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Actualités - Opinion

Bouchées diplomatiques doubles pour une solution avant la décade fatidique

La démarche de Bkerké ne se déroulant pas aussi bien qu’ils l’espéraient, les conciliateurs régionaux, internationaux et locaux redoublent d’efforts pour un arrangement accéléré. Dans la mesure du possible, étant déjà entendu que la convocation pour le 23 octobre tombe à l’eau. Le but des médiateurs est de parvenir à fixer un rendez-vous électoral sérieux avant la décade fatidique. C’est-à-dire avant le 14 novembre. Car si l’on atteignait ce jour-ci sans accord, la partition politique sonnerait à la porte. On sait en effet que l’article 73 de la Constitution édicte qu’à défaut de convocation, la Chambre, constituée en collège électoral, se réunit « de plein droit le dixième jour avant le terme de la magistrature présidentielle. » Ce qui signifie pratiquement que si la Chambre ne s’est pas acquittée de sa mission dans les délais ordinaires (entre deux mois et un mois avant l’expiration du mandat, dixit le même article 73), elle doit absolument siéger le 14 novembre. En session ouverte permanente jusqu’à élection d’un nouveau chef de l’État. Or, on le sait également, sans accord préalable, l’opposition compte boycotter la séance. Et la majorité a la ferme intention d’élire alors le président à la moitié plus un. Ce que les minoritaires dénonceraient comme un coup de force anticonstitutionnel, du moment qu’à les en croire il faut un quorum des deux tiers. Et ils feraient politiquement sécession. Si les loyalistes devaient finalement opter pour la résignation, le pays plongerait dans le vide institutionnel et l’anarchie. Pour parer ce double danger, les conciliateurs soutiennent à fond tant l’approche de Bkerké visant à accorder les violons maronites que l’initiative plus globale du président Berry. D’ailleurs, pour eux, il serait bon que les deux mouvements fusionnent ou, à tout le moins, qu’ils déclinent une même conjugaison d’objectifs précis. Autrement dit que les spécifications requises au chapitre des candidatures présentables deviennent parfaitement identiques dans l’une et l’autre proposition d’entente. Étant entendu que la priorité, comme Berry en convient (autant du reste que Hariri), va aux critères retenus par Bkerké. Du moment que l’élection concerne la communauté maronite au premier chef. Double équipe Vendredi, on le sait également, Kouchner, D’Alema et Moratinos se pointent à Beyrouth. Le chef du Quai d’Orsay entend cependant renforcer les chances de la troïka européenne. Il a donc invité Amr Moussa, ainsi que les ministres saoudien et égyptien des AE, l’émir Saoud al-Fayçal et Ahmad Aboul Ghaïth, à rejoindre la mission occidentale dans la capitale libanaise. Sinon vendredi même, du moins en week-end. Le renfort se justifiant par l’inquiétude accentuée que suscitent les tribulations politiques interlibanaises de ces derniers jours, marquées par un net durcissement tant de la part de Nasrallah que du côté de Joumblatt-Geagea. Dans leurs dépêches à leurs gouvernements, les diplomates arabes ou européens en poste à Beyrouth mettent en effet l’accent sur le fait que les Libanais, faute de confiance, ne parviennent pas toujours à dialoguer vraiment entre eux. Il s’agit donc non pas de leur proposer une solution clé en main, ce qui constituerait une immixtion dans les affaires intérieures libanaises, mais de les inciter à rompre la glace. En commençant par un soutien appuyé aux efforts de Bkerké visant à recoller les morceaux du côté maronite. Le patriarcat tente, avec l’aide du comité des cinq évêques, d’établir des constantes chrétiennes servant de dénominateur commun, pour parvenir à une entente Gemayel-Geagea-Aoun-Frangié sur un président de consensus. Ce dernier serait dès lors facilement accepté par la frange musulmane, d’autant que l’Iran y met du sien sur la voie d’un règlement à l’amiable. En coordination, sur ce dossier précis, avec la diplomatie européenne. Une conjonction rendue nécessaire