Il est admirable de bonne volonté, de doigté, de patience et de persévérance ; fin diplomate, il est rompu à l’art d’arrondir les angles. Ce qui paraît manquer toutefois à Amr Moussa pour réussir enfin dans sa mission libanaise, c’est cette arme du dernier recours qui fait la force de tout médiateur, dès lors que l’horizon se trouve désespérément bouché : celle qui lui permet alors de donner crédiblement de la voix pour menacer de tout déballer, pour dénoncer publiquement les poseurs d’obstacles, pour les montrer du doigt à l’opinion publique.
Cette manœuvre de la dernière chance, le secrétaire général de la Ligue arabe a fait mine de s’y résoudre pourtant, dans un passé récent. Mais qui donc pouvait-il avoir peur de Amr Moussa, courtois représentant d’un assemblage hétéroclite d’États notoirement divisés et obsédés néanmoins par cet impératif d’unanimité qui autorise en réalité toutes les compromissions ? Ce sont ses propres mandataires qui ont désavoué Moussa, dès lors que pour apaiser une Syrie prompte à se dédire, ils revenaient piteusement, à leur tour, sur ce plan de règlement de la crise libanaise annoncé à grand fracas quelques semaines seulement auparavant et qui prévoyait – dans l’ordre – l’élection du président de consensus, la formation d’un gouvernement d’union explicitement placé sous l’arbitrage du chef de l’État et l’élaboration d’une nouvelle loi électorale.
Va donc pour le tiercé dans le désordre, pourvu qu’y gagne quand même le Liban ? C’était trop espérer, une fois de plus, et le round de discussions interlibanaises présidé hier par Amr Moussa aura été des plus révélateurs à cet égard. On y a vu en effet une majorité parlementaire se prêter à la quête d’une solution globale et non plus par étapes, et renoncer donc à la priorité absolue d’un scrutin présidentiel. On a vu cette même majorité frapper un grand coup, renoncer à son statut de majorité au sein du futur gouvernement, à se satisfaire d’une part de portefeuilles égale à celle de la minorité, le même quota étant réservé au président de la République. Et de là où elle réclamait précisément une telle répartition, on a vu l’opposition se perdre en conciliabules, réclamer des détails, des noms, avancer des exigences inédites. Quand l’obstruction est la règle, la politique, on le voit, n’est plus désormais que l’art de l’impossible.
Avant même cette rencontre, au demeurant, les enchères étaient montées de plus d’un cran, avec les dernières prises de position du tandem Nasrallah-Aoun et la vive riposte qu’y a apportée Saad Hariri. Mercredi soir à la télévision, c’est un bilan des plus idylliques du document d’entente signé il y a deux ans que dressaient les chefs du Hezbollah et du Courant patriotique libre : ce double exposé se trouvant agrémenté d’une minutieuse explication de textes, destinée à ceux des citoyens qui n’en auraient pas encore appréhendé, dans toute sa grandeur, la portée historique. On passera sur ce satisfecit que se sont aimablement décernés les deux vedettes de la soirée ; on passera de même sur l’indigence, somme toute prévisible, des résultats concrets obtenus sur le terrain par la grâce de cette alliance, notamment au plan de la promotion de la souveraineté étatique.
Comment ignorer en revanche ces nouveaux boulets venus entraver un peu plus, ce soir-là, la laborieuse marche présidentielle du candidat de consensus qu’est le général Michel Sleimane ? Il est devenu parfaitement clair en effet que pour le chef du Hezbollah, le visa pour le palais de Baabda passe nécessairement par une enquête incriminant exclusivement des officiers de l’armée et faisant l’impasse, en revanche, sur les meneurs, agitateurs et provocateurs qui, le dimanche 27 janvier, ont dévoyé une manifestation ayant pour objet la pénurie de courant électrique. Protestant de plus belle de son soutien à Sleimane, le leader du CPL n’en a pas moins réduit celui-ci à un rôle de simple observateur des futures empoignades ministérielles.
En somme, et si on a bien compris, Michel Aoun accorde toute sa confiance à Michel Sleimane, mais non pas aux futurs ministres qui jouiront, eux, de la confiance du même Sleimane...
Issa GORAIEB
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Cette manœuvre de la dernière chance, le secrétaire général de la Ligue arabe a fait mine de s’y résoudre pourtant, dans un passé récent. Mais qui donc pouvait-il avoir peur de Amr Moussa, courtois représentant d’un assemblage hétéroclite d’États...