Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB La stratégie du vacarme

Por qué no te callas (Pourquoi tu ne te tais pas) ? Cette sévère invitation au silence, c’est un roi d’Espagne littéralement sorti de ses gonds qui, en plein sommet latino-ibérique, l’adressait vendredi dernier au Vénézuélien Hugo Chavez, parti dans une interminable diatribe contre le fasciste José Maria Aznar. Capté par les caméras de télévision, projeté en boucle à longueur de week-end par les chaînes, le royal coup de gueule a flatté la fibre machiste des Espagnols, en même temps qu’il connaissait une fortune internationale. Plus que d’autres sans doute, les Libanais auront été sensibles à cette vigoureuse injonction. Que de fois en effet nombre d’entre eux n’ont-ils été pris d’une sainte – bien que roturière – colère à l’écoute de toutes ces dérives verbales déversées çà et là et qui constituent désormais l’essentiel du discours politique libanais : incroyables outrances, accusations des plus graves appelant inévitablement virulentes ripostes et non moins graves contre-accusations ? Il reste que le dernier discours public du chef du Hezbollah échappe de toute évidence au cadre tristement familier des invectives de routine. Ce discours n’était pas, en dépit de son extrême violence, un simple épisode de la guerre des mots : c’était la révélation d’un ambitieux projet, d’un plan de bataille pour la conquête du pouvoir, d’un véritable programme de gouvernement. Et peut-être, après tout, faut-il en remercier l’auteur, qui s’est enfin décidé à abattre ses cartes, à faire part au public de la réalité de ses intentions et prétentions. Pour y venir, on ne s’attardera pas trop sur l’élément le moins nouveau (mais non le moins scabreux) de ce discours, à savoir les épithètes de bandits et d’assassins fort imprudemment décernées aux responsables du 14 Mars. Ces derniers, d’ailleurs, n’ont eu aucune peine à retourner l’infamant réquisitoire, citant à ce propos les entraves notoirement apportées à l’avènement du tribunal spécial, de même que la fraude au courant électrique et aux télécommunications qui se poursuit imperturbablement depuis des décennies. Même dépouillé de son aspect pratique et moral (comment en effet se remettre à frayer avec les bandits et les assassins du 14 Mars au sein d’un même cabinet d’union ?), le manifeste de Nasrallah ressemble fort à une OPA lancée sur l’État dans ses rouages les plus divers, assortie, à défaut, d’une solennelle menace de sécession, de divorce. Ce que proclame le parti de Dieu en agitant le spectre d’un pouvoir parallèle, c’est que l’élection d’un nouveau chef de l’État n’est en fait qu’une péripétie parmi tant d’autres ; que toute décision doit avoir son agrément, notamment pour ce qui est de la nomination du futur commandant de l’armée ; et surtout que l’inviolabilité de son arsenal sera garantie, qu’elle engagera tous les gouvernements à venir, ce qui équivaudrait pour le Liban à renier séance tenante ses engagements internationaux. Faut-il voir la main de la Syrie, de l’Iran, ou des deux, derrière toutes ces exigences subitement avancées à quelques jours à peine d’une échéance présidentielle qui, de report en report, a été repoussée jusqu’à sa toute dernière limite ? Le fait demeure que cette escalade a visiblement perturbé les efforts de conciliation du ministre français des AE, l’infatigable Bernard Kouchner, qui se propose néanmoins de revenir à Beyrouth la semaine prochaine ; elle pourrait même avoir motivé la décision du secrétaire général de l’ONU de se rendre dans notre pays pour tenter de promouvoir un scrutin présidentiel dans les délais prévus. Last but not least, le tonitruant manifeste de Nasrallah n’aura pas manqué de faire des dégâts collatéraux, les deux victimes de ces tirs amis étant le président de l’Assemblée Nabih Berry et le général Michel Aoun. Le premier, en effet, a engagé tout son crédit dans la recherche d’un président d’entente, et certes pas d’un président livré pieds et poings liés aux quatre volontés du Hezbollah ; quant au second, qui attend encore l’intronisation officielle de ses propres alliés, il croyait être la solution... Issa GORAIEB
Por qué no te callas (Pourquoi tu ne te tais pas) ?

Cette sévère invitation au silence, c’est un roi d’Espagne littéralement sorti de ses gonds qui, en plein sommet latino-ibérique, l’adressait vendredi dernier au Vénézuélien Hugo Chavez, parti dans une interminable diatribe contre le fasciste José Maria Aznar. Capté par les caméras de télévision, projeté en boucle à longueur de week-end par les chaînes, le royal coup de gueule a flatté la fibre machiste des Espagnols, en même temps qu’il connaissait une fortune internationale.

Plus que d’autres sans doute, les Libanais auront été sensibles à cette vigoureuse injonction. Que de fois en effet nombre d’entre eux n’ont-ils été pris d’une sainte – bien que roturière – colère à l’écoute de toutes ces dérives verbales déversées çà et...