On s’est copieusement étrillé, massacré, injurié ces derniers jours. À peine les chefs avaient-ils engagé leur passe d’armes que leurs lieutenants se bousculaient pour monter au créneau, qui pour riposter à l’attaque et qui pour répondre à la risposte, et ainsi de suite à l’infini. Pris au jeu, d’autres personnages du premier rang (n’est-ce pas ainsi qu’étaient désignés les participants à la stérile conférence de dialogue ?) se sont aussi jetés, à leur tour, dans la mêlée.
Pour triste qu’il soit, le phénomène n’est certes pas nouveau. Il semble s’être même ancré dans nos mœurs. La polémique remplit funestement des colonnes entières de journal, elle alimente des heures d’antenne tonitruantes à la télévision. Ce n’est pas là le plus triste, cependant. Car ce langage fleuri tenant lieu désormais de discours politique ne fait pas que heurter les oreilles plus ou moins chastes des citoyens : bien souvent, il est une véritable insulte à leur intelligence car jamais la vigueur du ton ne pourra masquer l’inconsistance ou même l’incohérence du propos.
Intolérable, c’est vrai, pour l’opposition, était ainsi la menace brandie par Walid Joumblatt d’une élection présidentielle à un quorum de la moitié plus un, même s’il ne faisait que traduire en termes clairs une tendance implicite apparue lors des récentes assises chrétiennes de Meerab. Mais c’est surtout pour crime de lèse-majesté à l’encontre du président de l’Assemblée, qualifié de simple boîte aux lettres au service du Hezbollah, qu’a été vilipendé le leader druze. Et qu’ont été lancées des accusations de vénalité et de corruption : accusations dont on doit à la vérité de dire qu’elles frapperaient bien des maisons politiques de verre si d’aventure la justice libanaise devait y prêter quelque attention...
On en a entendu bien d’autres, en ces journées de poussées d’adrénaline. Telles par exemple ces intentions partitionnistes prêtées à Joumblatt et Samir Geagea par Michel Aoun alors que ses propres alliés entretiennent une armée privée, une structure socio-médicale privée et un réseau de télécommunications tout aussi privé. Dans le même ordre d’idée, on se demande comment le général peut crédiblement s’offusquer tantôt des silences et tantôt de la loquacité du patriarche maronite, comme du mufti sunnite de la République, alors que son puissant allié – le Hezbollah, une fois de plus – a à sa tête un religieux d’une stature en tout point exceptionnelle.
Dans un pays confronté à des échéances vitales, où la moindre poussée de fièvre se répercute aussitôt sur la santé économique et morale des gens, toutes ces choses dites étaient de trop. Et puisqu’il est question d’hommes de religion mais aussi de militaires, on peut regretter en revanche que certaines choses n’aient pas été dites. Entre deux maux – le naufrage du pays ou un amendement de la Constitution –, on choisit naturellement le moindre si on y est vraiment acculé, constatait dernièrement, comme on sait, le chef de l’Église maronite. Or, la seule évocation d’une telle éventualité peut, si elle n’est bardée, dès le départ, d’une belle brochette de conditions, encourager l’obstructionnisme de certains ou stimuler à l’excès les ambitions silencieuses de certains autres.
Ces conditions, c’est l’engagement du bénéficiaire à défendre et promouvoir l’indépendance, à préserver les libertés démocratiques, à œuvrer à l’application de toutes les résolutions de l’ONU, à assumer jusqu’au bout le fonctionnement du tribunal international pour le Liban. Car à défaut d’un tel engagement solennel, public, irréversible, on n’aurait fait que lâcher la proie pour l’ombre. On n’aurait finalement rien sauvé du tout.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats On s’est copieusement étrillé, massacré, injurié ces derniers jours. À peine les chefs avaient-ils engagé leur passe d’armes que leurs lieutenants se bousculaient pour monter au créneau, qui pour riposter à l’attaque et qui pour répondre à la risposte, et ainsi de suite à l’infini. Pris au jeu, d’autres personnages du premier rang (n’est-ce pas ainsi qu’étaient désignés les participants à la stérile conférence de dialogue ?) se sont aussi jetés, à leur tour, dans la mêlée.
Pour triste qu’il soit, le phénomène n’est certes pas nouveau. Il semble s’être même ancré dans nos mœurs. La polémique remplit funestement des colonnes entières de journal, elle alimente des heures d’antenne tonitruantes à la télévision. Ce n’est pas là le plus triste, cependant. Car ce langage fleuri tenant...