Au pays du Cèdre, il y a la plus forte concentration d’hommes politiques qui portent le très saint prénom de Michel. Ainsi donc, en ce début d’automne, les Michel se ramassent à la pelle. Sont-ils tous sains ou ceints de cette auréole qui couronne la tête de leur saint patron ? J’en doute, mais force est de reconnaître que la plupart d’entre eux sont des hommes d’exception.
Je voudrais commencer par le plus discret, le moins ambitieux : Michel Moussa, ex-ministre de la Santé. Un homme affable, modéré qui vit dans l’ombre de son mentor Istaz Nabih Berry, et qui n’a jamais participé à la querelle du sexe des anges. Le second Michel (Angelos) Sphinx ou Pharaon, élégant, séduisant. Il s’essaie depuis quelque temps à prêcher la bonne parole en grasseyant un arabe littéraire qui fait son charme céleste. Le troisième, Michel Moawad mi-séraphin, mi-chérubin, vit dans le giron de sa mère, mais tente de voler de ses propres ailes. Il est inexpérimenté, parfois trop bruyant, et gagnerait à maîtriser ses ardeurs juvéniles. Le quatrième, Michel Samaha, un géant de 1m90, qui a fait scission depuis belle lurette avec son vieux camarade et ange gardien Amine Gemayel, et qui s’est trouvé une âme d’inquisiteur public (à juste titre) afin de pourfendre la démoniaque politique des princes des ténèbres néoconservateurs.
Le cinquième, Michel Murr (le plus mûr des Murr), l’homme qui sait tout et qui sait surtout profiter de l’occasion pour se remettre en selle, en mettant savamment son grain de sel partout, où des incubes, version mephisto, tentent de semer les germes de la discorde satanique.
Le sixième, Michel Sleiman (là, on va m’accuser de favoritisme, mais tant pis), digne, réservé, sensé, a su consolider son statut de leader après la victoire de Nahr el-Bared en crevant l’abcès de Chaker… el-Abcès (alis Lucifer) ! Tout cela est naturel, car saint Michel n’est-il pas le chef des armées du Ciel ?
Le septième, Michel Eddé, le plus archangélique, le plus sympathique, le plus habile et le plus volubile, le fin gourmet, et, en particulier le plus cultivé. Le moment est-il venu pour lui de monter au septième ciel en… passant par le purgatorius de Baabda ?
Pour conclure, voici le huitième : Michel Aoun, l’archange maronite le plus populaire, le plus impétueux, mais aussi le plus imprévisible. Il voue aux enfers tous ceux qui jouent les Belzébuth en herbe, et qui tentent de l’empêcher de monter sur le trône édénique de la présidence. Saint Michel était le plus grand des anges, il devint par la suite le protecteur de l’Église et psychopompe*. Il combattit Satan et ses démons de… midi. Le patriarche Sfeir ne le sait que trop, mais ne tranchera pas en faveur de l’un de ces chers anges. Son Éminence pense judicieusement qu’il ne faut pas chercher… midi à 14 heures pour trouver le « sain » Michel Victorius ! Il faut tout d’abord trouver les deux tiers aux jardins des Délices, pour éviter le Jugement… dernier, ou le 50 + 1 pour purifier les âmes des électeurs qui n’ont pas entièrement satisfait la justice divine outre-atlantiste.
En attendant le 24 novembre prochain, nos Anges sont entrés dans la campagne électorale, « Gloria in excelsis Deo ». Mais, c’est la salsa du démon qui nous entraîne dans un break-dance maléfique et qui peut nous faire perdre nos aspirations paradisiaques. Ô saint Michel, prince de la milice céleste, repoussez par la force divine les Asmodée (diables boiteux), les Gog et Magog (puissances du mal), les elfes (génies maléfiques) et autres esprits mauvais, et faites que la Géhenne, les engloutisse à jamais ! Sinon, nous nous dirigeons droit vers « Apocalypse Now ».
Nahi LAHOUD
Producteur
* Celui qui mène les âmes des morts au Jugement dernier.
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Je voudrais commencer par le plus discret, le moins ambitieux : Michel Moussa, ex-ministre de la Santé. Un homme affable, modéré qui vit dans l’ombre de son mentor Istaz Nabih Berry, et qui n’a jamais participé à la querelle du sexe des anges. Le second Michel (Angelos) Sphinx ou Pharaon, élégant, séduisant. Il s’essaie depuis quelque temps à prêcher la bonne parole en grasseyant un arabe littéraire qui fait son charme céleste. Le...