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Actualités - Opinion

LE POINT Fausses manœuvres Christian MERVILLE

On n’est pas au Palais de Verre ; ce n’est pas le « french doctor » qui aurait brandi, comme Colin Powell jadis, une éprouvette supposée contenir de l’anthrax irakien ; et puis Nicolas Sarkozy n’est pas – il s’en faut – George W. Bush en quête d’une victoire militaire ouvrant la voie à la démocratisation à marche forcée, prélude à la naissance d’un nouveau Moyen-Orient. Cela pour dire l’étonnement de tous ceux qui ont retenu dans l’intervention de Bernard Kouchner, invité dimanche soir de l’émission le Grand Jury RTL – Le Figaro – LCI, l’invitation à « se préparer au pire » qui « est la guerre » à propos de la crise suscitée par le programme nucléaire iranien. D’aucuns, donnant dans l’anticipation, ont cru voir déjà dans le ciel l’ombre menaçante des F18 prêts à lâcher leurs charges d’obus conçus pour traverser l’épaisseur des murs protégeant les sites de Bouchehr et de Natanz. À y regarder de près, les propos du ministre français des Affaires étrangères sonnaient moins comme le signal d’une vaste offensive que comme une mise en garde, l’une des dernières probablement, à l’adresse d’un pays qui finasse, louvoie et atermoie depuis trop longtemps, doivent juger les grandes puissances. Extrait du verbatim : « Aucun signe ne nous permet de penser, en dehors des préparations militaires, qu’un bombardement de l’Iran soit proche (…). Je ne crois pas que nous en soyons là, mais il est normal qu’on fasse des plans. » Plus loin : « L’armée française n’est pas pour le moment associée à quoi que ce soit ni à aucune manœuvre que ce soit. » Et encore : « Nous avons décidé, pendant que la négociation se poursuit, et elle doit s’amplifier, de nous préparer à des sanctions éventuelles, en dehors de celles de l’ONU, et qui seraient européennes. » Alors, qui desiderat pacem preparet bellum, comme le conseillait naguère le bon vieux Végèce dans son Traité de l’art militaire ? Mais ce serait là opter pour un jeu dangereux, avec pour conséquence immanquable un probable effet boomerang. Un jeu dans lequel, par ailleurs, les Iraniens sont passés maîtres, ainsi qu’ils l’ont prouvé à plus d’une reprise ces derniers temps. Parler d’opérations militaires, même avec toutes les circonlocutions d’usage, semble pour le moins hâtif quand l’Amérique elle-même en est encore à privilégier une approche du problème relevant de la diplomatie et de l’économie, comme le soulignait le secrétaire à la Défense Robert Gates il y a quarante-huit heures dans un entretien à la chaîne de télévision Fox News. Certes, le successeur de Donald Rumsfeld a pris soin d’affirmer que « toutes les options sont sur la table », mais il s’est empressé d’ajouter, à propos par exemple du démantèlement des camps de combattants chiites actifs en Irak : « Nous n’avons pas besoin pour cela de franchir la frontière. » Il reste que la prise de position dominicale du chef de la diplomatie française n’est pas sans évoquer le discours, fin août, du chef de l’État devant les ambassadeurs qu’il recevait à l’Élysée et dans lequel il avait évoqué l’éventualité de bombardements des sites nucléaires de la République islamique. On est certes loin des prises de position de Jacques Chirac, lequel avait multiplié, notamment après la guerre israélienne de juillet-août 2006 contre le Liban, les gestes d’ouverture en direction de Téhéran, allant même jusqu’à recevoir un émissaire de Mahmoud Ahmadinejad. Pour autant, il est peu probable que les 26 alliés de Paris au sein de l’Union européenne décident, devançant en cela les Nations unies, de sévir pour, entre autres, anticiper un veto russe ou chinois devant l’instance internationale. La simple mise en garde de Kouchner aux entreprises de son pays contre tout nouvel investissement en Iran a valu de la part de ce pays une riposte immédiate : Gholam Hossein Nozari, ministre du Pétrole, a aussitôt annoncé qu’un projet gazier prévu avec le groupe Total à South Pars et portant sur plusieurs milliards de dollars allait être « reconsidéré ». C’est là une salve d’avertissement qui pourrait être suivie de mesures d’ordre pratique, concernant d’autres entreprises françaises comme la firme Renault. Ce serait là cher payer un rapprochement avec Washington dont on perçoit mal, dans l’immédiat, la contrepartie bénéfique. Comme on voit mal les États-Unis se lancer dans une nouvelle aventure, perse celle-là, alors que l’enlisement se confirme dans l’ancienne Mésopotamie. Au point que des stratèges US en viennent, sans état d’âme, à parler d’une présence « pour une décennie au moins » sur les bords de l’Euphrate, à l’ombre d’un chaos contagieux pour les autres pays de la région. Tout cela à l’heure des grandes décisions en prévision de la bataille pour la présidentielle de novembre 2008. Pour le grand étalage de muscles, on aurait pu choisir un moment plus approprié, et surtout un pays plus facilement influençable. N’est-ce pas docteur ?
On n’est pas au Palais de Verre ; ce n’est pas le « french doctor » qui aurait brandi, comme Colin Powell jadis, une éprouvette supposée contenir de l’anthrax irakien ; et puis Nicolas Sarkozy n’est pas – il s’en faut – George W. Bush en quête d’une victoire militaire ouvrant la voie à la démocratisation à marche forcée, prélude à la naissance d’un nouveau Moyen-Orient. Cela pour dire l’étonnement de tous ceux qui ont retenu dans l’intervention de Bernard Kouchner, invité dimanche soir de l’émission le Grand Jury RTL – Le Figaro – LCI, l’invitation à « se préparer au pire » qui « est la guerre » à propos de la crise suscitée par le programme nucléaire iranien. D’aucuns, donnant dans l’anticipation, ont cru voir déjà dans le ciel l’ombre menaçante des F18 prêts à lâcher...