Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

LE POINT L’or et la lumière

Le carrosse aux six chevaux blancs et aux abondantes dorures descendant le Mall vers Buckingham Palace était digne des Mille et une nuits. Les critiques, d’une virulence inégalée au pays de l’understatement et de la retenue de bon aloi, auraient pu, elles, figurer en bonne place dans une anthologie des philippiques les plus virulentes de l’ère communiste. Pour sa deuxième sortie hors du royaume depuis son accession au trône, en août 2005, Abdallah ben Abdel Aziz a choisi Londres comme première étape d’un périple qui le conduira ensuite au Vatican puis à Rome, en Allemagne et enfin en Turquie. Il faut croire que parmi les conseillers et diplomates – au nombre de quatre cents, sans compter la vingtaine de membres de son entourage le plus proche – ils seront quelques-uns à payer pour le faux pas représenté par l’interview accordée vingt-quatre heures auparavant à la British Broadcasting Corporation. Le monarque wahhabite soutenait à cette occasion que les services de sécurité de sa gracieuse majesté avaient été mal avisés de ne pas tenir compte des rapports adressés par Ryad. On aurait ainsi empêché, selon lui, la série d’attentats de juillet 2005 dans les transports londoniens qui avaient fait 52 morts et près de 770 blessés. Sans entrer dans les détails du dossier, « afin d’éviter de heurter certaines susceptibilités entre services spécialisés », le roi, qui fut le créateur et le commandant en chef de la toute-puissante garde nationale, n’a pu cependant s’empêcher de relever que la Grande-Bretagne figurait parmi les nations qui ne prennent pas suffisamment au sérieux le problème du terrorisme. Piqué au vif, le Home Office (ministère de l’Intérieur) a aussitôt réagi, précisant que les éléments communiqués par les Saoudiens n’avaient rien à voir avec ce qui s’est produit le 7 juillet. « L’enquête menée l’an dernier par la commission parlementaire de l’Intelligence and Security Committee (ISC) a permis d’établir que les renseignements fournis par les Saoudiens n’auraient pas pu empêcher les attentats », a souligné le porte-parole officiel, comme pour clore l’affaire. Trop tard : le mal était déjà fait. Une salve d’attaques était lancée aussitôt par une presse déchaînée, l’une des plus violentes émanant de l’Independent, dont l’éditorialiste rappelait l’essentiel du message adressé par Gordon Brown, quelques semaines auparavant, dans son discours prononcé devant le congrès du Labour, « à tous ceux qui, de la Birmanie au Zimbabwe, sont persécutés ». Les droits de l’homme, disait en substance le Premier ministre, constituent un principe universel. La charge s’aggravait d’un commentaire du quotidien : pourquoi, après avoir refusé d’assister au sommet de l’Union euro-africaine en raison de la présence de Robert Mugabe, se montrer soudain aussi hospitalier ? Pareille hostilité ne saurait se justifier par la seule nécessité de défendre la veuve et l’orphelin. Le pétrole et ses cours qui s’apprêtent à atteindre allègrement le seuil symbolique des 100 dollars le baril – avant de le franchir… – y sont pour beaucoup. Et aussi cette malencontreuse transaction avec BAE Systems portant sur la fourniture de 72 Eurofighters Typhoon d’une valeur de 9 milliards de dollars. Rien que de fort honorable jusque-là. Toutefois le scandale est né de la découverte du versement d’une commission de deux milliards au prince Bandar ben Sultan, longtemps ambassadeur de son pays à Washington (1983-2005) et grand ami des Bush. L’émir diplomate aurait reçu en outre un Airbus 380, un joujou de 319 millions de dollars, classé plus gros jumbo jet de tous les temps, qu’il empruntera pour ses déplacements, plutôt que de voyager en classe touristes. Il serait injuste de faire assumer à l’actuel protecteur des Lieux saints musulmans une quelconque responsabilité dans le désastreux accord al-Yamama qui remonte à 1985. De plus, Abdallah passe, et à juste raison, pour le plus ouvert au modernisme des 43 descendants directs du grand Abdel-Aziz – à l’exception notable de Fayçal. Depuis qu’il a succédé à son demi-frère Fahd (lui-même n’est pas un Soudeyri), il lui incombe d’assurer un difficile équilibre entre un besoin de modernisme à l’occidentale et un conservatisme propre à rassurer la classe religieuse. Il a déjà entamé avec succès une transformation du système judiciaire et des programmes pédagogiques, indispensables dans un pays où 40 % de la population a moins de 15 ans alors que le chômage frappe 30 % de la classe active – le taux est de 90 % s’agissant des femmes, mais cela est une autre histoire. À la clé, l’engagement solennel que des milliards vont être consacrés aux réseaux routiers et ferroviaires, aux égouts et aux centrales électriques. Un jeu d’enfant quand on est assis sur le quart des réserves pétrolières du monde. Christian MERVILLE
Le carrosse aux six chevaux blancs et aux abondantes dorures descendant le Mall vers Buckingham Palace était digne des Mille et une nuits. Les critiques, d’une virulence inégalée au pays de l’understatement et de la retenue de bon aloi, auraient pu, elles, figurer en bonne place dans une anthologie des philippiques les plus virulentes de l’ère communiste. Pour sa deuxième sortie hors du royaume depuis son accession au trône, en août 2005, Abdallah ben Abdel Aziz a choisi Londres comme première étape d’un périple qui le conduira ensuite au Vatican puis à Rome, en Allemagne et enfin en Turquie. Il faut croire que parmi les conseillers et diplomates – au nombre de quatre cents, sans compter la vingtaine de membres de son entourage le plus proche – ils seront quelques-uns à payer pour le faux pas représenté par...