De sources diplomatiques à Beyrouth, citées par notre correspondant au palais Bustros Khalil Fleyhane, on indique qu’il paraît de moins en moins probable que l’élection présidentielle puisse avoir lieu le 12 novembre prochain, date à laquelle le président de la Chambre Nabih Berry a fixé la séance électorale. Il semble que cette élection aura lieu dans les dix derniers jours de l’échéance, et que la tendance est plus au consensus et au quorum des deux tiers qu’à la majorité absolue. Cette source précise que, très probablement, une partie des députés de la majorité ainsi que certains députés de l’opposition s’abstiendront de voter. Deux tours semblent également prévus, et au second, seuls deux candidats resteront en lice. Dans ce cadre, et pour revenir au rôle de Bkerké, la source précitée souligne que les divergences interchrétiennes sont à l’origine de l’hésitation du patriarche Nasrallah Sfeir à nommer des candidats.
Sur le plan sécuritaire, des craintes concrètes existent, d’autant que des services de renseignements arabes ont tout récemment dévoilé un complot visant à assassiner des candidats à la présidentielle, des députés et des chefs de blocs, à l’instar de Saad Hariri. Le Premier ministre, Fouad Siniora, serait également visé. La source précitée indique que les informations sécuritaires que M. Hariri a dévoilées hier au Caire ne sont pas nouvelles, et plusieurs voitures piégées ont été saisies. Elles devaient être disséminées sur le passage de convois de personnalités politiques. À cet égard, la source précitée indique que la période la plus dangereuse sera les dix premiers jours de novembre, un attentat dans les jours qui viennent n’étant pas à exclure.
Pour ces sources, il devient de plus en plus évident que le fait d’avoir dévoilé ce complot à la presse et d’avoir clairement désigné un officier syrien, Assef Chawkat, comme étant l’auteur de ce complot a fait monter la tension d’un cran. Déjà, la mission à Damas de l’émissaire français Jean-Claude Cousseran n’avait pas été un franc succès, puisqu’une source française à l’ONU a indiqué qu’il « ne s’est rien passé. Le but était d’échanger les points de vue. Chaque camp a rappelé quelles étaient ses positions ».
Il convient de souligner dans ce cadre que M. Cousseran a par la suite rencontré le conseiller de M. Siniora, Mohammad Chatah, auquel il aurait transmis le conseil prodigué par le vice-président syrien, Farouk el-Chareh : « Ou vous tranchez la situation, ou ce sera la guerre des tranchées. » Inutile donc de préciser que la mission de M. Cousseran n’a pas eu les effets escomptés en Syrie. Ainsi, même si une réunion est bel et bien prévue entre le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et son homologue syrien, Walid Moallem, en marge du sommet sur l’Irak, il est permis de s’interroger sur l’utilité de cette rencontre, notamment à l’aune de ce climat négatif qui se développe actuellement.
Précisions françaises
Par ailleurs, une source diplomatique française à Beyrouth a tenu à apporter des précisions sur les propos parus en pages une et deux de L’Orient-Le Jour et selon lesquels « Paris s’est nettement démarqué de Washington et a clairement mis en garde contre l’élection d’un président à la majorité absolue ». Les propos attribués au porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes ne correspondent en rien à la réalité, a affirmé cette source.
Elle renvoie aux déclarations de la porte-parole du Quai d’Orsay en date du lundi 29 octobre, qui a notamment rappelé que la France souhaitait « l’élection d’un président de large rassemblement, dans les délais prévus et selon les normes constitutionnelles ». La source souligne enfin que la question présidentielle relève de l’appréciation souveraine des Libanais.
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