Résumons. George W. Bush vient bien d’ordonner un début de retrait des troupes engagées en Irak, mais il ne supporte pas d’être bousculé ; voilà pourquoi, en attendant d’arrêter sa décision, il tiendra bon. Nouri al-Maliki estime que son gouvernement a réalisé des progrès sur la voie de la réconciliation nationale, même si le General Accounting Office – organisme indépendant chargé des audits pour le Congrès – vient de juger que, sur un total de dix-huit objectifs, il n’en a atteint que sept, dont quatre partiellement. Les démocrates se battent, depuis leur victoire aux dernières élections législatives, pour ramener les boys à domicile, sans pour autant annoncer un quelconque plan à cette fin ni pousser trop loin le bouchon de crainte d’être lâchés par une opinion publique plus divisée qu’il n’y paraît. Si, quarante et un mois après le déclenchement de l’opération « Shock and Awe », il en est encore quelques-uns qui avouent ne rien comprendre à cet hallucinant imbroglio, alors il y a tout lieu de déplorer la baisse générale du QI dans le monde. Voilà.
À Sydney où les délégués de vingt-deux pays se penchent sur, entre autres, le problème des émissions de gaz à effet de serre, le président américain est revenu hier sur un sujet qui l’inquiète bien plus que la fonte des glaciers de l’Antarctique. Pour marteler, comme il l’avait fait la veille, qu’il tiendra bon sur les bords de l’Euphrate, pour peu que la guérilla n’en fasse pas de même et que les adversaires qui s’étripent allègrement, au rythme de plusieurs dizaines de victimes par jour, reviennent à des sentiments plus civilisés. Venant du chef de l’Exécutif, cette marque de bonne volonté devrait, espère-t-il, calmer la bataille qui se déroule au niveau du Législatif et dont une nouvelle phase doit se jouer lundi prochain, lorsque le général David Petraeus (un nom digne d’un chef de légion romaine) et l’ambassadeur Ryan Crocker viendront procéder devant les représentants de la nation à une évaluation de la situation, ce double témoignage précédant le rapport de l’Administration, avant la mi-septembre.
Pour mener à bien son entreprise de pacification, le commandement US compte désormais bien plus sur les alliances passées avec certaines tribus que sur sa force de frappe. Cette nouvelle tactique, ont calculé les « washingtonologues », est la cinquième adoptée par les républicains depuis mars 2003. Son illustration la plus frappante aura été le choix d’al-Anbar, et non plus de la capitale, pour la visite présidentielle effectuée en début de semaine. Cette province, considérée jusqu’à une date récente comme le cœur de l’insurrection sunnite, s’est vue soudain promue au rang de fief de la lutte contre el-Qaëda. Certains dans la capitale fédérale veulent voir dans ce bien étrange constat un signe encourageant. Les démocrates, eux, imités en cela par les tenants de la ligne pragmatique, se disent convaincus que jamais l’antique Mésopotamie ne sera un État monolithique, et donc gouvernable.
Tel est aussi l’avis de Peter W. Galbraith, auteur l’an dernier d’un mémorable The End of Iraq dans lequel il dénonçait les tentatives, vaines selon lui, de ressusciter un État qui, rappelle-t-il, n’a jamais existé, sunnites, chiites et Kurdes ne partageant pas la même identité. Le jugement de ce diplomate, qui fut le premier ambassadeur de son pays en Croatie, un des signataires de l’accord de Dayton et qui occupe aujourd’hui une chaire au National War College de Fort Mc Nair, est que Washington s’est finalement résigné à s’accommoder de cette situation. D’ailleurs, à bord d’Air Force One qui le conduisait en Australie, Bush ne tarissait-il pas d’éloges sur les chefs de tribu qu’il venait de rencontrer ? « Ils admirent l’Amérique, confiait-il aux journalistes qui l’accompagnaient, et j’ai l’impression qu’ils supportent de plus en plus mal le joug imposé par les hommes d’Oussama Ben Laden. »
Dans la capitale fédérale, les membres de l’opposition dans les deux Chambres du Congrès – Nancy Pelosi, la redoutable speaker de la Chambre des représentants, en tête – daubent ouvertement le président et son incurable optimisme, tout en affûtant leurs armes en prévision du duel à venir, après des vacances qui auront duré quatre semaines. « Il est temps de prendre une décision, a affirmé mardi le sénateur du Nevada, Harry Reid, chef de file du groupe démocrate, nous ne pouvons pas continuer ainsi. » Et le républicain Richard Lugar de poser la question à laquelle nul encore n’a pu apporter une réponse : « Les 25 millions d’Irakiens veulent-ils former une seule nation, ou bien nous trouvons-nous face à une communauté qui veut dominer les deux autres ? Auquel cas, nous avons une grave crise sur les bras. »
Là réside le cœur d’un problème qui a déjà coûté à l’Amérique, en comptant les cinq marines tombés hier, 3 736 morts. Et une ardoise de 500 milliards de dollars qui n’en finit pas de s’allonger. Sur la nécessité d’en finir, tout le monde semble être d’accord. Tout est de savoir quand et comment.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Résumons. George W. Bush vient bien d’ordonner un début de retrait des troupes engagées en Irak, mais il ne supporte pas d’être bousculé ; voilà pourquoi, en attendant d’arrêter sa décision, il tiendra bon. Nouri al-Maliki estime que son gouvernement a réalisé des progrès sur la voie de la réconciliation nationale, même si le General Accounting Office – organisme indépendant chargé des audits pour le Congrès – vient de juger que, sur un total de dix-huit objectifs, il n’en a atteint que sept, dont quatre partiellement. Les démocrates se battent, depuis leur victoire aux dernières élections législatives, pour ramener les boys à domicile, sans pour autant annoncer un quelconque plan à cette fin ni pousser trop loin le bouchon de crainte d’être lâchés par une opinion publique plus divisée qu’il...