Il est courant de relever qu’à travers le dossier libanais Damas, assiégé, tente une sortie, pour récupérer tout à la fois son ancienne tutelle et un rôle régional marquant. Tout comme, d’ailleurs, pour neutraliser dans la mesure du possible le tribunal international, sa bête noire. Ou encore, pour se faire des sous, avec les potentiels secours ou investissements arabo-occidentaux qu’il marchande sur le dos de notre pays. Sa stratégie, offensive, se fonde donc sur des considérations d’intérêts bien compris.
Mais elle découle également d’une bonne dose de ressentiment, de rancune, sinon de haine. Car le régime syrien a vécu le retrait forcé de ses troupes comme une humiliation maximale autant que comme un revers politique.
C’est ce qu’estime un vétéran qui a assumé un nombre incalculable de tâches ministérielles sous différents régimes (on ne peut pas dire antérieurs, puisque actuellement il n’y en a pas). Parlant d’expérience, pour avoir forcément beaucoup côtoyé les Syriens, il évoque l’empreinte des racines tribales des dirigeants en poste aujourd’hui. Leur mentalité qui leur dicte de ne jamais pardonner un affront. Et d’en obtenir réparation, par tous les moyens. Faute de quoi, le Liban ne connaîtrait plus de paix véritable, de stabilité, de quiétude économique, politique ou sécuritaire.
Par tous les moyens : effectivement, ils sont tous utilisés dans la panoplie en question. Les sécuritaires, avant les autres. D’où attentats à la bombe, ciblant aussi bien le commerce que des figures politico-médiatiques, assassinats et autre Nahr el-Bared.
Assad a du reste loyalement annoncé la couleur, dès le départ, c’est le mot. Apprenant, à l’issue des élections de 2005, que le 14 Mars venait de conquérir la Chambre, il proclame dans un discours violent que cette « majorité est aussi illusoire que provisoire ». Car, ajoute-t-il, il ne compte pas « laisser gouverner ». Il veut donc, précise-t-il, gommer de suite les résultats de la consultation populaire. En réclamant aussitôt, et aussi tôt, un gouvernement de transition chargé d’organiser des législatives anticipées pour inverser les rôles au Parlement et les rapports de force sur la scène politique, entre indépendantistes et opposants, qui s’emparerait du pouvoir sans coup férir.
Le coup, justement, a échoué. Qu’importe, ce n’est que partie remise. Et l’on se rabat sur le gouvernement Siniora, pour le renverser. Retrait des ministres chiites, grèves, manifestations, sit-in des tentes, pneus brûlés, routes coupées, violences de rue, tout y passe. Mais rien n’y fait, le gouvernement tient bon, et tient bon la barre.
Alors, nouveau cycle d’attentats et d’assassinats, visant en particulier les députés de la révolution du Cèdre. Le tout assorti de l’épisode Fateh el-Islam. Mais l’armée réagit et agit, remporte la victoire au prix de plusieurs dizaines de martyrs. Cela sous la conduite du général Sleimane, épaulé sur le terrain par François el-Hajj. Lâchement assassiné à son tour voilà quelques jours.
Dans un climat de blocage articulé dorénavant, échéance oblige, sur la présidentielle. Tandis que Farouk el-Chareh, relayé par Walid Moallem, lance directives d’obstruction et arrogants défis tant aux Libanais authentiques qu’à la communauté internationale.
L’objectif, pratiquement déclaré, est d’annihiler l’État libanais en tant que tel. Par le vide constitutionnel au niveau de la présidence de la République et en paralysant le gouvernement et la Chambre.
À bien y regarder, ce but est si absolu qu’il en paraît presque absurde. Car, à supposer que le régime syrien réussisse à reprendre les rênes, comment pourrait-il remonter la machine dont il aurait à se servir après l’avoir toute déglinguée ? On peut dès lors supposer raisonnablement qu’il y a de la cécité politique du côté de Damas. Et qu’une des explications tient dans la vieille sentence Toute passion rend aveugle. La vindicte comme l’amour.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il est courant de relever qu’à travers le dossier libanais Damas, assiégé, tente une sortie, pour récupérer tout à la fois son ancienne tutelle et un rôle régional marquant. Tout comme, d’ailleurs, pour neutraliser dans la mesure du possible le tribunal international, sa bête noire. Ou encore, pour se faire des sous, avec les potentiels secours ou investissements arabo-occidentaux qu’il marchande sur le dos de notre pays. Sa stratégie, offensive, se fonde donc sur des considérations d’intérêts bien compris.
Mais elle découle également d’une bonne dose de ressentiment, de rancune, sinon de haine. Car le régime syrien a vécu le retrait forcé de ses troupes comme une humiliation maximale autant que comme un revers politique.
C’est ce qu’estime un vétéran qui a assumé un nombre incalculable de tâches...