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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Polichinelle(s) Ziyad MAKHOUL

Treizième semaine de 2008. Même pas démarré, et déjà l’échec. Le retentissant, l’assourdissant – le somptueux échec. La Famille Assad, ce Guignol’s band totalement immunisé contre toutes les formes de ridicule, avait pourtant considérablement misé sur son sommet, qu’elle entendait voir révolutionner la petite histoire de la planète arabe. Un all in que la Famille doit sans doute déjà regretter et qu’elle pourrait payer cher. Très. Ce ne sont ni les Saoudiens, ni les Égyptiens, ni les Jordaniens, ni même les Américains : les Libanais en général, l’Alliance du 14 Mars en particulier et, surtout, Fouad Siniora n’en finiront décidément pas de transformer les nuits des Syriens en d’infinis cauchemars, leurs géomancies d’apprentis sorciers en machine à perdre, leurs besoins/envies de revanche en de stériles et monomaniaques obsessions… Fouad Siniora : aidé certes par d’affligeantes et d’inattendues conjonctures astrales, voilà un ancien second couteau, qui toujours trottinait sagement derrière son idole, littéralement transfiguré, devenu même cet étourdissant homme d’État – bien plus haut, bien plus loin, bien plus fort que Rafic Hariri ne l’a jamais été de son vivant. Mandaté par un gouvernement absolument entré dans l’histoire (c’est le premier, toutes époques confondues, à avoir réussi à arracher, d’une façon définitive, le monopole de la Résistance – la vraie, celle qui s’exerce sans discernement, sans ambiguïtés et sans atermoiements contre les deux ennemis de ce pays), c’est ce Siniora reloaded qui va raconter au monde entier les misères que le Liban endure au quotidien, les exactions en tout genre et autres escroqueries, crimes et délits commandités par la Famille ; c’est ce même Siniora qui va expliquer, au monde, que si tout est bloqué au Liban, c’est bien mille fois plus à cause des mauvaises relations libano-syriennes que des Libanais eux-mêmes. Une solidarité, une primauté de la communauté de destin censée toujours cimenter les Libanais, dont feraient bien d’ailleurs de s’inspirer les caciques syrianophiles de l’encore très libanais camp du 8 Mars, Hassan Nasrallah et Michel Aoun en tête. Le toujours délicieux Walid Moallem sait bien de quoi il parle : les absents n’ont effectivement pas le droit de s’exprimer. Effectivement, la Syrie, incurablement étrangère à tout ce qui touche à la démocratie, aux libertés ou à l’État de droit, ferme sa gueule depuis longtemps dans tous les cénacles de la communauté internationale. Mais ce que le chef de la diplomatie syrienne ne sait pas, c’est que le Liban n’a vraiment pas besoin du sommet de Damas pour faire entendre sa voix, ni du regard baissé (sur ses Berlutti vernies) de Bachar el-Assad au moment de la lecture de la lettre de Fouad Siniora. Parce que Fouad Siniora a décidé que ce serait le mot du Liban, avec plusieurs heures d’avance, qui ouvrirait ces assises panarabes réduites pratiquement à leur plus simple expression. Avec certes beaucoup de componction dans la forme, mais autant de fermeté dans le fond, le Premier ministre a été par six (beaux) chemins pour lancer son triple message : à la Famille, pour lui asséner une magistrale leçon de politique ; aux Arabes, pour ramener à leur bon souvenir leurs responsabilités dans un éventuel règlement de la crise libano-syrienne ; et enfin, à tous ceux, au Liban même, qui prétendent se soucier, du fond de leurs tentes dans le néopérimètre de sécurité du centre-ville, du sort de la très maronite présidence de la République. Le toujours délicieux Walid Moallem a dû en hoqueter. Le Liban n’a pas seulement osé boycotter le sommet que Damas attendait depuis plus d’un an : ce petit, si petit Liban est aussi la cause, après celui décidé par la communauté internationale (l’air de la Tamise va bien à Nicolas Sarkozy : sa rechiraquisation autorise quelques beaux espoirs…), de l’isolement de la Syrie par les Arabes eux-mêmes, du moins les plus importants d’entre eux. Le camouflet publiquement, ostentatoirement asséné à Damas par Ryad, Le Caire et Amman, pour ne citer qu’eux, ne fait pas seulement plaisir : il augure certainement d’un changement profond dans la conception, l’agencement et l’ergonomie de la politique interarabe. Un new deal que ce petit, si petit Liban a provoqué presque tout seul ; un pied de nez de l’histoire équivalent, a compris Marwan Hamadé, à la chute du mur de Berlin. Rien que pour cela, l’échec du sommet en terres syriennes devient particulièrement relatif : c’est aussi une belle réussite. Malgré toutes les horreurs dont il a été l’instigateur, Assad père aurait assurément tenté de mettre un frein à cette hémorragie ; peut-être même aurait-il réussi à sortir son pays de cette marginalisation désormais quasi générale dont la Syrie est, à très juste titre, la cible. Le problème ? Il est simple comme une équation à une inconnue : sous l’ère du fils, il est plus que probable que la Famille va essayer de resserrer encore plus ses liens avec l’Iran ; plus que probable qu’au Liban, les explosions vont bourgeonner de nouveau et l’impasse politique devenir encore plus invivable. Reste qu’en ce début de printemps 2008, quelque chose semble s’être mis en marche. Comme en 2005, devant les caméras et les micros. Sauf que cette fois, c’est sur les tréteaux syriens que cela se joue.
Treizième semaine de 2008.
Même pas démarré, et déjà l’échec. Le retentissant, l’assourdissant – le somptueux échec. La Famille Assad, ce Guignol’s band totalement immunisé contre toutes les formes de ridicule, avait pourtant considérablement misé sur son sommet, qu’elle entendait voir révolutionner la petite histoire de la planète arabe. Un all in que la Famille doit sans doute déjà regretter et qu’elle pourrait payer cher. Très.
Ce ne sont ni les Saoudiens, ni les Égyptiens, ni les Jordaniens, ni même les Américains : les Libanais en général, l’Alliance du 14 Mars en particulier et, surtout, Fouad Siniora n’en finiront décidément pas de transformer les nuits des Syriens en d’infinis cauchemars, leurs géomancies d’apprentis sorciers en machine à perdre, leurs besoins/envies de revanche en...