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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Dracula en ce château

Quatrième semaine de 2008. C’est un work in progress redoutablement efficace et redoutablement macabre que cette chronique depuis longtemps devinée, annoncée : la vampirisation patiente, méticuleuse et illimitée des institutions de ce pays, les unes après les autres, les unes en même temps que les autres. La pompe est vorace et tout y passe : les hémoglobines, la moelle substantifique, les vitamines, les minéraux et même l’oxygène ; surtout qu’aux manettes, se succèdent et s’épaulent de véritables techniciens, maestros de la sape, acharnés, déterminés à dynamiter tous les référents libanais. Phagocyté, ainsi, le référent politique : entre un gouvernement tronqué, accusé d’abus de pouvoir par ceux-là mêmes qui lui ont laissé toutes les latitudes ; entre un hémicycle cadenassé depuis d’interminables mois et racketté par son propre gardien et entre un palais présidentiel transformé en un glacial désert des Tartares, les institutions définies par l’accord de Taëf ressemblent désormais à autant de champs de ruines : à rien ; ravalées au rang d’utopies, banalisées, ignorées, répudiées, talibanisées – il n’y a plus que des clans, de médiévales tribus. Phagocyé, ainsi, le référent militaire : entre ces lignes rouges arbitrairement et outrancièrement dessinées au moment de la bataille de Nahr el-Bared ; entre ces allusions à peine voilées contre l’inaptitude de la troupe à remplir ses missions, notamment à la frontière méridionale, et ces tentatives de la ronger de dedans ; entre l’assassinat de François el-Hajj et entre l’anamorphose de Michel Sleimane, transformé d’unique candidat consensuel en Belle au bois (indéfiniment) dormant, et soumis aux pires avanies, auprès des oreilles de leurs maîtres, par d’ultrazélés prosyriens qui ne voient plus en lui que le cheval de Troie de la majorité, l’armée n’a plus que ses yeux pour pleurer. Phagocytés, ainsi, les référents judiciaire et légal : entre les tentatives désespérées de faire avorter le tribunal spécial pour le Liban ; entre les points de presse hargneux des avocats des quatre généraux ; entre les intimidations faites aux juges qui tiennent tête ; entre les coups de boutoir et de pied assénés à la légalité à coups de privilèges (les armes, le nombre, le pseudo-bon droit) et entre les deux poids, deux mesures, les citoyens de premières (auto-exonérés de leurs devoirs) ou de huitièmes (qui paient leurs impôts, leurs taxes, leurs PV, leur électricité, leur téléphone…) zones, la justice et la loi ne sont plus que deux ersatz, deux idées incongrues et obsolètes. Phagocyté, ainsi, le référent moral : entre la campagne hideuse, carrément obscène, que l’on soit croyant ou athée, religieux ou laïc, contre Bkerké en général et le patriarche Sfeir en particulier ; entre les conférences de presse en dessous de la ceinture et entre l’image crachée au monde du Libanais trafiquant d’organes (de soldats israéliens), l’éthique ou, plus prosaïque, la déontologie se fait brûler chaque jour sur ces dizaines de bûchers des vanités et des arrogances que dressent, minables apprentis sorciers, des hommes respectables s’ils avaient été amoraux, absolument piteux d’immoralité. Phagocyté, ainsi, le référent national : entre ces lignes de démarcation, ces murs de Berlin séparant chrétiens et musulmans et qu’on aurait voulus gommés, brisés à jamais mais qui ont été sciemment déplacés à l’itnérieur de chacune des deux grandes communautés et entre la dilution totale des concepts d’État, de nation et, pire encore, de pays dans l’obédience glauque des uns et des autres à la politique des axes, les garde-fous s’anéantissent les uns après les autres, jetant dans d’ultimes ravins l’identité, la fraternité, la coexistence et, naturellement, la convivialité libanaises. Phagocyté, ainsi, le référent socio-économique : entre un poujadisme archaïque et une quotidienne œuvre au noir sur les fibres ultrasensibles de Libanais écorchés vifs ; entre ces pneus brûlés pour protester contre les coupures d’électricité par ceux-là mêmes qui ne l’ont jamais payée ; entre une asphyxie délibérée et d’une effronterie folle de l’hypercœur beyrouthin et entre ce message on ne peut plus clair adressé à la fois à tous les investisseurs du globe, quelle que soit leur activité : ne mettez plus les pieds au Liban, et à la force vive du pays, élite ou masse : n’y revenez plus jamais, la volonté de transformer ces 10 452 km2 en une nouvelle Gaza, un Kaboul d’avant-Karzaï ou un Bagdad postpendaisons n’a jamais été aussi visible. Phagocyté, ainsi, le référent sécuritaire : Wissam Eid, cible depuis longtemps à abattre, a été assassiné hier, et, avec lui, un nouveau lot d’innocents ; Wissam Eid suivait depuis le début le sinistre feuilleton des voitures piégées (ou des autobus, comme à Aïn Alak), il en connaissait les dessous, les trames, les tenants et aboutissants ; Wissam Eid en savait beaucoup trop. En le liquidant, ces mains peut-être libanaises ont fait d’une pierre deux coups : l’ingénieur, l’expert particulièrement gênant a été éliminé, et cette institution, en constante modernisation depuis quelques années, en régulière épuration des scories qui l’infestaient depuis l’occupation syrienne, a été secouée. Mais l’héritage de Eid est en de bonnes mains. Phagocyté, enfin, ou en voie de l’être, ce rachitique fil qui relie les habitants de ce pays – ses simples, anonymes habitants, qui, encore une fois, paient leurs impôts, leurs PV, leurs factures, etc. – à l’espoir. Pendant ce temps, le ministre égyptien des Affaires étrangères, s’exprimant sans doute au nom de la totalité moins un, ou deux, de ses collègues qui se réuniront dimanche au Caire, dit : « La campagne d’assassinats qui frappe le Liban est inacceptable et on ne peut rester silencieux ; si certains s’imaginent que ces attentats pourraient empêcher de résoudre la crise actuelle, ils se trompent… » Très gentil, ce Ahmad Aboul-Gheith, mais si seulement lui et ses collègues se décidaient enfin à briser le silence, à parler, à dire simplement, haut et fort, ce que tout le monde ou presque répète tout bas : à révéler l’identité de ceux qui décuplent au Liban la crise, ces vampires jamais rassasiés qui phagocytent à tour de bras. Et pendant ce temps, à Damas, on fête… la culture – avec Émile Lahoud en spectateur d’honneur. Ziyad MAKHOUL
Quatrième semaine de 2008.
C’est un work in progress redoutablement efficace et redoutablement macabre que cette chronique depuis longtemps devinée, annoncée : la vampirisation patiente, méticuleuse et illimitée des institutions de ce pays, les unes après les autres, les unes en même temps que les autres. La pompe est vorace et tout y passe : les hémoglobines, la moelle substantifique, les vitamines, les minéraux et même l’oxygène ; surtout qu’aux manettes, se succèdent et s’épaulent de véritables techniciens, maestros de la sape, acharnés, déterminés à dynamiter tous les référents libanais.
Phagocyté, ainsi, le référent politique : entre un gouvernement tronqué, accusé d’abus de pouvoir par ceux-là mêmes qui lui ont laissé toutes les latitudes ; entre un hémicycle cadenassé depuis...