou par 135 voix ? Est-ce que la Syrie s’est demandée ce que voulaient les Libanais quand elle a fait proroger le mandat du président Hraoui, lui-même réticent à l’idée ? N’a-t-elle pas forcé alors les présidents Berry et Karamé, également réfractaires, à voter l’amendement à main levée ? N’a-t-elle pas répété, encore plus outrageusement, sa transgression avec le président Lahoud, en faisant fi de la légalité internationale et de la 1559 ? Oublie-t-on que la Syrie a obligé le Parlement libanais, le plongeant ainsi dans la honte, à se dédire au sujet de la modification du code de procédure pénale, pour que les retouches favorisent ses protégés ? La Syrie a-t-elle tenu compte de la volonté de la majorité libanaise lui demandant de se replier sur la Békaa, en prélude à un retrait total, conformément aux dispositions de Taëf ? Retrait prévu dans les deux ans et qu’elle aura mis quinze ans à accomplir, du reste contrainte et forcée par la révolution du Cèdre, comme par la communauté internationale et la 1559 du Conseil de sécurité. Quand a-t-on vu la tutelle syrienne se préoccuper de l’entente nationale libanaise lors de la formation des gouvernements, tous monochromes et à sa botte ? Peut-on nier que durant quinze ans, une composante essentielle du pays politique est restée non seulement exclue, mais aussi persécutée ? N’est-il pas vrai qu’avant la 1701, pendant de longues années, foulant aux pieds l’entente entre les trois présidents libanais, la Syrie a empêché le déploiement de l’armée au Sud ? Quel accueil la Syrie a-t-elle donc réservé aux résolutions du comité de dialogue national libanais, pourtant prises à l’unanimité ? Les a-t-elle applaudies, du moment qu’elles cristallisaient cette entente qu’elle prétend défendre aujourd’hui ? Ne les a-t-elle pas démolies en forçant ses amis du cru à se rétracter, à renier leur parole ? Dans ce cadre, est-ce que la Syrie a fait le moindre effort pour normaliser ses rapports avec le Liban par l’échange d’ambassadeurs, le démantèlement des bases palestiniennes d’obédience syrienne hors des camps et le tracé des frontières en commençant par Chebaa ? Peut-on croire la Syrie quand elle soutient qu’elle n’a aucune influence sur ses alliés du cru, alors qu’en même temps, elle se vante ouvertement d’être encore plus forte sur la scène politique libanaise qu’avant son retrait ? Conflit double Retour à l’actualité. Spécialiste du blocage en tout genre, le régime syrien a interdit au sommet de traiter de la crise libanaise en prétextant l’absence du pays concerné. En même temps, faisant écho à l’opposition locale, il continue à soutenir que l’initiative arabe induit un package deal préalable aux parties indissociables. Walid Moallem a ainsi répété que Damas s’oppose à l’élection d’un nouveau chef de l’État libanais tant qu’il n’y a pas eu accord sur les autres points du programme arabe. Pour le même responsable syrien, « puisque le Liban est souverain, il n’a qu’à régler lui-même ses problèmes ». Ce qui, à tout prendre, revient à renier cette même initiative arabe dont il est cosignataire. Alors que, pour l’Arabie saoudite et pour l’Égypte, dont la lecture est assez clairement corroborée par la Ligue elle-même, il faut procéder par ordre : la présidentielle en premier lieu, la formation d’un cabinet d’entente ensuite puis la loi électorale. Avec entente sur la composition du gouvernement et, éventuellement, sur la 1960, à travers un dialogue sous l’égide du nouveau président. Et, enfin, l’organisation de législatives anticipées. Ou pas. Car le processus global pourrait bien prendre cette année entière qui nous sépare encore de la date normale de la consultation populaire. Il se confirme ainsi que le sommet n’a strictement rien modifié à la situation d’impasse. Aucune éclaircie en vue tant que l’opposition continue à faire obstacle à la présidentielle. Tandis que la majorité insiste sur cette priorité, d’autant qu’elle est facile d’accès du moment qu’il y a accord sur Michel Sleimane. On reste donc dubitatif sur ce que Amr Moussa pourrait obtenir en reprenant ses efforts. Ou sur ce qu’il pourrait sortir des nouvelles tentatives de conciliation que Berry annonce. Perspectives Pour le moment, Damas maintient sa ligne de pressions consistant à placer la majorité devant une alternative négative : ou accepter un gouvernement que ses bons amis contrôleraient par le biais du tiers de blocage ; ou admettre que le prochain président ne fasse que de la figuration. Faute de quoi, ce serait le statu quo de vide institutionnel. Jusqu’aux prochaines législatives censées déboucher sur un renversement des rôles entre majorité et minorité. Donc sur le rétablissement, sous une forme ou sous une autre, de la tutelle syrienne. Émile KHOURY
C’est par des interrogations de caractère historique, qui portent leurs réponses en elles-mêmes, que des sources officielles ainsi que des indépendants chevronnés commentent, d’une même voix, les récentes assertions du président syrien, Bachar el-Assad, devant le sommet arabe. Ce réquisitoire récapitulatif s’égrène comme suit :
Depuis quand la Syrie se soucie-t-elle de vérifier qu’il y a accord entre les Libanais avant de fixer ses propres positions par rapport à la scène locale ? Est-ce depuis qu’elle a parachuté à sa guise quarante députés, après Taëf, sans demander leur avis aux Libanais ?
Est-ce quand elle a imposé, contre ce même avis exprimé à 87,4 %, les législatives de 1992, qui ont donné des députés « élus » par 45 ou par 135 voix ?
Est-ce que la Syrie s’est demandée ce que...