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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE La prophétie Aridi

Trentième semaine de 2007. Tout le monde ou presque le reconnaît plus ou moins haut, plus ou moins clairement, fermement ; plus ou moins volontiers. Tout aussi nombreux sont ceux qui l’écrivent, le répètent, en font un cheval de bataille au service d’une nation une et unie, au service de tout le tissu socio-communautaire libanais – tellement, que cela est devenu une lapalissade : sans une présence effective des chrétiens, sans un partage équitable du pouvoir entre chrétiens et musulmans, le Liban se désincarnera, se désintégrera, perdra son identité et se transformera naturellement, automatiquement, en Irak bis, ou alors en annexes plus ou moins boisées, plus ou moins stériles, d’un consortium bancal à très forte majorité wahhabito-perse. Le dernier à l’avoir rappelé cette semaine, avec cette gravité et cette solennité qu’il sait faire siennes, à l’adresse de toutes les communautés libanaises et à commencer par celle à laquelle il appartient, avec des accents heureusement moins testamentaires mais tout aussi prémonitoires que ceux que Mohammad Mehdi Chamseddine avait voulu/su glisser entre les lignes de ses indélébiles Recommandations, c’est Ghazi Aridi. Ni chrétiens dhimmis, ni chrétiens alibi, ni chrétiens punching-ball, ni chrétiens Casques bleus, ni chrétiens dictateurs, mais chrétiens garantie d’un Liban pluriel, pluraliste, oasis, message… Cela à la seule condition que deux incontournables paramètres soient parfaitement respectés. Un : la convivialité islamo-chrétienne, passée au second plan depuis qu’ont émergé toutes les allergies sunnito-chiites et christiano-chrétiennes. Deux : un minimum de cohésion, de solidarité, d’union sacrée au sein du christianisme politique. Si le premier est désormais peu ou prou bien entretenu, relativement garanti, le second de ces paramètres n’existe pas, même à l’état d’embryon : le christianisme politique ressemble à une pétaudière infernale, à un bowling-massacre impitoyable, une espèce de tour de Babel gloutonne, branlante et, finalement, stérile, juste bonne à (re)donner des espoirs fous de attendez, nous revenons, à la famille Assad. D’autant qu’on ne peut plus se rassurer ad vitam en répétant à qui veut bien encore écouter que les chrétiens du Liban font bien de ne pas mettre leurs œufs dans le même panier et qu’ils donnent une belle leçon de démocratie à leurs compatriotes : là où Ghazi Aridi a royalement résumé la situation, c’est en replaçant tout cela dans ce qui pourrait bien figurer un jour ou l’autre dans les livres d’histoire comme la plus magistrale des erreurs, ou fautes graves, politiques : la bataille de la partielle du Metn. Parce que, n’en déplaise à tous ceux qui ont fait de la guerre d’élimination leur presque unique ambition politique, il ne s’agit pas, dans le cadre de cette partielle, de se battre pour les prérogatives du président de la République : qu’il appartienne à la majorité, à l’opposition ou à la troisième voie, celle du consensus, aucun prétendant sérieux à la première magistrature, ce qui exclut donc d’office les pantins syriens, ne voudrait voir rognées le moindre millimètre de ces prérogatives. En réalité, l’enjeu majeur de cette partielle est bien moins une question de suprématie arithmétique entre majorité et opposition, de fidélité et d’éthique à la mémoire d’un député-martyr, de cette pseudo-lutte contre le féodalisme, et encore moins de prérogatives présidentielles, qu’une définition claire et nette et irréversible du christianisme politique ; une affirmation de son identité, de sa mission, de ses objectifs. Quel christianisme politique veut-on pour ce pays qui semble avoir perdu la moindre chance de devenir une nation ? Quelle direction veut-on lui donner ? Au service de quoi, de quelles valeurs entend-on l’employer ? Ce sont effectivement deux visions qui risquent de croiser le fer dans moins de dix jours dans ce caza-creuset, ce laboratoire où se sont constamment jouées et déjouées toutes les expériences, tous les soap-opéras, tous les drames, toutes les nausées ; deux visions et deux conceptions du christianisme politique. Deux visions, donc, obligatoirement, du Liban. Le problème c’est que la A veut anéantir la B, l’ingérer, encore une fois, l’éliminer ; la B essaie, certes souvent du bout des doigts et des lèvres, un peu tardivement mais mieux vaut tard que jamais, d’amener la A, malgré ses ostentatoires velléités belliqueuses et cannibales, à cohabiter, à accepter le partage du pouvoir, sans vainqueur ni vaincu. Et surtout à s’allier à ceux avec qui elle est censée partager la même définition du Liban, celle qui ne peut s’écrire, a dit Ghazi Aridi, sans les chrétiens : l’ouverture, le rayonnement, la modernité, la vie, et le plaisir, surtout ; le plaisir en lieu et place de la lutte perpétuelle contre quelque Satan, petit ou grand, le plaisir au lieu de la guerre pour les autres. Le plaisir et le civisme, au service d’un État un et indivisible, d’un État plein et souverain, d’un État garant de toutes les communautés libanaises. Au cœur du christianisme politique, les Metniotes, dans leur majorité, on le sait, aiment se faire plaisir. Ils le cherchent, ils savent le trouver, leur plaisir. Jusque dans la fidélité. Jusque dans l’émotion. Le 5 août au soir, ils pourraient même voir Pierre Amine Gemayel leur faire un petit clin d’œil, comme s’il s’apprêtait à venir partager, complice, un arak sur leurs balcons ou leurs terrasses. Ziyad MAKHOUL

Trentième semaine de 2007.
Tout le monde ou presque le reconnaît plus ou moins haut, plus ou moins clairement, fermement ; plus ou moins volontiers. Tout aussi nombreux sont ceux qui l’écrivent, le répètent, en font un cheval de bataille au service d’une nation une et unie, au service de tout le tissu socio-communautaire libanais – tellement, que cela est devenu une lapalissade : sans une présence effective des chrétiens, sans un partage équitable du pouvoir entre chrétiens et musulmans, le Liban se désincarnera, se désintégrera, perdra son identité et se transformera naturellement, automatiquement, en Irak bis, ou alors en annexes plus ou moins boisées, plus ou moins stériles, d’un consortium bancal à très forte majorité wahhabito-perse. Le dernier à l’avoir rappelé cette semaine, avec cette gravité et...