par le fait que la crise libanaise s’alimente au conflit régionalo-international dit des axes. Grosso modo, bien que se défendant pareillement de tout suivisme, l’opposition et la majorité s’alignent en effet, à des degrés divers, l’une sur le tandem syro-iranien et l’autre sur la coalition occidentale menée par les États-Unis. Dans ce contexte même, la grande question reste de savoir quel jeu la Syrie joue au juste. En surface, elle soutient qu’elle ne s’immisce pas et qu’elle souscrit à tout accord interlibanais. Donc qu’elle se range du côté positif de la barrière choisi par son allié dominant, l’Iran. Mais sous cape, comme l’en accusent non seulement les loyalistes du cru, mais également le camp occidental, voire l’ONU, elle agirait pour torpiller l’échéance. Afin de faire d’une pierre deux coups : empêcher l’avènement d’un résident libanais indépendantiste ; et contrer l’Arabie saoudite avec laquelle elle est en froid. Cependant, la partie s’avère serrée pour Damas. Car le récent échange entre le Hezbollah et Israël montre finalement que l’Iran mise à fond sur la stabilisation. Tant de la scène libanaise que de la région dans son ensemble. À des fins multiples : desserrer l’étau relatif à son nucléaire et prévenir un clash chiites-sunnites. Partant de là, des diplomates arabes et occidentaux prédisent une détente progressive sur la scène libanaise. Et assurent que l’élection présidentielle aura lieu dans les délais et les formes constitutionnels, sans anicroche. Le grain de sable Il y aurait donc une grande décision extérieure de calmer le jeu au Liban. Mais le grain de sable local peut toujours enrayer la belle machine étrangère. Car aucun camp, voire aucune de leurs composantes majeures respectives, n’entend sortir perdant de l’épreuve. Mieux, ou pire, même, chacun tient absolument à gagner. À décrocher le président de ses rêves ou, à tout le moins, un président qui ne le désavantagerait pas. Ainsi, la majorité exige un président tout à fait indépendantiste. Tandis que le Hezbollah n’accepte qu’un président qui resterait le premier protecteur de son armement et serait bien vu de la Syrie. De ces positionnements, il ressort que l’opposition refuse de nommer les candidats qui à ses yeux pourraient être d’entente. Elle se contente de soutenir le général Aoun, sans même officialiser cet appui. En ajoutant, pour faire bonne mesure obstructionniste, que ni Boutros Harb, ni Nassib Lahoud, ni Robert Ghanem, candidats issus des rangs de la majorité, ne sont des postulants de consensus éventuel, mais bien des présidentiables de défi. De son côté, le général Aoun pose une condition préliminaire : que la majorité renonce à l’élection à la moitié plus un, qu’elle admette les deux tiers et qu’elle aborde le dialogue sur la présidentielle… sans conditions préalables de sa part ! Il précise en outre que ses rivaux maronites doivent accepter un programme visant à rendre à la communauté, donc à la présidence, tout son lustre politique. Autrement dit, qu’ils doivent se détacher de leurs alliances sur le plan national. Quoi qu’il en soit, le rendez-vous du 23 octobre serait reporté au 6 novembre. Berry devrait en parler sous peu avec Hariri à son retour de Ryad. Philippe ABI-AKL
La démarche de Bkerké ne se déroulant pas aussi bien qu’ils l’espéraient, les conciliateurs régionaux, internationaux et locaux redoublent d’efforts pour un arrangement accéléré. Dans la mesure du possible, étant déjà entendu que la convocation pour le 23 octobre tombe à l’eau. Le but des médiateurs est de parvenir à fixer un rendez-vous électoral sérieux avant la décade fatidique. C’est-à-dire avant le 14 novembre. Car si l’on atteignait ce jour-ci sans accord, la partition politique sonnerait à la porte.
On sait en effet que l’article 73 de la Constitution édicte qu’à défaut de convocation, la Chambre, constituée en collège électoral, se réunit « de plein droit le dixième jour avant le terme de la magistrature présidentielle. » Ce qui signifie pratiquement que si la Chambre ne s’est pas...