La situation politique quasi chaotique au Pakistan, qui résulte de l’annonce de l’instauration de la loi martiale par le président Pervez Musharraf l’année dernière et de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto, a fait l’effet d’un tsunami dans toute l’Asie du Sud-Est. Si le gouvernement Musharraf revenait sur ses engagements de restaurer la démocratie parlementaire, la crise du Pakistan ne serait pas seulement exacerbée : elle se propagerait dans l’ensemble de la région.
L’avenir du Pakistan est en jeu et déterminera à son tour le sort politique des pays voisins qui luttent aussi contre la violence du fondamentalisme islamique. Le Pakistan sera-t-il entraîné sur la voie de l’extrémisme islamique et de la loi d’urgence, ou bien parviendra-t-il finalement à la modernité en tant que nation laïque dirigée par ses citoyens ? Ce choix servira d’exemple à toute l’Asie, puisque le Pakistan est depuis longtemps le sanctuaire d’el-Qaëda et de ses cohortes talibanes, cachés dans une région inhospitalière à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Ces terroristes islamiques connus dans le monde entier risquent de faire pencher la balance d’un extrême à l’autre dans plusieurs pays.
Les répercussions de l’assassinat de Benazir Bhutto iront sûrement au-delà des frontières pakistanaises. L’instabilité croissante du pays a déclenché un amer débat aux États-Unis sur la viabilité à long terme du gouvernement de Musharraf soutenu par le gouvernement et sur le maintien ou non de l’aide financière américaine au Pakistan. Malgré le chaos apparent, il n’est pas judicieux de tourner le dos au Pakistan. En septembre dernier, Ayman al-Zawahiri, le bras droit d’Oussama Ben Laden, a transmis des enregistrements vidéo exhortant au jihad au Pakistan et dans le monde entier. Les dernières menaces de Ben Laden étaient elles aussi universelles. Avec la violence extrémiste au Sri Lanka (les Tigres tamouls), au Bengale occidental (les Naxalites), au Bangladesh (les fondamentalistes islamiques), au sud de la Thaïlande (les séparatistes islamiques), à Java (Jamaa Islamiya) et à Basilan (Abu Sayyaf), plane le danger qu’el-Qaëda et ses satellites fomentent des attaques ailleurs, en particulier contre des cibles vulnérables.
Les dirigeants concernés ont compris cela. Au sommet de Cebu (Philippines), qui s’est tenu il y a un an, les chefs de file de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Asean) ont adopté la convention de lutte contre le terrorisme, qui a pour but de prévenir les actes terroristes grâce à des systèmes d’alerte précoce ; l’utilisation de territoires des membres de l’Asean par ceux qui financent, planifient, facilitent ou commettent des actes terroristes ; et les mouvements de terroristes et de groupes terroristes par un contrôle efficace aux frontières et la vérification des documents d’identité ou de voyage.
Coopérer pour faire face à la terreur est plus facile à dire qu’à faire, compte tenu de la diversité en matière de gouvernance, de culture, de langue et de religion, ainsi que de la politique centrale de l’Asean de non-ingérence dans les affaires intérieures de ses membres. La politique en question a permis de rester unis au fil des ans, malgré de sérieux désaccords. Or, lorsqu’il s’agit de lutte antiterroriste, la non-ingérence est devenue le plus gros handicap de l’association.
Un homme averti d’une faiblesse en vaut deux. La première mesure préventive que tout gouvernement doit prendre face à une offensive renouvelée d’el-Qaëda en Asie du Sud Est est de tenir pleinement compte de la créativité, la mobilité, l’expertise technique et des capacités financières des groupes suicidaires. Souvenez-vous du terroriste condamné Ramzi Youssef, retrouvé chez lui à Islamabad après avoir été arrêté en février 1995.
Fulminant au sujet de la découverte de l’opération « Bojinka » (explosifs) à Manille le mois d’avant, Ramzi Youssef a déclaré : « Nous prendrons les mesures les plus sévères pour que tous les intérêts philippins à l’intérieur et en dehors du pays soient détruits. (...). Nos mesures incluront l’assassinat de personnalités de premier plan, en premier lieu du président philippin (Ramos) (...). Nous sommes également en mesure d’utiliser des armes chimiques et des gaz toxiques contre les institutions vitales, les populations et les sources d’eau potable (…) »
Au plus fort de la guerre d’Afghanistan dans les années 80, le Pakistan servait de voie secrète aux militants musulmans philippins entre l’Afghanistan et l’île de Mindanao, depuis longtemps bastion des rebelles musulmans. Leur expérience dans la guérilla a fait naître des leaders tels que les frères Abdurajak Janjalani et Khadaffy Janjalani, fondateurs du groupe terroriste Abu Sayyaf qui sème le chaos aux Philippines. En novembre dernier, Wahab Akbar, membre musulman du Congrès des Philippines représentant l’île de Basilan, a été tué avec cinq autres personnes devant la Chambre des représentants par un engin explosif improvisé du type de ceux utilisés au Pakistan, en Afghanistan et en Irak. Sa mort devrait servir d’avertissement à tous les gouvernements d’Asie du Sud-Est : soit nous luttons ensemble, soit nous perdons séparément contre el-Qaëda.
*Fidel V. Ramos est un ancien président des Philippines.
© Project Syndicate, 2008. Tradduit de l’anglais par Magali Decèvre
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L’avenir du Pakistan est en jeu et déterminera à son tour le sort politique des pays voisins qui luttent aussi contre la violence du fondamentalisme islamique. Le Pakistan sera-t-il entraîné sur la voie de l’extrémisme islamique et de la loi d’urgence, ou bien parviendra-t-il finalement à la modernité en tant que...