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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Le labyrinthe des passions

Trente et unième semaine de 2007. La mémoire des uns est décidément bien élastique : oubliant qu’ils avaient applaudi et cautionné avec un plaisir évident le cadeau fait en 1990 par Bush père à Assad père : le Liban, ou oubliant que l’ancêtre de la 1559, la résolution mère, s’appelle le Syria Accountability Act, voté par le Congrès en 2003 après lobbying intensif – et louable – du courant aouniste, voilà les pôles de l’opposition libanaise qui hurlent à l’hyperingérence américaine après la proclamation surprise par Bush fils de l’état d’urgence national aux USA pour contrer les menaces syriennes contre le Liban. Un décret exécutif retentissant et à la portée quasiment historique, un couperet financier implacable pour tout individu (et sa famille) ou tout groupe qui œuvreraient pour l’affaiblissement du gouvernement libanais légitime et ses institutions démocratiques, y compris par le biais de violences politiques et/ou d’intimidations soucieuses de ressusciter l’hégémonie syrienne. On est loin, bien trop loin, de compenser là l’interventionnisme cancérigène de la Syrie et de l’Iran, les deux parrains de l’opposition, dans les affaires libanaises ; loin du superpouvoir de nuisance, triglycériné, du régime de Damas. Mais cela reste mieux que rien à l’aune de cette détermination quasi planétaire à sauver le modèle libanais et sa révolution du Cèdre : la communauté internationale, à commencer par la France, les États-Unis, l’Union européenne, le CCG, l’Égypte, la Jordanie et les autres, ne serait pas la communauté internationale si elle décidait de répondre, officiellement, publiquement au terrorisme par le terrorisme. En attendant, l’annonce faite au monde, en particulier aux ténors de l’opposition libanaise dont les avoirs en tous genres aux États-Unis, loin de se limiter aux seules stations-service, sont pour certains considérables, cette annonce est intervenue certes à trois jours de la partielle du Metn, mais surtout à J - 53 du début du processus électoral présidentiel. Un pilier s’il en est de ces institutions démocratiques libanaises évoquées par le locataire de la Maison-Blanche. Il n’y a ni hasard ni coïncidence. Cette présidentielle, sa valeur, ses prérogatives, sa consistance et l’avenir de la fonction ont été placés par Michel Aoun au cœur de la bataille metniote de ce 5 août ; un leitmotiv ânonné ad libidum par ses divers sous-lieutenants sans qu’ils aient l’air d’y voir et d’y comprendre autre chose que cette ahurissante et fascisante équation : ou Aoun ou personne à Baabda. Il n’en reste pas moins qu’aussi folklorique et aussi hors propos soit-il, ce thème de campagne, ces fameuses prérogatives présidentielles ont fini par échapper naturellement à tous les apprentis sorciers de l’opposition : à trop vouloir exacerber leur basic instinct purement communautaire ; à trop vouloir leur faire croire tout et surtout n’importe quoi (Amine Gemayel, Samir Geagea, Nassib Lahoud, Nayla Moawad, Boutros Harb, Dory Chamoun, Carlos Eddé, pour ne citer qu’eux, exigent un président de la République encore plus inféodé et instrumentalisé qu’Émile Lahoud…) ; à trop vouloir leur faire croire que sans le document de Mar Mikhaël et l’entente avec le Hezbollah, la guerre civile éclaterait tous azimuts aux quatre coins du pays, le CPL prend les Libanais en général et les Metniotes en particulier pour des Barbie et des Ken, peut-être assez jolis mais sûrement décérébrés. Il y a juste un petit problème : malgré parfois certaines apparences, et au-delà de sa masochiste fascination à l’égard d’un leader, quel qu’il soit, la majorité des Libanais ont très souvent du mal à accepter d’être pris pour d’irrécupérables crétins, des oui-oui au bonnet rouge ou des brebis Dolly juste bons à être pris en car pour aller apposer leurs empreinte digitales, même pas cachés par un rideau d’isoloir. Les Metniotes (et les électeurs de Beyrouth II) savent qu’avant de donner eux-mêmes leur voix, ils ont été mandatés cette semaine par la totalité de leurs compatriotes pour conforter un choix politique clair, une culture de vie, une vision et un désir d’avenir. Il ne s’agit plus, encore une fois, d’Amine Gemayel ou de Michel Aoun/Camille Khoury, de Mohammad Itani/Saad Hariri ou d’Ibrahim Halabi. Les Metniotes et une partie des Beyrouthins auront ce dimanche une obèse mais sublime responsabilité ; plus encore : un devoir. Au-delà de leur peu de sympathie pour telle ou telle personne qui les incarne(rait) à un instant donné, ils ont le devoir de faire triompher une idée certaine et une identité pérenne d’un Liban amoureux. Ce sera sans doute parfois une joie et une souffrance. Mais la majorité des Libanais voit clair : un cèdre est un cèdre, et pas un chou-fleur ; une révolution est une révolution, et pas une corrida de salon. Ziyad MAKHOUL

Trente et unième semaine de 2007.
La mémoire des uns est décidément bien élastique : oubliant qu’ils avaient applaudi et cautionné avec un plaisir évident le cadeau fait en 1990 par Bush père à Assad père : le Liban, ou oubliant que l’ancêtre de la 1559, la résolution mère, s’appelle le Syria Accountability Act, voté par le Congrès en 2003 après lobbying intensif – et louable – du courant aouniste, voilà les pôles de l’opposition libanaise qui hurlent à l’hyperingérence américaine après la proclamation surprise par Bush fils de l’état d’urgence national aux USA pour contrer les menaces syriennes contre le Liban. Un décret exécutif retentissant et à la portée quasiment historique, un couperet financier implacable pour tout individu (et sa famille) ou tout groupe qui œuvreraient pour...