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Actualités - Analyse

Perspective 2007, l’année de l’irrationnel

L’année 2007 se sera achevée comme elle avait débuté. Dans l’irrationnel, les non-dits, les objectifs inavoués, qui caractérisent l’attitude de l’opposition. Toute l’opposition ? Non … Car le Hezbollah est totalement cohérent avec lui-même, avec son projet politique, sa doctrine, ses fondements idéologiques. Il avait d’ailleurs confirmé son positionnement le 8 mars 2005 en organisant à la place Riad el-Solh un imposant rassemblement, avec les plus fidèles alliés de Damas, pour marquer sa fidélité et sa gratitude à l’égard du régime syrien. Le Hezbollah annonce clairement la couleur. Dans le sillage, et pour le compte du parti Baas, il désire saper les acquis de la révolution du Cèdre. Il n’a jamais caché sa volonté de combattre, pour servir la Raison d’État iranienne, les États-Unis au Liban. Il a constamment cherché à torpiller l’autorité du premier gouvernement de la deuxième indépendance à qui il reproche de n’être pas aligné sur l’axe Damas-Téhéran, d’être « soumis » à Washington, d’être parrainé par la communauté internationale, d’être trop protégé par l’ombrelle onusienne. Le slogan de la « participation », du nécessaire « partenariat » (intercommunautaire) dans l’exercice du pouvoir, de l’indispensable « consensus » dans les prises de décision, est en apparence justifié et conforme à la nature pluraliste du tissu social libanais. Sans cesse martelé en 2007 par le Hezbollah, ce slogan n’est cependant qu’un leurre démocratique lancé aux visages des Libanais pour cacher, en réalité, une volonté de bloquer les orientations stratégiques du gouvernement, jugées pro-occidentales et antisyriennes. L’objectif, à peine voilé, de la cabale lancée par le Hezbollah contre le pouvoir issu de l’intifada de l’indépendance est précisément de rectifier la trajectoire prise par l’Exécutif, de manière à réintroduire le pays, ne fût-ce que partiellement, dans l’orbite syro-iranienne. Une tête de pont Une telle approche vis-à-vis de la donne politique locale est parfaitement en phase avec les intérêts, les liens, la pensée idéologico-religieuse du parti chiite, lequel ne constitue en définitive, en termes géopolitiques, qu’une tête de pont installée par la révolution islamique iranienne sur les bords de la Méditerranée, aux frontières d’Israël. Mais là où le bât blesse dans l’attitude de l’opposition, c’est au niveau du positionnement qui a marqué les choix du Courant patriotique libre tout au long de l’année écoulée. Car autant l’attitude du 8 Mars est cohérente dans le cas du Hezbollah, autant elle est contre-nature, et foncièrement irrationnelle, dans le cas du courant aouniste. Est-il besoin de rappeler que s’il est vrai que le CPL a été durant les années 90 et jusqu’au début des années 2000 à l’avant-garde du mouvement souverainiste, il n’a, par contre, tout au long de l’année 2007, épargné aucun effort, il n’a raté aucune occasion, il n’a négligé aucune alliance avec tous les adversaires d’hier pour saper l’action de ceux qui, aujourd’hui, défendent le même projet pour lequel il luttait hier. Tous les prétextes invoqués pour justifier un tel revirement ne tiennent pas la route. Mais l’apogée de l’irrationnel réside sans doute dans l’épisode de la bataille présidentielle. Le CPL a, d’emblée, placé cette échéance sous le signe du recouvrement des droits des chrétiens et du renforcement du rôle du président de la République, s’élevant au passage contre ce qu’il qualifie de tentatives du cabinet Siniora de monopoliser le pouvoir et d’accaparer les prérogatives du président de la République. Mais le plus court chemin vers le changement ministériel n’est-il pas l’élection d’un nouveau président, surtout lorsque toutes les parties reconnaissent (publiquement) en Michel Sleimane le candidat consensuel par excellence ? Et puis le meilleur moyen de renforcer le rôle et l’autorité du président n’est-il pas aussi d’accélérer son élection afin qu’il soit amené, une fois élu, à organiser au palais de Baabda un dialogue national sous son égide, et dont il serait l’arbitre et le modérateur, assumant par le fait même son véritable rôle de chef de l’État ? Il s’agit là de l’évidence même. Cela est élémentaire. Si, donc, le CPL s’est laissé entraîner sur ce dossier dans une attitude qui ne convainc personne, c’est soit qu’il n’a aucune confiance dans le général Sleimane, soit qu’il y a anguille sous roche. De