George W. Bush a transformé jeudi un fait entendu en une réalité historique : il appartiendra à son successeur de conclure une guerre qu’il a déclarée et sur laquelle sera jugée sa présidence. Il ne lui reste plus qu’à laisser l’Irak dans le meilleur ou le moins mauvais état possible quand il cédera la place, estiment les experts. Lui est convaincu qu’il avait raison, malgré la large réprobation que lui vaut sa conduite de la guerre, et c’est l’histoire qui tranchera.
En annonçant qu’il compte faire rentrer au moins 21 500 hommes d’ici à juillet 2008, M. Bush ratifie la présence de plus de 100 000 Américains en Irak six mois seulement avant la fin de sa présidence en janvier 2009. À mesure que l’affaire irakienne se compliquait, M. Bush a admis que les Américains seraient toujours en Irak après janvier 2009, et que son successeur trouverait le dossier sur son bureau.
Jeudi, il est passé à l’admission d’une autre réalité. Il veut « conduire nos positions en Irak à un point favorable pour l’arrivée du prochain président », a dit un haut responsable de l’Administration, « et ce que sera notre présence en Irak (...), c’est quelque chose que jaugera le prochain président, quiconque sera élu en 2008 ».
M. Bush argumente que les progrès accomplis permettent de rapatrier une partie du contingent. Les experts ajoutent qu’il n’avait pas d’autre choix, sauf à prendre le risque politique considérable d’allonger le déploiement des troupes déjà en Irak, puisque les capacités de rotation de l’armée touchent à leurs limites. Ils relèvent aussi que M. Bush, qui s’est toujours dit guidé par les principes et non les sondages, n’allait pas commencer maintenant à se préoccuper de sa popularité.
« Voilà un président profondément convaincu qu’il a fait ce qu’il fallait, il va maintenir le cap bien qu’il ait de très bonnes raisons de ne pas le faire, et dans une certaine mesure, il semble s’être arrangé du fait qu’il risque de passer à l’histoire comme le président le plus impopulaire de l’époque moderne », dit Charles Kupchan, expert au Council on Foreign Relations.
Que l’Irak sombre, et M. Bush se rangera dans la galerie des présidents américains, non pas au côté de Franklin Roosevelt, honoré aux États-Unis comme le vainqueur de l’Allemagne nazie et du Japon impérial, mais de Lyndon Johnson, associé à l’enlisement vietnamien. Soucieux de son image dans la postérité, M. Bush fait valoir qu’on continue, plus de deux siècles après, à analyser l’action de George Washington, figure fondatrice dont il a aimé lire la biographie.
Aussi M. Kupchan s’attend-il à ce que M. Bush essaye de retirer encore quelques brigades après l’été 2008, ne serait-ce que pour servir les candidats républicains à la présidentielle. Mais à ce que le nombre d’Américains en Irak ne descende pas sous les 100 000 avant janvier 2009. « Sa décision est prise de laisser au prochain président la décision fondamentale sur la date et la manière de sortir d’Irak », dit-il.
« Il n’y a aucune chance » que M. Bush finisse la tâche commencée, « à cause des erreurs commises jusqu’alors », juge Lawrence Korb, adjoint au secrétaire à la Défense dans l’Administration Reagan. « Il va léguer cela à son successeur ; et si les choses tournent mal, lui et ses acolytes essaieront d’en imputer la faute au président Clinton, Obama ou Giuliani » qui feraient rentrer les troupes sans laisser le temps d’opérer à la stratégie mise en œuvre avant eux, précise-t-il, en évoquant les principaux candidats à la présidentielle.
Pour Peter Rodman, lui aussi ex-adjoint au secrétaire à la Défense mais sous Administration Bush, la stratégie actuelle produit son effet et aidera le 44e président : « Les candidats à la présidentielle ont intérêt à voir réussir la stratégie de stabilisation de Bush pour hériter du plus large réseau d’options possibles. »
Réagissant à son discours, les démocrates ont accusé le président Bush de condamner les soldats américains à une guerre « sans fin » en Irak. Dans leur réponse officielle, ils ont par ailleurs immédiatement décrié « une stratégie faussée qui détourne l’attention et les ressources de la chasse au réseau terroriste d’Oussama Ben Laden ».
Laurent LOZANO (AFP)
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En annonçant qu’il compte faire rentrer au moins 21 500 hommes d’ici à juillet 2008, M. Bush ratifie la présence de plus de 100 000 Américains en Irak six mois seulement avant la fin de sa présidence en janvier 2009. À mesure que l’affaire irakienne se compliquait, M. Bush a admis que les Américains seraient toujours en Irak après...