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Actualités - Opinion

OPINION Réflexions sur un désastre qui aurait pu être évité

La forêt de Sebeel-Aito-Karm Saddeh, une des plus belles et des plus étendues du Liban, vient d’être ravagée par un incendie dévastateur. Un désastre qui aurait pu être évité. Au-delà de la tristesse et de la révolte causées par la disparition d’une forêt pluricentenaire qui a vu grandir les générations, il faudrait réfléchir sur les causes indirectes du désastre et les enseignements à en tirer : 1 - L’incendie a mis en relief les cruelles défaillances du dispositif de lutte anti-incendie de l’État • L’armée possède trop peu d’hélicoptères de lutte anti-incendies. Le premier jour, les rares hélicoptères étaient engagés ailleurs et ne sont pas intervenus sur le site dont une grande partie est inaccessible aux autopompes. Cela a contribué grandement à la propagation de l’incendie. • La capacité de largage d’eau de ces hélicoptères est faible. Celle des hélicoptères envoyés par Chypre est environ cinq fois supérieure. • Les hélicoptères ne suffisent pas pour des incendies de cette ampleur. Il aurait fallu engager des avions de type Canadair. Le gouvernement n’en a malheureusement pas acheté, malgré le besoin cruel qui se fait ressentir chaque année. • Bien qu’équipée d’autopompes modernes et performantes, la Défense civile manque gravement d’équipes de pompiers. Certaines autopompes sont arrivées sur le site de l’incendie avec chauffeur et sans équipage. Les habitants se sont portés volontaires pour manier le canon à eau et les pompes. • La coordination entre les différentes équipes (Défense civile, armée, FSI) est minimale et l’absence de commandement central unifié sur le terrain réduit l’efficacité de la lutte. Souvent, les équipes sont engagées au mauvais endroit. • Bien que des moyens considérables aient fini par être mis en œuvre, il y a eu un grand retard dans l’engagement des moyens massifs qui n’ont été engagés qu’environ 15 heures après le déclenchement de l’incendie. Une réaction immédiate nous aurait épargné ce désastre. 2 - Il n’existe pas de points d’eau, régulièrement et judicieusement répartis pour réalimenter les autopompes. Celles-ci sont obligées de se retirer des opérations pour se réalimenter à des endroits souvent lointains, réduisant beaucoup l’efficacité de la lutte. 3 - Il n’existe aucune gestion des ressources forestières. Pire, la politique de l’État consiste en une interdiction pure et simple de tout abattage d’arbres sous peine de forte amende, ce qui a grandement contribué au désastre. Il est totalement interdit (ou en tout cas extrêmement difficile d’obtenir une autorisation) de couper les arbres pour éclaircir une forêt. Le résultat est que nos forêts finissent pour être un fouillis inextricable, susceptible de s’embraser très rapidement. 4 - Souvent des câbles de haute et de moyenne tension traversent les forêts sans que les arbres juste en dessous ne soient coupés. En cas de forts vents, l’entrechoc des câbles cause des étincelles génératrices d’incendies. Ce fut le cas dans les forêts de Sebeel-Aito en 1996 (déjà). 5 - En ces temps de crise économique et budgétaire, les municipalités manquent cruellement de moyens financiers pour s’équiper en moyen anti-incendies et engager des gardes forestiers. Les crédits alloués aux municipalités au titre de la Caisse indépendante des municipalités ont été réduits et sont versés avec un retard considérable. Les municipalités, les caisses souvent vides, sont paralysées et ne peuvent avoir recours qu’à des volontaires dont l’efficacité ne peut être que limitée. Il reste à espérer qu’au-delà des mots de circonstance politiquement corrects, les responsables s’attellent à l’application effective d’un programme de prévention et de lutte. Il est aussi nécessaire de mettre sur pied une politique de reboisement intelligente et soutenue sur plusieurs années, dotée de crédits suffisants pour en assurer le succès. Finalement, je voudrais conclure par souligner le dévouement de toutes les équipes de la Défense civile, l’armée, les FSI, la Croix-Rouge, et les milliers de volontaires qui, le cœur sur la main, ont lutté jusqu’à l’épuisement et sans véritables moyens pour contenir un incendie qui n’aurait pas dû avoir cette ampleur. Habib Torbey Président de la municipalité de Sebeel
La forêt de Sebeel-Aito-Karm Saddeh, une des plus belles et des plus étendues du Liban, vient d’être ravagée par un incendie dévastateur. Un désastre qui aurait pu être évité.
Au-delà de la tristesse et de la révolte causées par la disparition d’une forêt pluricentenaire qui a vu grandir les générations, il faudrait réfléchir sur les causes indirectes du désastre et les enseignements à en tirer :
1 - L’incendie a mis en relief les cruelles défaillances du dispositif de lutte anti-incendie de l’État
• L’armée possède trop peu d’hélicoptères de lutte anti-incendies. Le premier jour, les rares hélicoptères étaient engagés ailleurs et ne sont pas intervenus sur le site dont une grande partie est inaccessible aux autopompes. Cela a contribué grandement à la propagation de l’incendie.
• La...