Un mariage civil va pour la première fois être instauré en Israël, une minirévolution dans un pays où seules des unions religieuses pouvaient être célébrées.
Ce petit bouleversement, qui ne concerne que les couples se réclamant du judaïsme, mais non reconnus comme tels par le grand rabbinat, l’autorité étatique compétente en matière religieuse, va être rendu possible par un accord conclu mercredi entre le ministre de la Justice Daniel Friedman et le grand rabbin sépharade d’Israël, Shlomo Amar. Selon cet accord sans précédent depuis la création du pays en 1948, ces personnes pourront convoler en justes noces devant une juridiction civile, également compétente en matière de divorce.
Est considérée comme juive, en Israël, toute personne née d’une mère juive ou convertie au judaïsme conformément à la stricte tradition religieuse orthodoxe.
« J’espère que cette formule restreinte pourra avec le temps être élargie (...). À l’étranger, l’existence d’un mariage civil ne gêne pas les juifs », a déclaré hier M. Friedman à la radio publique.
En contrepartie de l’arrangement, le grand rabbinat a obtenu d’établir des tribunaux rabbiniques ayant la haute main sur les conversions au judaïsme, ce qui va à l’encontre des ambitions du courant réformé du judaïsme, considéré comme plus tolérant et plus moderniste. Ce courant est largement majoritaire au sein de la puissante communauté des quelque 5,5 millions de juifs américains.
Un arrêt de la Cour suprême d’Israël oblige les autorités israéliennes à reconnaître les conversions réalisées à l’étranger par les rabbins réformés, qui, forts de ce précédent, voudraient aussi imposer leurs conversions réalisées en Israël. « La formule proposée par MM. Friedman et Amar est de la poudre aux yeux. Elle résout un problème pour une poignée de couples et laisse des centaines de milliers d’autres sans solution », s’est insurgé le rabbin Gilad Kriv, président du Centre réformé pour un pluralisme juif à Jérusalem. « Une sorte de caste à part va ainsi être créée, celle de 300 000 personnes immigrées de l’ex-URSS, qui vivent pourtant à nos côtés et servent dans les rangs de Tsahal (l’armée) », a renchéri Zamira Séguev, présidente du Forum pour un mariage libre. « Israël se veut un État démocratique et doit permettre qu’on s’y marie librement, car c’est un droit naturel fondamental », a-t-elle ajouté.
Même point de vue pour le député Yossi Beilin, chef du parti laïc de gauche Meretz, qui dénonce « une initiative visant à isoler les immigrants de l’ex-URSS non reconnus comme juifs dans un ghetto où ils pourront se marier, et à les discriminer, au lieu de les intégrer ». Au cours des quinze dernières années, plus d’un million d’immigrants sont arrivés en Israël en provenance de l’ex-URSS, dont 270 000 qui ne sont pas juifs aux yeux du grand rabbinat et ne se réclament d’aucune autre religion. Quelque 150 000 d’entre eux sont célibataires. La Loi du retour, texte fondamental de l’État juif, permet à tout juif de la diaspora ainsi qu’à ses parents de « revenir » en Israël et d’obtenir ipso facto la citoyenneté israélienne.
Le Premier ministre Ehud Olmert, le rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel du parti religieux orthodoxe sépharade Shass, et le parti russophone d’extrême droite Israël Beitenou ont dit soutenir l’accord Friedman-Amar.
Une loi de la Knesset devrait donc l’avaliser prochainement, le gouvernement disposant de 78 députés sur un total de 120 au Parlement. Jusqu’à l’adoption de cette loi, pour se marier civilement, tous les Israéliens devaient jusqu’à présent se rendre à l’étranger – en général à Chypre – puis transcrire leur union au ministère israélien de l’Intérieur. Jusqu’à nouvel ordre, c’est toujours à cette solution que devront recourir les couples « mixtes », dont l’un des membres n’est pas juif.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un mariage civil va pour la première fois être instauré en Israël, une minirévolution dans un pays où seules des unions religieuses pouvaient être célébrées.
Ce petit bouleversement, qui ne concerne que les couples se réclamant du judaïsme, mais non reconnus comme tels par le grand rabbinat, l’autorité étatique compétente en matière religieuse, va être rendu possible par un accord conclu mercredi entre le ministre de la Justice Daniel Friedman et le grand rabbin sépharade d’Israël, Shlomo Amar. Selon cet accord sans précédent depuis la création du pays en 1948, ces personnes pourront convoler en justes noces devant une juridiction civile, également compétente en matière de divorce.
Est considérée comme juive, en Israël, toute personne née d’une mère juive ou convertie au judaïsme conformément à la...