Nouveau report et nouveau rendez-vous qui suscite toutefois encore moins d’espoirs que les précédents. Le président de la Chambre Nabih Berry a d’ailleurs lui-même donné le ton hier en déclarant qu’il continuera à convoquer les députés à des séances en janvier, et même après, jusqu’à ce que l’élection se déroule. Nabih Berry a voulu par cette déclaration démentir les thèses selon lesquelles si un président n’est pas élu d’ici à la fin de l’année, il faudra attendre l’ouverture de la session ordinaire de la Chambre après le 15 mars pour pouvoir procéder à cette élection. Il se base pour cela sur une jurisprudence selon laquelle tant que l’élection n’a pas eu lieu, le Parlement restera en permanence une assemblée électorale, sans avoir besoin de l’ouverture d’une session extraordinaire par le gouvernement.
En faisant cette déclaration, le président de la Chambre a aussi voulu garder les portes ouvertes, tout en laissant entendre qu’un accord interne n’est pas sur le point d’être conclu. Le président de la Chambre sait en fait, en raison de ses contacts avec toutes les parties locales et étrangères, que ni sur le plan interne ni sur le plan régionalo-international, la situation ne se dirige vers un déblocage imminent. Des sources proches de l’opposition estiment à cet égard que sur le plan interne, la crise de confiance est très profonde avec la majorité. Ces mêmes sources avancent comme argument le fait que la majorité avait promis à Nabih Berry, en novembre 2006, un gouvernement d’union conformément à la proportion des sièges législatifs, avant de se rétracter à la dernière minute, en pleine séance de concertations pour le dialogue. Ce qui avait poussé les ministres chiites à démissionner. Plus tard, ajoutent ces sources, la majorité avait promis un gouvernement d’union après la présidence, et récemment, cheikh Saad Hariri s’était engagé dans ce sens en présence du ministre français des AE, Bernard Kouchner, et du président Berry, ce qui avait d’ailleurs poussé ce dernier à annoncer aux journalistes présents à Aïn el-Tiné qu’un accord était sur le point d’être conclu. Mais une fois de plus, la majorité a fait volte-face à la dernière minute, affirment les sources de l’opposition précitées. C’est pourquoi l’opposition exige des garanties écrites pour assurer une véritable participation au pouvoir.
Du côté de la majorité, on met aussi en doute les intentions de l’opposition, et selon ses sources, la réclamation d’un gouvernement d’union sur la base de la proportionnelle avant l’élection présidentielle vise à donner à l’opposition la possibilité d’entraver l’action du tribunal spécial pour juger les assassins de Rafic Hariri et à remettre en cause tous les engagements internationaux pris par l’actuel gouvernement. Il ne s’agirait plus d’une simple participation au pouvoir, mais d’un véritable retournement de situation qui ressemblerait à un coup d’État. Pour la majorité, accepter les conditions posées par l’opposition signifierait en quelque sorte une renonciation aux acquis des deux dernières années et aux principes mêmes qui ont dicté la révolution du Cèdre.
Face à ces positions totalement contradictoires, les médiateurs (dont le député Michel Murr) ont du mal à accomplir leur travail, et le refus de la majorité de parler avec le général Aoun, désormais mandaté par l’opposition, est loin d’arranger les choses. Selon ses proches, le chef du Parlement aurait renoncé de bon cœur au rôle qu’il assumait avant, d’autant que ces derniers temps, il était en première ligne des critiques, sans avoir entre les mains une solution à offrir.
Dans le contexte actuel, il semble de plus en difficile d’aboutir à un déblocage puisque chaque camp reste sur ses positions et argue de la crise de confiance pour refuser de faire des concessions. Selon des sources neutres, seul un développements régional et international pourrait pousser les parties internes à renouer le dialogue entre elles. Or, après un début de rapprochement entre les États-Unis et la Syrie, la tension est de nouveau extrême entre les deux parties. Les Américains considèrent avoir fait un cadeau à la Syrie avec la candidature du général Michel Sleimane, et la Syrie estime que c’est loin d’être suffisant alors qu’elle a donné aux Américains sa participation à la conférence d’Annapolis et une coopération efficace en Irak, sans parler de la renonciation à accueillir une conférence des organisations palestiniennes hostiles à Mahmoud Abbas. De même, les relations entre Damas et Ryad connaissent une nouvelle période de tension et on parle déjà du report du prochain sommet arabe qui doit se dérouler à Damas en mars prochain. Dans ce bras de fer interminable entre les États-Unis et leurs alliés arabes, d’une part, la Syrie et l’Iran, d’autre part, seule la France tente encore de jouer un rôle positif. Mais pour qu’elle y réussisse, il faudrait aussi que les Libanais l’y aident...
Scarlett HADDAD
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