sombres desseins Il faudrait sur ce plan se rendre à l’évidence. L’insistance du directoire du Hezbollah à garder pour l’heure un profil bas et à vouloir placer le leader du CPL sur le devant de la scène, le présentant comme étant le négociateur en chef de l’opposition, paraît plus que suspecte. Elle pourrait cacher de sombres desseins dont le courant aouniste risquerait, à terme, de faire les frais. Le précédent du mouvement de fronde qui a précédé l’avènement de la République islamique en Iran, à la fin des années 70, devrait peut-être donner à réfléchir, même si le contexte n’est nullement comparable et que le tissu social est, à n’en point douter, profondément différent. Pour déstabiliser le pouvoir du chah et provoquer sa chute, l’ayatollah Khomeyni et les mollahs qui deviendront plus tard les piliers du nouveau régime islamique menaient la lutte dans le cadre d’un large front d’opposition qui regroupait aussi bien des libéraux que des socialistes, des communistes, ou des représentants de l’aile modérée et de l’aile radicale du clergé chiite. Le leadership de ce front élargi d’opposition avait été confié à une personnalité respectable, libérale et modérée, Chahpour Bakhtiar, qui sera rapidement évincé après le retour de Khomeyni et par la suite assassiné à Paris. Sous la pression de la rue, le chah fut contraint de nommer Bakhtiar Premier ministre, fin 1978. Mais celui-ci fut rapidement évincé dès le retour de Khomeyni à Téhéran, le 1er février 1979. La tâche de former le nouveau gouvernement, le premier gouvernement de la Révolution islamique, fut alors confiée à une autre personnalité respectée et respectable, Mehdi Bazargan, qui mit sur pied une équipe de technocrates, laquelle ne tarda pas à être évincée à son tour sous l’influence de l’aile radicale du clergé. Celle-ci élimina ensuite, l’un après l’autre, tous les courants de l’opposition libérale et démocratique, ainsi que les communistes du parti Toudeh de même que la fraction du clergé qui prônait le maintien d’un véritable pluralisme politique dans le cadre de la révolution. Au Liban, nous n’en sommes évidemment pas là, et le Hezbollah ne saurait avoir, du fait des réalités libanaises, la même marge de manœuvre qu’avait l’ayatollah Khomeyni en Iran à la fin des années 70. Mais tout en tenant compte des différences de situation, et toute chose étant relative, l’on ne peut s’empêcher d’établir – en schématisant – un parallèle entre, d’une part, la nature et le sort des rapports entre les libéraux de l’opposition iranienne des années 70 et les mollahs de la révolution islamique, et d’autre part, la nature des relations entre les composantes de l’opposition libanaise actuelle. Il serait légitime de s’interroger, notamment, sur la sincérité et sur les véritables desseins inavoués des dirigeants du Hezbollah lorsqu’ils insistent à placer sur le devant de la scène le chef du CPL, alors qu’il est fort peu probable qu’ils puissent avaliser concrètement ses revendications (proclamées) portant sur le recouvrement des droits des chrétiens et le renforcement du rôle du président de la République. L’essence même du projet politique du Hezbollah ainsi que la structure et les méthodes d’action du parti chiite sont en totale contradiction avec le passé et ce que devrait ou aurait dû être la vocation du CPL. Cette dissonance explique, entre autres, le caractère totalement irrationnel du positionnement et du comportement du courant aouniste en 2007. Et devrait peut-être, pour 2008, donner à réfléchir et inciter ne fut-ce que certains députés du bloc aouniste à un salutaire sursaut de conscience. Avant que la pieuvre n’ait tout englouti sur son passage. Michel TOUMA
L’année 2007 se sera achevée comme elle avait débuté. Dans l’irrationnel, les non-dits, les objectifs inavoués, qui caractérisent l’attitude de l’opposition. Toute l’opposition ? Non … Car le Hezbollah est totalement cohérent avec lui-même, avec son projet politique, sa doctrine, ses fondements idéologiques. Il avait d’ailleurs confirmé son positionnement le 8 mars 2005 en organisant à la place Riad el-Solh un imposant rassemblement, avec les plus fidèles alliés de Damas, pour marquer sa fidélité et sa gratitude à l’égard du régime syrien. Le Hezbollah annonce clairement la couleur. Dans le sillage, et pour le compte du parti Baas, il désire saper les acquis de la révolution du Cèdre. Il n’a jamais caché sa volonté de combattre, pour servir la Raison d’État iranienne, les États-Unis au Liban....