Rechercher
Rechercher

Actualités

Danger de perdition, avertit Gemayel en homme d’expérience

Comme tous les vrais Libanais, le patriarche Sfeir en tête, mais même aussi bon nombre d’opposants, le président Gemayel met en garde contre les effets dévastateurs du vide institutionnel. Il parle d’expérience, vécue au premier chef (d’État), aux premières loges, en 1988. « Nous avions alors, avoue-t-il en substance dans ses assises privées, commis un péché mortel en préférant voir la présidence rester vacante plutôt que de souscrire à l’équation américaine : Mikhaël Daher ou le chaos. Nous avions rejeté ce choix, sur lequel Américains et Syriens s’étaient entendus. Le patriarche maronite avait établi à cette époque une liste de cinq candidats dont on n’avait finalement tenu aucun compte. Bien qu’il eût été sollicité à cet effet, avec beaucoup d’insistance, par des instances internationales, régionales ou locales. » On connaît la suite, effroyable à bien des égards. Aussi, le président Gemayel s’alarme-t-il de voir l’histoire se répéter. Il martèle que « nous ne devons à aucun prix laisser la présidence vacante. Il nous faut absolument œuvrer d’arrache-pied pour que la présidentielle ait bien lieu dans les délais. À travers un accord sur un président agréé de tous, ne représentant un défi aux yeux de personne. Et dont le profil devrait être conforme aux qualifications énumérées par le patriarche maronite ». Plafond En principe, aucun être sensé ne peut songer à se mettre sur la conscience la perdition, l’éclatement de son propre pays. Le précipiter dans l’inconnu, en torpillant la présidentielle. Le Liban se trouverait plongé dans les affres. Et les chrétiens, d’ici comme d’ailleurs en Orient, en pâtiraient cruellement. De plus, une conflagration interne ne manquerait pas de faire tache d’huile dans toute la région et d’y provoquer une nouvelle guerre généralisée. Est-ce bien là le but final de la bombe Nasrallah ? C’est ce que soutiennent certains loyalistes. Qui estiment que le régime syrien, s’appuyant sur l’Iran, croit qu’une explosion apocalyptique précipiterait la chute, du moins en Orient, de l’empire US et de ses satellites. Sans aller aussi loin, d’autres majoritaires relèvent que le vide institutionnel serait un coup très dur porté à l’État libanais en tant qu’entité libre et indépendante. Et c’est ce dont rêve, selon eux, un régime syrien qui démontrerait alors qu’il détient toujours la carte libanaise. Qu’il faut donc traiter avec lui pour stabiliser le Liban. Et lui redonner un rôle régional majeur. Durcissement néfaste Cependant, beaucoup de professionnels mettent la flambée Nasrallah au compte des simples surenchères prénégociatoires, et non d’une volonté de sabotage définitif de l’échéance. Ils avancent que le guide du Hezbollah, tout comme Damas d’ailleurs, sait bien qu’il est pratiquement impossible de tenir tête à une décision ferme, définitive, de présidentielle normale, dans les délais, prise par les grandes puissances comme par les Arabes. Il n’empêche que les réactions, inévitables, font que le Liban passe de l’apaisement à une extrême, une dangereuse crispation. Dès lors, tout comme à travers sa victoire divine de juillet 2006 ou via son glorieux sit-in des tentes, le discours incendiaire de Nasrallah a suscité de fâcheuses conséquences économiques et financières. La confiance l’a cédé à l’inquiétude. On parlait de président d’entente élu sans accroc. Et voilà que le ton est de nouveau à l’escalade. Les cours de la Bourse en sont la preuve chiffrée. Les actions ont brusquement pointé à la baisse. Notamment celles, tout à fait emblématiques et suivies comme indice par les marchés, de Solidere qui étaient auparavant à l’embellie. Échange d’amabilités Parallèlement à la bataille des mots, la guerre des tranchées se poursuit au sujet des mécanismes à convenir pour procéder à l’élection d’un président d’entente. Le patriarche Sfeir refuse d’entrer dans le jeu des noms. Il ne consentirait à établir une liste qu’en base de garanties qu’on s’y tiendrait. Cela du reste uniquement s’il n’y a vraiment pas moyen de s’en sortir autrement. Car pour le fond, il partage l’avis des pôles maronites qui lui font remarquer que Bkerké ne doit pas se substituer au Parlement et aux leaders politiques, dont c’est la responsabilité même. Du côté de l’opposition, l’on apprend que le Hezbollah a confirmé au général qu’il le soutient. Mais en ajoutant, subtile suggestion, que cet appui s’étend naturellement au candidat que le général voudrait bien choisir comme substitut ou au titre de l’entente. Renvoyant la politesse à la direction du parti de Dieu, le général l’a priée de garder le droit du choix en matière de candidat de consensus n’appartenant ni à la majorité ni à la minorité. En fait, des cadres aounistes pensent que l’escalade rend bien difficile un accord sur un président d’entente. Selon eux, leur chef penche désormais pour un gouvernement de transition. Installé pour un an, pas plus, ce cabinet de salut public organiserait des législatives anticipées, sur base de l’uninominale. Idée que les majoritaires rejettent. Car pour eux, la présidentielle doit absolument avoir lieu dans les délais. Au besoin à la moitié plus un. Un membre du 14 Mars rappelle que la Syrie s’est toujours frotté les mains lors des périodes où le Liban politique se dédoublait en deux gouvernements, deux présidents, deux Parlements. Comme en 1958 ou en 1990, ou en bien plus d’États encore, comme du temps des milices à cantons, lors de la guerre de 1975. Un risque que Kouchner tente de parer. Mais aussi bien d’autres, le Vatican, les Européens, les Américains, les Saoudiens, les Égyptiens. Et même, ou surtout, les Iraniens. Qui sont finalement peut-être bien les seuls à pouvoir fléchir les Syriens. Philippe ABI-AKL
Comme tous les vrais Libanais, le patriarche Sfeir en tête, mais même aussi bon nombre d’opposants, le président Gemayel met en garde contre les effets dévastateurs du vide institutionnel. Il parle d’expérience, vécue au premier chef (d’État), aux premières loges, en 1988. « Nous avions alors, avoue-t-il en substance dans ses assises privées, commis un péché mortel en préférant voir la présidence rester vacante plutôt que de souscrire à l’équation américaine : Mikhaël Daher ou le chaos. Nous avions rejeté ce choix, sur lequel Américains et Syriens s’étaient entendus. Le patriarche maronite avait établi à cette époque une liste de cinq candidats dont on n’avait finalement tenu aucun compte. Bien qu’il eût été sollicité à cet effet, avec beaucoup d’insistance, par des instances...