Que George W. Bush ait – depuis longtemps, selon ses propres termes – perdu patience avec Bachar el-Assad n’est pas vraiment chose nouvelle : cela fait des années en fait que le président des États-Unis ne cesse de fustiger le comportement de Damas, qu’il s’agisse de l’Irak, de la Palestine ou du Liban.
Bush n’est pas d’ailleurs le premier chef occidental à déclarer forfait au contact de tous ces pièges sémantiques, de toutes ces ruses, même les plus grossières, qui constituent l’essentiel de la diplomatie syrienne. Bien avant lui, un Jacques Chirac déçu, et même fulminant de colère à la suite d’une longue série d’engagements non tenus, décidait d’arrêter les frais et de mettre en quarantaine le régime baassiste. Et il est probable qu’à son tour, Nicolas Sarkozy, qui a pris le contre-pied de son prédécesseur, qui a multiplié les ouvertures en direction de la Syrie, qui croyait avoir obtenu cette fois du solide, doit voir s’amenuiser dangereusement, en ce moment, ses réserves de patience.
La France entend que soit respectée l’échéance pour l’élection d’un président du Liban, disait il y a quelques jours au téléphone Sarkozy au raïs syrien. La France entend : c’est ferme, c’est clair et net, admettra-t-on volontiers. L’ennui, c’est que la France, comme tant d’autres, n’est pas entendue. Et que de report en report du scrutin présidentiel, survenant par les bons soins du président de l’Assemblée Nabih Berry, le Liban se prépare déjà à aborder l’an 2008 avec une présidence de la République désespérément vacante ; passée en effet la date butoir du 29 décembre, aucun amendement constitutionnel autorisant l’élection du seul candidat de consensus, le commandant de l’armée Michel Sleimane, ne sera possible avant la prochaine session ordinaire de la Chambre, au printemps.
Qu’à l’orée de cette dernière ligne droite, les enchères se mettent à monter n’est que dans le triste ordre des choses, même si dans toutes ces gesticulations entre une bonne part de manœuvre. Il en est ainsi, apparemment, de cette surprenante invite du président américain à une élection présidentielle qui, en désespoir de cause, se tiendrait à la majorité absolue. Une telle perspective a longtemps été brandie, comme on sait, par la majorité parlementaire, en guise de parade à l’obstructionnisme systématique pratiqué par l’opposition, mais elle s’était effilochée au cours des dernières semaines, sans doute même sur le conseil de cette même Amérique que l’on voit recourir soudain aux expédients les plus radicaux.
De ces deux maux – une crise présidentielle ou une présidence de crise –, quel est finalement le moindre ? L’ironie veut que l’opposition, qui joue au grand jour la première de ces calamités, n’épargne aucun effort cependant pour acculer la majorité à se rabattre sur la seconde. En prétendant assujettir d’avance le futur président à ses exigences, le camp du 8 Mars ne fait que récuser en réalité une candidature Sleimane qu’il n’avait pu faire autrement qu’agréer, même si c’était seulement du bout des lèvres ; et adossée à une redoutable profondeur stratégique syrienne, forte du formidable armement du Hezbollah, l’opposition a de quoi traduire en actes – de guerre – son refus de toute élection en solo.
Même à supposer que la majorité n’ait jamais renoncé tout à fait à une telle éventualité, on la voit mal s’y vouer désormais sur simple et subite injonction de Bush. À tout prendre, le gouvernement Siniora peut attendre et voir venir ; il songe même à s’étoffer, à saisir l’Assemblée d’un projet de loi pour l’amendement constitutionnel ; à la limite, pourrait-on même dire, le gouvernement n’a plus à se soucier de cette signature présidentielle que lui refusait avec tant d’obstination Émile Lahoud.
Inutile de chercher plus loin le seul perdant dans toute cette folle affaire, c’est la participation chrétienne aux affaires du pays. Que Michel Aoun assure œuvrer au contraire à la pleine réhabilitation de sa communauté ne convaincra que ses partisans. Qu’un réalisme tout de même un peu tardif le porte à clamer, comme il l’a fait hier, qu’il se sent plus proche de Damas que de Washington ne surprendra plus personne. Ce qui manque à l’appel, ce que le bon sens et la bonne conscience s’accordent pourtant à commander, ce serait peut-être un mot de regret pour toutes les aventures et mésaventures, pour toutes les tragédies passées.
Issa GORAIEB
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Bush n’est pas d’ailleurs le premier chef occidental à déclarer forfait au contact de tous ces pièges sémantiques, de toutes ces ruses, même les plus grossières, qui constituent l’essentiel de la diplomatie syrienne. Bien avant lui, un Jacques Chirac déçu, et même fulminant de colère à la suite d’une longue série d’engagements non tenus, décidait d’arrêter les frais et de mettre en quarantaine le régime baassiste. Et il est probable qu’à son tour, Nicolas Sarkozy, qui a pris le contre-pied...