On l’a vu récemment à la télé avec Eve Ruggieri qui animait une émission musicale groupant un plateau de rêve. Cécilia Bartoli, Roberto Alagna, Natalie Dessay et… le violoniste virtuose français Laurent Korcia avec, à côté de lui, tout à côté de lui, sa talentueuse compagne Julie Depardieu…
Le regard sombre très « paganinien » dans son pull-over noir moulant, Laurent Korcia, nouveau prince de l’archet et coqueluche des mélomanes mordus des trémolos à la Sarasate ou des caresses d’ange à la Ysaye, se mêlait aux commentaires de ceux qui font l’événement musical en Europe et parfois outre-Atlantique…
À quarante-quatre ans, cet exceptionnel musicien, qui se rit de « l’establishment » musical et qui ne craint pas de mêler Bach aux rythmes syncopés du jazz ou aux mélodies de Grappelli, a un regard nouveau et une attitude audacieuse par rapport à ce qui se fait habituellement en salles de concert... Quelques disques, de Danses à Tzigane, en passant par Une prière et Nos souvenirs et déjà la gloire !
Un premier disque qui se vend à plus de 35 000 exemplaires, ce n’est pas très courant dans le monde assez clos et relativement statique de la musique classique, et c’est le premier exploit de Laurent Korcia, côté marketing. Séduire semble la première vocation de ce virtuose hors du commun. Séduire par des partitions patiemment sélectionnées, même si on a tendance à croire que Laurent Korcia est le vibrant porte-étendard de l’œuvre de Bela Bartok…
Prix Paganini
à dix-huit ans…
Pour beaucoup, aussi bien côté critique que public, il représente le violoniste idéal. C’est quoi au juste un violoniste idéal ? Selon les propos et la définition de Heifetz, un autre funambule de la boîte errante magique, il devrait avoir « des nerfs de torero, la vitalité d’une tenancière de maison close et la concentration d’un moine zen »…Eh bien, quel programme !
Né le 7 novembre 1964 à Paris, Laurent Korcia, élève de Michèle Auclair, elle-même disciple de Georges Enesco, est vite repéré pour son talent, et c’est à très juste titre qu’on le considère aujourd’hui comme l’un des musiciens les plus doués de sa génération. Formé au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, il remporte à dix-huit ans déjà le prix Paganini à Gênes. D’autres prix suivront (Francescatti, Grand prix de l’Académie du disque Charles Cros, Grand prix Long-Thibaud), ses prestations avec les grands maestros représentant un brillant tableau où il donne la réplique, entre autres et non des moindres, à Valery Gergiev, Sokari Oramo, Emmanuel Krivine, Charles Dutoit, Kurt Masur, Jean-Claude Casadesus.
Son répertoire, vaste et éclectique, s’étend sur plus d’un siècle (1850-1950), et avec Laurent Korcia on n’aborde jamais les programmes « standards », c’est-à-dire ces assemblages sages et formatés où le violon ne dépasse jamais les limites de ce qu’il lui est tracé…Niché au creux de son épaule, son Stradivarius (le Zahn de 1719) joue de toutes les libertés et de tous les contrastes. C’est ainsi qu’il éveille les mondes sonores de Janacek, Bloch, Ravel, Chausson, Franck, Dvorak, Wieniawski, Reinhardt, Michel Portal, Piazzolla, Michel Legrand…
Audace et intensité pour un monde presque sans frontière, où le mélange des genres n’est guère une hérésie mais un chant intérieur, une création heureuse…
Pour ce violoniste qui aime les aventures musicales les plus inédites, qui va au-delà de la virtuosité diabolique ou caressante, une carte blanche lui est accordée, par le public, en toute tranquillité car, par son talent, sa présence, son charme et sa technique étourdissante, il a conquis son auditoire…
Et c’est justement ce côté indomptable et imprévu qui fait son charme, lui qui déclare en toute candide sincérité : « J’ai une fascination pour le monde de l’improvisation. La liberté avec un instrument est ce qu’il y a de plus enivrant… »
Edgar DAVIDIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats On l’a vu récemment à la télé avec Eve Ruggieri qui animait une émission musicale groupant un plateau de rêve. Cécilia Bartoli, Roberto Alagna, Natalie Dessay et… le violoniste virtuose français Laurent Korcia avec, à côté de lui, tout à côté de lui, sa talentueuse compagne Julie Depardieu…
Le regard sombre très « paganinien » dans son pull-over noir moulant, Laurent Korcia, nouveau prince de l’archet et coqueluche des mélomanes mordus des trémolos à la Sarasate ou des caresses d’ange à la Ysaye, se mêlait aux commentaires de ceux qui font l’événement musical en Europe et parfois outre-Atlantique…
À quarante-quatre ans, cet exceptionnel musicien, qui se rit de « l’establishment » musical et qui ne craint pas de mêler Bach aux rythmes syncopés du jazz ou aux mélodies de Grappelli, a un...