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Drogue L’or vert des agriculteurs de la Békaa

Devant un immense tas de feuilles de cannabis entreposées dans une pièce aux murs de béton cachée au fond de sa maison, Mohammad arbore un large sourire : « Cette année a vraiment été exceptionnelle. » « Si l’État nous laisse en paix les trois prochaines années, notre crise agricole sera résolue et nous serons tirés d’affaire », ajoute ce père de trois enfants, qui a demandé d’être identifié sous son seul prénom et que son village ne soit pas cité. Comme des dizaines d’autres agriculteurs de la vallée de la Békaa, Mohammad a profité du vide du pouvoir pour semer sa plus importante récolte depuis la fin de la guerre civile. Entre l’impossibilité apparente pour la classe politique de s’accorder sur un candidat présidentiel et la longue confrontation entre l’armée et les islamistes de Fateh el-Islam, le commerce illicite de la drogue a semblé irrésistible à bon nombre de familles de la Békaa et du Hermel, réputée terre de contrebandiers et d’activistes du Hezbollah. Les autorités estiment qu’environ 7 500 hectares de cannabis ont été semés cette année, la plus grande surface depuis la fin de la guerre civile lorsque le gouvernement, sous la pression des États-Unis, avait lancé son programme d’éradication. Le lieutenant-colonel Adel Machmouchi, chef du bureau de la lutte contre les stupéfiants, explique qu’il avait l’intention de détruire les récoltes, mais qu’il en a été empêché pour raison de sécurité. « Nous visions huit secteurs de la Békaa et du Hermel mais l’armée, aux prises avec les islamistes dans le camp de réfugiés de Nahr el-Bared, était incapable de protéger mon personnel », dit-il. De plus, les propriétaires de tracteurs sollicités par son département pour détruire les plantes se sont excusés après avoir reçu des menaces, ajoute-t-il. Dans un épisode digne d’un western, les agents de Machmouchi ont essuyé des tirs, y compris de roquettes, lorsqu’ils ont commencé à déraciner des champs de cannabis dans le village de Bourdaï (Békaa). « On a été forcés de se retirer. On voulait revenir le lendemain mais on savait qu’ils attendraient et on voulait éviter l’escalade », ajoute le lieutenant-colonel. Mohammad et les autres agriculteurs reconnaissent qu’ils enfreignent la loi, mais en rejettent la faute sur le gouvernement et les Nations unies qui n’ont pas, selon eux, rempli leur engagement, pris dans les années 90, de leur fournir des moyens de développement alternatifs. « Les gens sont à bout à cause de la situation économique. Cette région souffre et le cannabis rapporte, c’est de l’argent facile », raconte Mohammad, en précisant qu’un kilogramme rapporte entre 1 000 et 1 500 dollars, selon la qualité. La récolte de cet été vaudrait ainsi environ 225 millions de dollars, somme considérable quoique inférieure aux 500 millions USD annuels que rapportait le trafic dans les années 80. Le haschich libanais se vend en Europe et même en Israël, selon des sources officielles. Le chef des services sociaux du Hermel, Jihad Sakr, estime que le largage par les autorités de tracts menaçant les agriculteurs de lourdes sentences sera inefficace tant qu’ils resteront marginalisés et ignorés par le pouvoir central. « Les gens doivent manger, se soigner et éduquer leurs enfants. Les promesses c’est très gentil, mais s’ils ne les aident pas, ils n’ont pas d’autre choix », affirme-t-il. L’an prochain, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) doit mettre en œuvre un programme établi en collaboration avec le gouvernement, permettant aux agriculteurs de remplacer le cannabis par du chanvre indien industriel utilisé dans la fabrication de tissus, selon Edgar Chehab, chef du département de l’énergie et de l’environnement du PNUD. Jocelyne ZABLIT (AFP)
Devant un immense tas de feuilles de cannabis entreposées dans une pièce aux murs de béton cachée au fond de sa maison, Mohammad arbore un large sourire : « Cette année a vraiment été exceptionnelle. »
« Si l’État nous laisse en paix les trois prochaines années, notre crise agricole sera résolue et nous serons tirés d’affaire », ajoute ce père de trois enfants, qui a demandé d’être identifié sous son seul prénom et que son village ne soit pas cité.
Comme des dizaines d’autres agriculteurs de la vallée de la Békaa, Mohammad a profité du vide du pouvoir pour semer sa plus importante récolte depuis la fin de la guerre civile.
Entre l’impossibilité apparente pour la classe politique de s’accorder sur un candidat présidentiel et la longue confrontation entre l’armée et les islamistes de Fateh...