Les audioguides dans les musées : pour ou contre ? Le sujet est presque aussi explosif que celui de la corrida. Certains détestent, et c’est viscéral. Les visiteurs sont pourtant de plus en plus nombreux à en demander et, nouvelles technologies aidant, l’offre s’amplifie.
Pierre, 52 ans, bibliothécaire, s’en souvient encore. Il a vu Le déjeuner des canotiers, de Renoir, exposé l’an dernier au musée du Luxembourg, « derrière un essaim de gens qui avaient tous un portable à l’oreille ! ».
Même agacement chez Emmanuel, journaliste, 57 ans : « Je regarde un tableau représentant un petit chemin avec un personnage à sa droite et l’audioguide me dit : “Ce tableau montre un petit chemin avec un personnage à sa droite”. Quel est l’intérêt ? »
Viviane, 35 ans, artiste, « refuse de suivre le troupeau et préfère avoir la curiosité de chercher », Bénédicte, 30 ans, informaticienne, ne veut pas s’ « enfermer sous un casque et préfère échanger mes impressions », alors que Christine, 51 ans, fonctionnaire, tempête contre « ceux qui sont scotchés devant un tableau en attendant la fin du commentaire audio ».
En mars, l’éditorialiste d’Arts Magazine, dans une chronique titrée « J’en ai plein le casque ! », envisageait même de « lancer une pétition » antiaudioguide.
Et pourtant, la demande va croissant et l’offre suit.
Selon des sondages réalisés par la RMN (Réunion des musées nationaux), l’audioguide est aujourd’hui le service le plus demandé par les visiteurs de musées, ex aequo avec les nocturnes.
La France, où 30 à 40 % à peine des musées sont équipés, « a énormément de retard », précise Yann Hamet, le « monsieur audioguide » de la RMN.
Au musée d’Orsay, l’audioguide – en huit langues – est « indispensable » car les collections permanentes sont surtout visitées par des touristes étrangers, « 84 % des loueurs d’appareils », dit Josée Gruber, du service des publics.
En moyenne, 10 % des visiteurs d’un musée équipé prennent un audioguide, mais le chiffre passe à 70 % quand le musée, comme le musée Picasso à Paris, fournit l’appareil intégré dans le prix du ticket.
Au musée du Louvre (261 500 audioguides loués en 2006, soit 3,3 % des visiteurs), Diane et sa fille Morgane, venues des Ardennes, ont pris un appareil pour « regarder la Joconde et comprendre en simultané ». « Mais les textes sont trop littéraires, c’est pour les érudits », dit la jeune femme.
Aujourd’hui, le « public veut quelque chose de ludique, de plaisant à écouter, pas une succession de notices », dit M. Hamet qui cite le musée de l’Orangerie où beaucoup d’adultes « préfèrent prendre l’audioguide pour enfants ». Il faut « concilier apport scientifique et attente du public », dit-il.
Nouvelles technologies aidant, l’heure est au miniordinateur, au MP3 et au téléchargement, vers lesquels se tournent les musées.
Antenna Audio, la plus grosse société de production, qui équipe le Louvre, Reina Sofia à Madrid ou la Tate Modern à Londres, « travaille aujourd’hui à 80 % sur des projets multimédias », dit Fabien Ponchard, du service clients.
« L’idée est de proposer des systèmes qui puissent être utilisés avant la visite, pendant et après, par téléchargement, sur Internet, podcasts », ajoute M. Hamet, avec écrans tactiles ou non, liens, images, documentation, etc.
Ainsi, au château de Versailles, on peut déjà « podcaster » des commentaires, l’abbaye de Fontevraud se visite avec un PDA (Personal Digital Assistant, assistant personnel), le Louvre lance un guide multimédia fin novembre, et la Cité de l’architecture ouvre ses portes en septembre avec un visioguide à écran tactile.
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Pierre, 52 ans, bibliothécaire, s’en souvient encore. Il a vu Le déjeuner des canotiers, de Renoir, exposé l’an dernier au musée du Luxembourg, « derrière un essaim de gens qui avaient tous un portable à l’oreille ! ».
Même agacement chez Emmanuel, journaliste, 57 ans : « Je regarde un tableau représentant un petit chemin avec un personnage à sa droite et l’audioguide me dit : “Ce tableau montre un petit chemin avec un personnage à sa droite”. Quel est l’intérêt ? »
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