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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE Un élixir d’éducation ? Par Björn LOMBORG, Amy DAMON et Paul GLEWWE*

Nombreux sont ceux qui pensent que l’éducation peut résoudre tous les problèmes. Ils pensent qu’il est possible de transformer la société en injectant de l’argent pour accroître le niveau de l’enseignement. Toutefois, s’il n’y a rien à redire sur le pouvoir de l’éducation (beaucoup de spécialistes sont convaincus qu’elle forme des individus plus heureux et prospères), cet enthousiasme ne nous dit pas comment faire en sorte que plus d’enfants restent à l’école plus longtemps, ni comment s’assurer qu’ils y apprennent des choses qui leur seront utiles plus tard. De nos jours, la quasi-totalité des enfants d’Amérique latine et des Caraïbes vont à l’école primaire et la plupart suivent ensuite plusieurs années d’enseignement secondaire (un progrès remarquable comparé à il y a cinquante ans). Pourtant, les enfants d’Amérique latine et des Caraïbes apprennent moins chaque année que les enfants des pays développés – ou que ceux de certains pays en développement. Les enfants des populations indigènes ont beaucoup moins de chances de réussir leur scolarité. Le Guatemala, Haïti, le Honduras, le Nicaragua et le Paraguay sont à la traîne, y compris par rapport à d’autres pays d’Amérique latine. En dépit de l’enthousiasme généralisé pour l’amélioration de l’éducation en Amérique latine et aux Caraïbes, peu d’efforts ont été faits pour comprendre comment rentabiliser au mieux les investissements réalisés en la matière. Quelles politiques donnent les meilleurs résultats ? Les options sont nombreuses. La Banque mondiale recommande de décentraliser l’administration des écoles pour leur permettre de mieux répondre aux besoins locaux. Cependant, aucune étude fiable n’a prouvé l’efficacité de cette stratégie. L’enseignement bilingue est une autre suggestion sur laquelle il serait nécessaire de faire des recherches pour en mesurer les avantages. Les recherches menées en Afrique suggèrent que la distribution de vermifuges aux élèves du primaire permet de réduire les problèmes de santé qui gênent la concentration des enfants et favorisent l’absentéisme. Un programme de primes et de formation des professeurs a récemment été mis en place au Mexique, mais les recherches menées n’ont, à ce jour, montré aucun impact significatif sur les résultats scolaires. Il y a clairement un manque d’information et de recherche scientifique sérieuse en la matière. Toutefois, trois options restent à promouvoir. Tout d’abord, des preuves fiables montrent que les enfants qui sont bien nourris durant les premières années de leur vie restent à l’école plus longtemps et apprennent plus de choses lors de leur scolarisation. Cela a été démontré pour la première fois dans les années 60 à 70 par des chercheurs guatémaltèques qui distribuèrent quotidiennement une bouillie nourrissante aux enfants de deux villages choisis au hasard et une boisson fruitée beaucoup moins nourrissante aux enfants de deux autres villages. Plus récemment, la Bolivie a lancé le Proyecto Integral de Desarrollo Infantil (PIDI), pour donner à manger aux enfants de familles à bas revenus et leur permettre l’accès à des activités extrascolaires. Cette politique peut s’avérer très bon marché : la distribution de bouillie au Guatemala ne coûte que 23,25 dollars US par enfant et par an, alors qu’elle permet à l’enfant de gagner deux à quatre fois plus une fois adulte. Les programmes de transferts conditionnels d’argent, qui rémunèrent les familles pauvres dont les enfants vont à l’école régulièrement, sont une autre solution car il a été constaté qu’ils augmentent la scolarisation et diminuent l’absentéisme. Dans certaines communautés rurales du Honduras, du Nicaragua et du Mexique, les familles reçoivent un versement mensuel si le taux de présence de leur enfant à l’école est d’au moins 85 %. Au Nicaragua, ces programmes ont entraîné une augmentation de 13 % environ des inscriptions à l’école. Toutefois, ces incitations ne règlent pas le problème de la qualité de l’éducation et les études montrent que les bénéfices ne sont pas toujours à la hauteur des investissements. Les responsables politiques pourraient être tentés de suivre l’exemple du Chili ou de la Colombie, dont les gouvernements accordent aux élèves des subventions pour aller dans l’enseignement privé. Au début des années 90 à 2000, la Colombie accorda quelque 125 000 bourses à des élèves venant de communautés urbaines pauvres. Lorsque la demande dépassait l’offre, des bonus pour aller dans l’enseignement privé étaient accordés par tirage au sort. Chacune de ces primes coûtait au gouvernement colombien 24 dollars US de plus qu’auparavant par an et par élève, mais elles augmentaient le taux de fréquentation et amélioraient les résultats aux examens. On estime que les enfants qui prirent part au programme augmentèrent leurs futurs revenus de 300 dollars US par an. Les bénéfices étant 10 à 20 fois supérieurs aux dépenses, la solution semble appréciable. Toutefois, l’analyse du programme de primes mené au Chili n’a fait ressortir aucun effet positif sur les résultats aux examens ou la fréquentation des écoles. Au contraire, le principal résultat du programme semble être d’avoir encouragé les meilleurs élèves des écoles publiques à aller vers le privé. Investir dans l’éducation est un enjeu vital pour l’Amérique latine et les Caraïbes, mais il reste beaucoup d’incertitudes. Nombre de politiques s’avèrent décevantes si on les examine de près. D’autres semblent prometteuses, mais requièrent d’être étudiées plus attentivement. Ce ne sont pas nécessairement les programmes les plus coûteux qui sont les plus efficaces. Il ne suffit pas de chanter les louanges de l’éducation pour aider les pays de l’Amérique latine et des Caraïbes à se remettre au niveau des pays développés. Les gouvernements et les organisations internationales devraient plutôt appuyer les politiques éducatives ayant prouvé leur efficacité, encourager la recherche et l’évaluation d’autres politiques éducatives et soutenir les politiques et programmes non éducationnels qui améliorent la qualité de la vie dans les pays en voie de développement. * Björn Lomborg est l’organisateur du Consensus de Copenhague et professeur-adjoint à la Copenhagen Business School. Son dernier livre s’intitule : How to spend $50 billions to make the world a better place. Amy Damon et Paul Glewwe sont économistes au département d’économie appliquée de l’Université du Minnesota. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Yann Champion.
Nombreux sont ceux qui pensent que l’éducation peut résoudre tous les problèmes. Ils pensent qu’il est possible de transformer la société en injectant de l’argent pour accroître le niveau de l’enseignement. Toutefois, s’il n’y a rien à redire sur le pouvoir de l’éducation (beaucoup de spécialistes sont convaincus qu’elle forme des individus plus heureux et prospères), cet enthousiasme ne nous dit pas comment faire en sorte que plus d’enfants restent à l’école plus longtemps, ni comment s’assurer qu’ils y apprennent des choses qui leur seront utiles plus tard.
De nos jours, la quasi-totalité des enfants d’Amérique latine et des Caraïbes vont à l’école primaire et la plupart suivent ensuite plusieurs années d’enseignement secondaire (un progrès remarquable comparé à il y a cinquante ans)....