Rechercher
Rechercher

Actualités

En dents de scie Un baiser (pas sur la bouche)

Quarante-huitième semaine de 2007. C’est un to be or not to be façon NPO, nouveau Proche-Orient ; c’est to engage or to contain, le qui engager, qui inviter aux noces, et qui contenir, qui isoler, qui laisser dans la marge… Au fur et à mesure que l’Administration Bush avance vers sa sortie, c’est visiblement à pile ou face que Condoleezza Rice s’amuse à jouer, à parier sans doute avec ses homologues européens : engager Damas ? Téhéran ? Contenir le régime baassiste ? Les ayatollahs ? La collection automne/hiver 2007/2008 sera, semble-t-il, aux couleurs du Barada : il y a à peine quelques heures, les États-Unis applaudissaient, sans le moindre état d’âme et avec une maestria inouïe de l’understatement, la générosité de la Syrie, remerciée pour sa coopération sur le dossier des réfugiés irakiens. C’est grandiose – le brave James Foley a dû lire et relire cent fois son texte avant de le dire. L’arabisation de la solution régionale, la réhabilitation du régime honni, avec, en corollaires directs, une claque au guide suprême et le mégacoup de frein aux ambitions perses doivent valoir un sacré prix. Le tout est de savoir si c’est Washington qui a déboursé – et si oui, quoi et combien – pour s’assurer la bonne volonté des Assad, ou si c’est Damas qui a dû s’acquitter cher et cash de son ré-engagement, sa remise en selle. En gros : le Liban paie ou encaisse ? En (encore plus) gros : est-ce que ces embrassades signent le début du retour à l’ordre ancien ou bien dessinent-elles l’ébauche d’un new deal qui, pour la première fois, ne se ferait pas au détriment du Liban ? Jeffrey Feltman pense que Michel Sleimane appliquera les résolutions internationales… Jeffrey Feltman espère ? Prévient ? Le fait reste que ce retour à l’ordre ancien, cauchemar des uns/fantasme des autres, que cette sale restauration ne sera principalement, essentiellement résolue, dans un sens comme dans l’autre, que par deux facteurs : les décisions que prendrait le futur tribunal spécial pour le Liban et la gestion du pays pour les six années à suivre par le successeur d’Émile Lahoud, l’Émile Lahoud parti de Baabda en catimini et qui a dû faire exactement ce que le papouillage syro-US lui a commandé de faire : se taire. Ce successeur peut ne jamais remercier Émile Lahoud : il hérite d’une ruine à la place de la présidence de la République ; une présidence au prestige à peine équivalent à celui d’un caïmacamat, une présidence dhimmi, obsolète, transformée en un périmètre de sécurité bis, l’office du palais des Mouhajirine ; une présidence rendue simplement… inutile. La mission du successeur ne se résumera pas seulement à assurer la stabilité et la sécurité du pays, à appliquer les résolutions internationales, à sacraliser la démocratie et les libertés, à asseoir l’État de droit, à tout faire pour éviter de nouveaux viols de Constitution ou, menace suprême, un retour à l’ordre ancien. La mission du successeur, avant toute chose, sera de réconcilier les Libanais en général et les chrétiens en particulier avec la présidence de la République. D’organiser des retrouvailles, des embrassades. Sa mission sera de rappeler à ceux qui auraient été (bien volontiers) tentés de l’oublier, à l’intérieur comme dans l’ensemble du monde arabo-musulman, que ce pays ne continuera à s’appeler Liban que si la présidence de la République retrouve, récupère tout ce qu’Émile Lahoud lui a pris : son autorité, sa propreté, sa droiture, sa charge. La mission du successeur sera de rappeler tout autant, à ces mêmes mémoires élastiques, qu’il n’y a pas de Liban sans un partage de pouvoir entre chrétiens et musulmans, quel que soit le poids démographique des uns et des autres. Sacrée mission. Reste à savoir si, lorsqu’il faut absolument délahoudiser, l’avènement d’un nouvel uniforme est la bonne, l’heureuse solution. Guérir le mal par le mal ? Sacrée mission, effectivement ; sacré pari, dont ce pays se serait encore une fois bien passé. On attend du (courageux) successeur galonné, puisqu’il semble malheureusement être le seul à pouvoir prendre le relais et à relever le gant, des miracles – à commencer par une victoire sur lui-même, sur l’habit. Et contre l’histoire. Ziyad MAKHOUL
Quarante-huitième semaine de 2007.
C’est un to be or not to be façon NPO, nouveau Proche-Orient ; c’est to engage or to contain, le qui engager, qui inviter aux noces, et qui contenir, qui isoler, qui laisser dans la marge… Au fur et à mesure que l’Administration Bush avance vers sa sortie, c’est visiblement à pile ou face que Condoleezza Rice s’amuse à jouer, à parier sans doute avec ses homologues européens : engager Damas ? Téhéran ? Contenir le régime baassiste ? Les ayatollahs ? La collection automne/hiver 2007/2008 sera, semble-t-il, aux couleurs du Barada : il y a à peine quelques heures, les États-Unis applaudissaient, sans le moindre état d’âme et avec une maestria inouïe de l’understatement, la générosité de la Syrie, remerciée pour sa coopération sur le dossier des réfugiés irakiens....