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REPORTAGE - Héros et mythe de la « résistance » irakienne Le retour de Juba, le « sniper de Bagdad »

Au travers de la lunette de visée d’un fusil de précision, la silhouette du soldat se dessine dans la fenêtre d’un mirador en béton. Une détonation. Le corps s’écroule comme un pantin, chute de la tourelle. Le sniper Juba vient de frapper. Une nouvelle et troisième vidéo de ce mystérieux tireur d’élite de l’Armée islamique en Irak, l’un des principaux mouvement de l’insurrection sunnite, est disponible depuis fin décembre sur Internet. Cette compilation d’images de GI touchés par des tirs de sniper affirme vouloir « dire la vérité au peuple américain » sur la réalité des pertes américaines en Irak. « L’Administration US ment à son peuple. Avec nos vidéos, nous voulons réveiller le peuple américain », y déclare le « commandant des brigades des snipers » de l’Armée islamique, visage flouté et keffieh autour de la tête. Juba – un nom de guerre – a fait son apparition sur le Net courant 2005, dans un premier film de qualité technique médiocre, mais aux images chocs de soldats américains s’écroulant sous les tirs de snipers insurgés. La deuxième compilation de ses « exploits », diffusée en octobre 2006, a fait de Juba un mythe. Au plus fort des violences, le « sniper de Bagdad » est alors devenu le héros de toute une jeunesse irakienne et le symbole de la haine de « l’occupant ». Le succès en ligne a été immédiat, l’impact psychologique considérable, dans le monde arabe comme dans les pays occidentaux. Véritable individu ou invention de la propagande insurgée, « le sniper de Bagdad est devenu une légende », exaltant le patriotisme, les sentiments religieux tout en encourageant les vocations au jihad, observait en 2007 la Jamestown Foundation, organisme américain de réflexion sur le terrorisme, soulignant la nécessité de « maîtriser » rapidement la menace. Disposant de son site Internet (www.baghdadsniper.net), Juba est l’un des meilleurs succès médiatiques de cette branche de l’insurrection. En particulier face à la concurrence des vidéos de la branche irakienne d’el-Qaëda, omniprésente sur le Net, et aujourd’hui en guerre ouverte contre l’Armée islamique. Le sniper de Bagdad n° 3, sous-titré en anglais et au design bleu extrêmement soigné, montre des groupes de tireurs à l’entraînement, avec chants guerriers et détonations d’armes en fond sonore. Une dizaine de militaires américains apparaissent tour à tour, fauchés par des tirs : impossible d’établir le lieu, la date, les unités impliquées et surtout le sort du soldat touché. Le chef présumé des snipers de l’Armée islamique ne donne aucune indication chiffrée sur ces victimes américaines, mais parle de « dix agents iraniens » (en fait des policiers et soldats irakiens) tués chaque jour. « L’Armée islamique a déjà diffusé environ 70 compilations de ses actions, mais l’ennemi utilise le fait que peu de cadavres apparaissent sur ces images pour minimiser ses pertes », estime l’homme. « Avec le sniping, c’est différent. (...) Ce qui fait tout l’intérêt de nos vidéos », dont Washington « tente d’empêcher la diffusion », affirme-t-il. Face aux tireurs embusqués, « les Américains ont renforcé leurs contre-mesures », constate-t-il. « Mais nos snipers surpassent ceux de l’armée américaine. Nos hommes n’ont que quelques minutes pour localiser la cible, tirer et prendre la fuite », souligne-t-il, évoquant l’arrivée de nouveaux fusils et silencieux, avec « bientôt une surprise qui va choquer l’ennemi ». Selon un décompte du site indépendant www.icasualties.org, 338 soldats américains ont été tués depuis le début de la guerre par des tirs « d’armes de petit calibre » (8 % des pertes américaines), dont 48 par des tirs de snipers. L’armée US répugne à s’exprimer sur le sujet. Le porte-parole des forces américaines en Irak, le général Kevin Bergner, concède simplement que « les tireurs d’élite sont une menace que nous prenons en compte quotidiennement ». Hervé BAR (AFP)
Au travers de la lunette de visée d’un fusil de précision, la silhouette du soldat se dessine dans la fenêtre d’un mirador en béton. Une détonation. Le corps s’écroule comme un pantin, chute de la tourelle. Le sniper Juba vient de frapper.
Une nouvelle et troisième vidéo de ce mystérieux tireur d’élite de l’Armée islamique en Irak, l’un des principaux mouvement de l’insurrection sunnite, est disponible depuis fin décembre sur Internet. Cette compilation d’images de GI touchés par des tirs de sniper affirme vouloir « dire la vérité au peuple américain » sur la réalité des pertes américaines en Irak. « L’Administration US ment à son peuple. Avec nos vidéos, nous voulons réveiller le peuple américain », y déclare le « commandant des brigades des snipers » de l’Armée islamique, visage...