Quand donc le régime syrien va-t-il enjoindre à ses fidèles locaux de débloquer la présidentielle ? Avant le sommet, pour qu’il se tienne en présence d’un président libanais, comme Moallem le laisse entendre ? Pendant la conférence, pour récupérer, ramasser, la solidarité arabe ? Ou après, quand il aura obtenu, à travers les débats, ce qu’il demande, notamment la neutralisation du tribunal international ?
Pour le moment, Damas résiste aux pressions. En misant sans doute sur le fait que les Arabes feraient quand même, tous ensemble, acte de présence au rendez-vous qu’il organise chez lui. Ne serait-ce que pour tenter, une dernière fois, de l’amener à composition. Mais cela veut dire aussi que Damas ne souhaite pas que le sommet se tienne avec qui serait présent, comme on dit dans les convocations d’assemblées générales. En d’autres termes, qu’il puisse être boudé par des partenaires aussi capitaux que l’Égypte, l’Arabie saoudite, le conglomérat du Golfe ou encore le voisin jordanien. Des États qui pourraient du reste agir pour faire tout simplement annuler le sommet.
En tout cas, même une réunion à effectifs réduits serait un sévère revers de crédibilité pour le pays organisateur. Et, dans le cas particulier de la Syrie, constituerait une aggravation de l’isolement frôlant la rupture définitive des ponts. Des ponts d’or s’entend, car le manque à gagner en investissements et en assistances financières, ou autres, serait énorme pour une économie syrienne pour le moins fragile. Sans compter que le bouclier assuré par les proaméricains au régime syrien face à l’hostilité US deviendrait par trop perméable.
Joute
Revenons à la phase présente. La Syrie ferraille, sur le plan diplomatique, en défendant la thèse que la tenue même du sommet doit être automatique, rituelle, fonctionnelle. Ne dépendant donc d’aucun dossier international ou régional. Elle fait valoir que la rencontre ne la concerne pas seule, mais interpelle la solidarité de tous les membres de la Ligue face aux périls et aux problèmes de l’heure. En d’autres termes, pour Damas, il est de l’intérêt de tous de se réunir pour assurer une coordination interarabe protectrice. Et ceux qui s’absenteraient seraient responsables des conséquences négatives, ou même néfastes, de la rupture d’unité.
Cependant, ce point de vue syrien ne semble pas du tout convaincre les puissances arabes dites modérées. Beaucoup de diplomates prévoient dès lors que le sommet soit reporté. Voire transféré ailleurs, ce qui serait une gifle monumentale pour Damas. En effet, Ryad, Le Caire, et bien d’autres, estiment qu’il n’est pas possible, ni admissible, de se réunir dans une capitale qui, finalement, sabote elle-même la composition du sommet arabe, la liste des invités normaux, en empêchant le Liban d’y être représenté au niveau requis. Cette position de base signifie toutefois que le sommet serait non pas transféré mais reporté jusqu’à ce qu’il y ait un président libanais en titre.
Dans ce même contexte, et dans ce même esprit, le renvoi se justifierait par une volonté commune d’éviter que la conférence ne tourne au crêpage de chignon, et au règlement de comptes. Avec risque de dislocation de la communauté arabe. Autrement dit, comme le relève un diplomate arabe en poste à Beyrouth, le sommet, censé cristalliser la solidarité de la Ligue, en deviendrait au contraire le point de rupture.
Il reste moins d’un mois, et l’on aborde maintenant la dernière ligne droite. Le 5 mars, six jours avant le nouveau rendez-vous fixé pour la présidentielle libanaise, le Conseil de la Ligue se retrouve au niveau des ministres des AE pour discuter de la mission Moussa et de ses résultats. Et, en même temps, pour passer en revue les préparatifs du sommet.
Émile KHOURY
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Pour le moment, Damas résiste aux pressions. En misant sans doute sur le fait que les Arabes feraient quand même, tous ensemble, acte de présence au rendez-vous qu’il organise chez lui. Ne serait-ce que pour tenter, une dernière fois, de l’amener à composition. Mais cela veut dire aussi que Damas ne souhaite pas que le sommet se tienne avec qui serait présent, comme on dit dans les convocations...