Les difficultés croissantes de financement des rachats d’entreprises ont fait souffler un vent de panique sur les marchés, jeudi, les investisseurs craignant des conséquences dommageables pour l’économie. Wall Street et le dollar ont plongé. Même les cours du pétrole, qui avaient toutes les raisons de monter, se sont retournés à la baisse pour finir en net retrait. Après la crise du crédit « subprime », c’est-à-dire les prêts dits à risque parce qu’accordés aux ménages disposant de peu de capacités d’emprunt, des difficultés ont commencé à apparaître dans le financement des rachats d’entreprises utilisant le levier de l’endettement.
Ces dernières semaines, une dizaine de compagnies ont dû renoncer à des financements faute d’acquéreurs intéressés par la dette émise. Ainsi jeudi, les banques organisatrices de la vente du constructeur automobile Chrysler au fonds d’investissement Cerberus Capital Management ont-elles été contraintes de différer un crédit de 12 milliards de dollars destiné à financer l’opération.
General Motors, qui doit céder sa filiale de transmissions Allison aux fonds d’investissement Carlyle et Onex, a lui aussi reporté mardi un placement obligataire destiné à financer l’opération.
Jeudi, Tyco Electronics a annoncé le retrait d’une émission obligataire tandis que le géant russe Gazprom renonçait à un emprunt obligataire sur 30 ans.
Échaudés par ces difficultés de financement, les investisseurs sont sortis massivement des marchés d’actions, mais aussi des obligations les plus risquées, notamment des obligations spéculatives à haut rendement (Junk Bonds). Les sociétés dont les cours avaient monté ces derniers temps à la faveur de spéculations de rachat par des fonds de capital-investissement via de la dette retombent lourdement. Le distributeur Macy’s, qui avait fait l’objet de telles rumeurs, a perdu plus de 5 %, jeudi, à la Bourse de New York. « Nous savions tous que, quand la liquidité s’en irait, ce ne serait pas un processus progressif, mais brutal, les gens disant : je suis désolé, je n’ai pas d’argent à vous prêter, quel que soit le taux », explique Bill Featherston.
« Il y a actuellement beaucoup plus de mauvaises nouvelles que de bonnes et cela met une sacrée inquiétude sur les marchés », ajoute-t-il. Sur le marché des Junk Bonds, les acquéreurs ont quasiment disparu jeudi. Du coup, certains titres, notamment des émissions du secteur automobile, ont accusé de très fortes baisses. Quant aux obligations non spéculatives des entreprises, la prime de rendement qu’elles doivent verser par rapport au rendement offert par les titres émis par le Trésor américain a augmenté de 5 points de base pour s’établir à 25 points de base.
La fin de l’argent facile
« Même s’il y a (encore) abondance d’argent, tout d’un coup, ce n’est plus de l’argent facile », commente Bill Featherston.
L’argent facile et l’appétit pour le risque des investisseurs ont soutenu l’économie américaine ces dernières années, avec pour conséquences des défauts de paiement peu nombreux et une vague d’acquisition sans précédent, qui a alimenté une forte hausse de la Bourse. Cette hésitation constatée dans les opérations de rachat utilisant le levier de l’endettement est devenue désormais un « gel total », estime la société d’études CreditSights dans un rapport publié jeudi.
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