Le processus de résurrection et de reconstruction du Liban passe nécessairement par l’échéance présidentielle. La partielle du Metn en a été la première, l’incontournable étape. Ce prologue a livré, comme on lâche les eaux, un enseignement, un résultat fondamental à près de soixante jours du scrutin ; une réalité singulièrement mise en relief hier par Nassib Lahoud : ce n’est pas de divisions qu’il s’agit au sein des rangs chrétiens, mais d’un sain, d’un démocratique, d’un bienvenu pluralisme. Le pluralisme : une belle démonstration, à l’échelle d’une circonscription et de la représentativité chrétienne, de ce qui fait le ciment et l’identité d’un pays tout entier, toutes communautés confondues ; la condition sine qua none de sa pérennité. Voilà un constat, un paramètre que tout le monde, des différents acteurs du landernau politique libanais jusqu’aux décideurs étrangers, l’Axe (syro-iranien) comme le Consortium (arabo-franco-US), doit désormais, inévitablement, prendre en compte, inclure dans chaque calcul. Les tactiques, les stratégies, ne peuvent plus qu’être chamboulées. Pour tous.
Ce n’est pas parce qu’ils savent que le poids de l’étranger dans une échéance d’une telle importance est inéluctable que les Quatorze doivent nécessairement se résigner à patienter, à attendre que les autres s’entendent entre eux avant de leur imposer sinon un mot d’ordre du moins quelques propositions prémâchées, prédigérées. Un tel abandon de souveraineté, de dignité, au nom d’une realpolitik évidente mais qui ne demande qu’à être bousculée, violentée, laisse pantois, surtout de la part de ceux qui, loyalistes comme opposants, n’ont que ce mot à la bouche, souveraineté : les maronites. Un minimum syndical peut/doit être fait.
Les leaderships maronites ont trois choix. Un : s’entendre entre eux, d’une manière ou d’une autre, sur un ou plusieurs candidats qu’ils soumettront ensuite à un hémicycle de 128 députés présents le jour du vote. Renforcer leur communauté, dans une synergie et une dynamique époustouflantes et constructives, n’a jamais été le fort des maronites, même si serrer les poings et voir s’éloigner, en pensant au Liban, ce fameux fauteuil au profit d’un homme nécessairement moins bon que soi, consensuel mais fort et légitimé par la tribu, n’est jamais évident, ni facile, ni donné au premier venu. Il faudra pourtant bien y arriver un jour, encore une fois d’une manière ou d’une autre : il est trop tard pour penser et organiser un référendum intermaronite, une espèce de primaires, qui enverra en compétition devant les députés de la nation les trois premiers scores de cette consultation à laquelle il faudra un jour réfléchir sérieusement. Mais il est encore temps pour que le patriarche Sfeir convoque toutes les personnalités maronites, de premier ou de second plan, candidates ou pas, à un conclave civil. Les pôles chrétiens du 14 Mars pensent d’ailleurs demander au maître de Bkerké de parrainer un nouveau dialogue destiné à aboutir à un consensus autour de la personne du futur président. Très difficile, mais pas impossible. Deux : chaque camp assume ses propres responsabilités et désigne un candidat qui affrontera l’autre dans l’hémicycle. C’est la base de toute démocratie, mais encore faut-il : qu’au sein du 14 Mars, les maronites s’entendent sur un homme et un seul et fassent corps autour de lui, qu’au sein de l’opposition, les alliés du CPL, Hezbollah et Amal en tête, osent pour la première fois nommer Michel Aoun comme candidat, et que l’opposition accepte enfin de jouer le jeu démocratique dans un Parlement qui ne lui est (toujours : les assassins guettent…) pas acquis, fût-ce sur la base d’un programme préliminaire qui ferait l’unanimité. Trois : le chaos, le vide, peut-être même l’armaggedon.
Sauf que la partielle du Metn a fait comprendre aux uns et aux autres qu’ils ne peuvent plus rien imposer, encore moins par la force. On dit ainsi, de source bien informée, que Nabih Berry, délivré de l’éventualité de devoir un jour nommer Michel Aoun au nom d’un monopole de la représentativité chrétienne qui n’existe plus, va enclencher à partir du 20 août une initiative en vue de la prééminence d’un candidat consensuel ; initiative qu’il entamera par Dimane où il proposera à Mgr Sfeir cinq ou six noms, qu’il poursuivra auprès des principaux leaders libanais et qu’il terminera par une tournée à Damas, Téhéran, Ryad, Amman, Le Caire, Paris et même, peut-être, Washington. Reste que le président de la Chambre, qui a perdu énormément de la confiance que la majorité porte en lui, devra auparavant échapper à la tutelle syrienne surexercée sur lui, ou espérer un quelconque revirement de Damas, ou encore compter sur un soutien éventuel de Téhéran.
Nabih Berry a dit que seul un séisme ou un tsunami l’empêcheraient d’ouvrir le 25 septembre l’hémicycle pour l’élection présidentielle. À la bonne heure. Mais encore faudra-t-il qu’il s’y rende. Qu’il assure le quorum, par sa présence personnelle (un devoir pour le premier des députés) et celle de son bloc – quitte à voter blanc. Qu’il se rassure : il ne sera pas le seul à devoir se faire violence, pas le seul qui devra travailler pour éviter une plongée du pays dans des litres d’acide sulfurique. Pas le seul à transpirer. Pas le seul à devoir se cacher des assassins.
Entraînés par la partielle du Metn, beaucoup de pôles nationaux pourraient, à l’occasion du 25 septembre, et en contribuant à élire un successeur à Émile Lahoud, décupler leur poids politique, ou le retrouver ; se libérer du carcan des alliances politiques qui diluent, qui vampirisent. Pas seulement Nabih Berry.
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