Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

La colère gronde dans les villages endeuillés du Akkar

Dans les villages endeuillés du Akkar, la colère monte à mesure que s’allonge la liste des soldats morts dans les combats de Nahr el-Bared, pour beaucoup natifs de cette région très pauvre, rapporte Sylvie Groult de l’AFP. Bassam Jawhar, soldat d’élite, est mort le 14 juillet, à 29 ans, sous les décombres d’un immeuble piégé, soufflé par une explosion, dans le camp de Nahr el-Bared. Le corps de Bassam n’a été récupéré que six jours plus tard. Comme lui, six soldats originaires du village de Bebnine, à quelques kilomètres au nord-est de Nahr el-Bared, sont tombés en deux mois. Dans la cour de la maison familiale, Mariam, la jeune veuve vêtue de noir, foulard blanc brodé sur la tête, est assise au pied du grand portrait du « martyr » en tenue de combat, lance-roquettes sur l’épaule. « J’ai accouché le jour où il est parti, il y a 50 jours exactement, confie Mariam, 23 ans. Il n’a vu le bébé que deux fois. » Dans la grande salle contiguë à la maison, le grand-père tient le nourrisson dans les bras. Les hommes, silencieux, défilent pour les condoléances. Mais la colère gronde. « Ne dites pas Fateh el-Islam, c’est une insulte à l’islam. Dites “la bande de criminels de Chaker el-Absi” », lâche Mohammad Jawhar, un cousin du défunt. « Il n’existe pas ici une seule maison où il n’y ait pas un soldat, explique Zeina Soufaine, 42 ans, qui a perdu le 22 mai son fils de 19 ans, Firas. Il n’y a pas de travail ici. Même pour ceux qui vont à l’école. » À mesure que s’alourdit le bilan, la colère grandit dans la région envers les Palestiniens. Le récit répété de village en village du massacre du 20 mai, au premier jour des combats, le souvenir des soldats attaqués dans leur sommeil, certains égorgés, ont balayé des décennies de relations de bon voisinage. Au loin, retentissent les explosions sourdes des obus. Dans la cour de la famille Jawhar, les insultes fusent. « Qu’ils aillent au diable », lance Sahar, la tante de Bassam. Malgré les morts et les combats sans fin, les hommes de la famille Jawhar jurent leur foi dans les soldats « parce que dans le Akkar, on aime l’armée ». Mais dans sa pauvre maison, un peu plus bas dans le village, Zeina Soufaine explose de colère : « Ils les ont envoyés là-bas comme de la chair à canon. Ils n’avaient pas d’expérience, seulement un kalachnikov. » Venu présenter ses condoléances à la famille Jawhar, un jeune adjudant, ami de Bassam, va regagner Nahr el-Bared après six heures de permission, « la première en 14 jours ». « Le moral est bon, même les blessés veulent y retourner. » « Avec nos petits moyens, nous combattons un ennemi très bien entraîné, qui tue avec une sauvagerie inouïe », confie le jeune homme, reconnaissant que les soldats ont été surpris « par l’armement très sophistiqué » de Fateh el-Islam, « les fusils de haute précision, les lunettes à infrarouge, les mines télécommandées ». Les soldats, raconte-t-il, « restent trois jours dans le camp. Ils se relaient pour dormir. Puis ils sortent et d’autres les remplacent ».

Dans les villages endeuillés du Akkar, la colère monte à mesure que s’allonge la liste des soldats morts dans les combats de Nahr el-Bared, pour beaucoup natifs de cette région très pauvre, rapporte Sylvie Groult de l’AFP.
Bassam Jawhar, soldat d’élite, est mort le 14 juillet, à 29 ans, sous les décombres d’un immeuble piégé, soufflé par une explosion, dans le camp de Nahr el-Bared.
Le corps de Bassam n’a été récupéré que six jours plus tard. Comme lui, six soldats originaires du village de Bebnine, à quelques kilomètres au nord-est de Nahr el-Bared, sont tombés en deux mois.
Dans la cour de la maison familiale, Mariam, la jeune veuve vêtue de noir, foulard blanc brodé sur la tête, est assise au pied du grand portrait du « martyr » en tenue de combat, lance-roquettes sur l’épaule.
« J’ai...