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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE En équilibre difficile, Maliki joue sur le manque d’alternative

Dénigré à Washington, contesté à Bagdad, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a une marge de manœuvre limitée, concèdent ses alliés comme ses ennemis politiques, mais, ajoutent-ils, le remplacer n’est pas si facile. Ce dilemme a été illustré par les déclarations récentes du président George W. Bush. Il a exprimé d’abord sa frustration avec les progrès réalisés par le gouvernement de M. Maliki, pour 24 heures plus tard assurer qu’il s’agissait d’un « type bien », et qu’il le soutenait. L’impatience des responsables à Washington est partagée par une partie de la classe politique irakienne : les partis sunnites ont abandonné le gouvernement, et une formation radicale chiite le boycotte. La paralysie du système politique, dont les divisions sont accentuées par le système de répartition confessionnelle des responsabilités prévue par la Constitution de 2005, est considérée comme une cause majeure de la violence sectaire. Pour une grande partie des Irakiens, le gouvernement est responsable du piteux état dans lequel ils se trouvent : leur sécurité n’est pas assurée, ils manquent d’eau et d’électricité, et doivent attendre pendant des heures pour acheter un peu d’essence. Face à ce naufrage, « le Premier ministre a les mains entravées », estime le Dr Raek Ali al-Moussaoui, président de l’université al-Moustansiriyah, dans un entretien avec l’AFP. « Il ne peut pas prendre des décisions indépendantes, puisque le gouvernement est construit sur un schéma confessionnel. Il ne peut même pas nommer des ministres compétents. » Dix-sept ministres sur les 40 que compte le gouvernement ont rendu leurs portefeuilles, les sunnites reprochant à M. Maliki une gestion sectaire des affaires du pays, et les chiites radicaux l’accusant de n’être qu’une marionnette entre les mains des Américains. Même un membre de la majorité de M. Maliki, le député Mahmoud Othman, a admis que l’action du Premier ministre n’avait pas été un franc succès : « Le gouvernement de Maliki a en réalité échoué, mais les États-Unis l’ont soutenu. » Pour Nasser al-Roubai, le chef du groupe parlementaire du chef radical chiite Moqtada Sadr, ce soutien est un leurre : « Les Américains accordent un faux soutien à Maliki, pour mettre en œuvre leur propre politique », a-t-il assuré à l’AFP. Il a même accusé les États-Unis de porter atteinte à l’autorité du gouvernement en passant des accords avec des formations armées ou des tribus, pour combattre les milices ou des groupes désignés par les Américains comme « terroristes ». « Ils créent une armée dans l’armée alors même qu’ils affirment qu’ils sont opposés aux milices », souligne M. Roubai. Face à cette situation, les appels se multiplient à Washington pour exiger le départ de M. Maliki, le dernier étant celui de la candidate à l’investiture démocrate à la présidence Hillary Clinton. De Damas, M. Maliki a répondu à ses critiques : « Le gouvernement irakien émane du peuple irakien et seul ce peuple est habilité à décider de son sort. » En outre, souligne le député Othman, « il n’y pas de solution de rechange claire ». Les Américains « pensent peut-être à Allaoui, Jaafari, ou Adel Abdel Mehdi, mais il sont confrontés à un dilemme. Ils veulent remplacer Maliki, mais ils ne savent pas par qui ». Iyad Allaoui a été le premier chef de gouvernement de l’après-Saddam Hussein, et Ibrahim Jaafari lui a succédé jusqu’à mai 2006. Adel Abdel Mehdi est un des deux actuels vice-présidents. Le président Bush a reconnu que la fonction de Premier ministre irakien était un « boulot difficile », et ne semble pas avoir à l’esprit un candidat qui ferait mieux l’affaire que M. Maliki, ex-militant d’un parti chiite, le Dawa, lié à Téhéran et accusé jadis de terrorisme par l’Occident. Sabah JERGES (AFP)
Dénigré à Washington, contesté à Bagdad, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a une marge de manœuvre limitée, concèdent ses alliés comme ses ennemis politiques, mais, ajoutent-ils, le remplacer n’est pas si facile.
Ce dilemme a été illustré par les déclarations récentes du président George W. Bush. Il a exprimé d’abord sa frustration avec les progrès réalisés par le gouvernement de M. Maliki, pour 24 heures plus tard assurer qu’il s’agissait d’un « type bien », et qu’il le soutenait. L’impatience des responsables à Washington est partagée par une partie de la classe politique irakienne : les partis sunnites ont abandonné le gouvernement, et une formation radicale chiite le boycotte. La paralysie du système politique, dont les divisions sont accentuées par le système de répartition...