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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB À l’Est, rien de nouveau

Notre pays au dynamisme légendaire, qui bouillonne jusqu’à la démesure de vitalité, qui pète littéralement le feu au point de s’y brûler lui-même plus qu’à son tour, notre pays où il se passe toujours quelque chose, où l’on peut mourir de toute chose sauf d’ennui, ce pays-là le voilà maintenant comme figé dans le temps et l’espace, vivant à l’heure du non-évènement. L’ordre public ne s’en porte pas plus mal, et c’est cela de gagné bien sûr. Si le rationnement du courant électrique est toujours là en effet, du moins ne se fait-on plus tuer pour si peu dans les rues pour, et les échauffourées nocturnes dans les quartiers sensibles de Beyrouth ont pris fin comme par enchantement. On n’aura fait, en somme, que flirter avec la guerre civile, en se gardant bien d’aller jusqu’au bout : pour admirables de magnanimité et de noblesse que soient ces scrupules, la population reste sur sa faim et son angoisse, guettant sans plus trop y croire les premières hirondelles d’un hypothétique printemps libanais. Non-évènements, en attendant, que toutes ces stériles allées et venues du médiateur arabe Amr Moussa, régulièrement devancé en éclaireur (et c’est seulement manière de parler !) par son vaillant adjoint Hicham Youssef. Non-évènements, que ces tirades lénifiantes dont use le secrétaire général de la Ligue devant les médias pour annoncer que beaucoup reste encore à faire, mais que la situation n’est pas désespérée. Non-évènements encore, que ces rencontres quadripartites au Parlement où les sourires aux photographes des participants, attablés comme pour un bridge amical, ne trompent plus personne quant à la nature des sentiments que se portent les protagonistes. Non-évènements, encore et toujours, que ces fastidieuses variations sur le même et sempiternel thème du tiers de blocage obstinément revendiqué par l’opposition et non moins opiniâtrement rejeté par la majorité : la palme de la banalité revenant à ces reports d’une élection présidentielle pourtant capitale, devenus à tel point routiniers qu’ils ne méritent plus qu’un entrefilet dans les journaux. Blocage, c’est entendu, mais quelle calamité à venir se propose-t-on de bloquer au juste ? Quelle dictature domestique, quelle extraordinaire initiative de politique étrangère, quelle dérogation aux lois fondamentales du pays, à la place qu’il occupe traditionnellement dans le concert des nations arabes, l’opposition, Hezbollah en tête, prétend-elle donc conjurer ? Et tant de véhémente insistance pour se doter des moyens légaux de bloquer à tout crin, en se défendant naturellement de vouloir s’adonner à cette charmante et constructive occupation, ne traduit-elle pas plutôt une volonté implacable de faire sauter la barque ou bien alors de la réaménager à son goût et à ses conditions : de soumettre à sa propre loi le futur gouvernement d’union sous peine de le paralyser totalement ? Face à une telle impasse, il est clair que Amr Moussa a beaucoup trop perdu de temps à chercher à résoudre sur place une crise libanaise dont la dimension régionale n’échappe pourtant à personne, à commencer par lui-même. Mais sans doute le respect de certaines formes commandait-il un tel passage à vide, étalé sur des mois. Quoi qu’il en soit, l’affaire n’est plus désormais du ressort du secrétaire de la Ligue, mais des rois et présidents, appelés à se réunir le 29 mars prochain à Damas. Étrange sommet en vérité, que celui-là, qui, l’espace d’une année entière, fera théoriquement de la plus controversée des capitales arabes, la plus en rupture avec le club des têtes couronnées, celle de ce même establishment arabe. Ce n’est pas peu, pour une Syrie passablement isolée, en raison de ses violences libanaises et de son alliance stratégique avec l’Iran. Mais cela a un prix, et c’est la levée de tous les obstacles que pose Damas, par l’entremise de ses amis locaux, à l’élection du candidat de consensus à la présidence, le général Michel Sleimane. À défaut, il n’y aurait pas de sommet à Damas ; au mieux, maints souverains et chefs d’État y brilleraient par leur absence. Reste à savoir ce qui, du retour de la paix entre Arabes ou du classique enjeu libanais, pèsera plus lourd aux yeux des Syriens. Issa GORAIEB
Notre pays au dynamisme légendaire, qui bouillonne jusqu’à la démesure de vitalité, qui pète littéralement le feu au point de s’y brûler lui-même plus qu’à son tour, notre pays où il se passe toujours quelque chose, où l’on peut mourir de toute chose sauf d’ennui, ce pays-là le voilà maintenant comme figé dans le temps et l’espace, vivant à l’heure du non-évènement.

L’ordre public ne s’en porte pas plus mal, et c’est cela de gagné bien sûr. Si le rationnement du courant électrique est toujours là en effet, du moins ne se fait-on plus tuer pour si peu dans les rues pour, et les échauffourées nocturnes dans les quartiers sensibles de Beyrouth ont pris fin comme par enchantement. On n’aura fait, en somme, que flirter avec la guerre civile, en se gardant bien d’aller jusqu’au bout : pour...