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Actualités - Opinion

Gargamel(s) en bande Ziyad MAKHOUL

Il doit bien exister un moment où tous les apprentis sorciers, des poseurs de bombes à leurs parrains, tous leurs parrains, en passant par tous ceux qui ne ratent pas une occasion de les innocenter, se retrouvent défigurés par leurs sinistres expériences ; ces pseudo- alchimistes convaincus de leur invulnérabilité, pénétrés par ce sentiment fulgurant d’impunité (que contribuent allègrement à gonfler de grands décideurs incapables jusqu’à nouvel ordre de manier le moindre bâton efficace) mais qui ne comprendront rien à l’heure des comptes. Inévitablement. Dernier en date des tests de ces anti-Harry Potter bigger than life : l’attentat de la Quarantaine, qui a visé une voiture de l’ambassade américaine. Laquelle, soit dit en passant, venait de l’aéroport : une véritable tour de Babel cet aéroport, où rien ne peut se faire sans que mille yeux, mille oreilles malintentionnés ne soient immédiatement au courant et ne relaient, tout aussi vite, l’information aux… apprentis sorciers. Intéressant est le timing de l’explosion de la Quarantaine, qui a eu lieu après l’attentat contre le contingent irlandais de la Finul et les vraies-fausses Katioucha tirées contre Israël, en plein dans les pressions arabo-internationales sur Damas et la tournée anti-iranienne dans le Golfe de George W. Bush, à la veille du départ de Jeffrey Feltman de Beyrouth et de l’arrivée de l’inoxydable Amr Moussa… Ce timing autorise, et encourage, deux explications, deux grilles de lecture qui n’ont rien d’antinomique ou de non complémentaire – bien au contraire : plus ils sont de fous plus ils rigolent. Un : les groupuscules fondamentalistes musulmans, toutes sectes confondues, ont décidé de choisir, évidemment pas au hasard, le territoire libanais pour adresser aux États-Unis leur message avec accusé de réception, payé par de malheureux citoyens libanais. Deux : le régime syrien a jugé qu’il était temps de se rappeler, par le truchement de la chancellerie US à Beyrouth, au mauvais souvenir des grandes capitales, qui commencent visiblement à enterrer leurs illusions et à regretter les conseils avisés d’un certain Jacques Chirac, et qui parlent déjà de l’internationalisation du Liban. Encore une expérience du troisième type que cette internationalisation du pays, cette saisine de l’ONU dans la crise libanaise contre laquelle a mis en garde hier le patron de la Ligue arabe, peut-être bien plus dangereuse encore que les attentats aux voitures piégées ; un freak show qui ne terrorise visiblement pas ce brave Sleimane Frangié, aussi peu avare en insultes au patriarche maronite qu’en coquettes comparaisons géopolitiques : qu’ils nous installent un Hamid Karzai, on en a déjà un avec Fouad Siniora. Somptueux – et c’est pareil pour tous ses gentils camarades de l’opposition : c’est la reconnaissance en bonne et due forme d’une régression définitive de la chose publique au Liban, la pleine acceptation d’une afghanisation certaine du pays, la folle (ré)émergence des tribus, le (ré)avènement des relations interclaniques, une partition et un fédéralisme effectifs qui ne disent pas leur nom. En un mot : le retour à l’âge de pierre politique. Et c’est à ce jeu-là que s’amusent apparemment beaucoup ceux qui ont décidé de tout faire pour empêcher l’élection de Michel Sleimane à la présidence de la République, tout faire pour dynamiter l’initiative arabe, tout faire donc pour internationaliser au maximum le dossier Liban – et puis s’en plaindre. Et ces apprentis sorciers ne reculent devant rien, allant même, dans un immense geste d’abnégation, jusqu’à assumer seuls, à la place de l’autre, à la place d’une famille, à la place de l’axe syro-iranien, toutes les responsabilités de l’impasse : ils veulent dénoncer ceux qui bloquent ? Eh bien, qu’ils disent que c’est moi qui bloque, voilà. Grande coquetterie, là aussi, de la part d’un homme suffisamment brillant pour savoir que si les Arabes sunnites se décident un jour à appeler un chat un chat, et à déclamer haut et fort que le régime syrien est le principal, voire le seul, qui paralyse toute sortie de crise au Liban, ils n’accuseront pas un chef chiite. Entre l’attentat de la Quarantaine et la détermination du 8 Mars à pérenniser le vide et sa vision suicidaire pour le Liban, les apprentis sorciers sont à la fête. Oublieux, sans doute, qu’entre afghanisation et kosovarisation, le processus le plus évident dans ce pays – et le plus destructeur – reste l’irakisation. Bon appétit, messieurs.
Il doit bien exister un moment où tous les apprentis sorciers, des poseurs de bombes à leurs parrains, tous leurs parrains, en passant par tous ceux qui ne ratent pas une occasion de les innocenter, se retrouvent défigurés par leurs sinistres expériences ; ces pseudo-
alchimistes convaincus de leur invulnérabilité, pénétrés par ce sentiment fulgurant d’impunité (que contribuent allègrement à gonfler de grands décideurs incapables jusqu’à nouvel ordre de manier le moindre bâton efficace) mais qui ne comprendront rien à l’heure des comptes. Inévitablement.
Dernier en date des tests de ces anti-Harry Potter bigger than life : l’attentat de la Quarantaine, qui a visé une voiture de l’ambassade américaine. Laquelle, soit dit en passant, venait de l’aéroport : une véritable tour de Babel cet aéroport,...