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Actualités - Opinion

Perspective Pour ne pas oublier l’essentiel Michel TOUMA

Clôturant la réunion informelle interlibanaise qui s’est tenue ce week-end à La Celle-Saint-Cloud, le chef du Quai d’Orsay, Bernard Kouchner, a mis l’accent, au cours de sa conférence de presse, sur deux formules-clés en vue d’une hypothétique sortie de crise : le respect de l’accord de Taëf et le refus de voir le Liban se transformer en un terrain d’affrontement régional. Deux formules-clés qui paraissent être une lapalissade, des lieux communs, mais qui résument à elles seules toute la dimension de la crise et qui, dans le même temps, posent les jalons d’une solution future. La réaffirmation de l’engagement de toutes les parties à se conformer à l’esprit et la lettre de la formule de Taëf est fondamentale et constitue une démarche impérative dans le contexte présent, car elle implique l’attachement à la parité islamo-chrétienne dans l’exercice du pouvoir et au niveau des institutions étatiques, quelle que soit l’évolution démographique dans le pays. Il s’agit là de l’essence même de la formule libanaise, de la pierre angulaire du « Liban message », de la raison d’être du pays du Cèdre. La confirmation de l’attachement à cette parité islamo-chrétienne est un acte de foi que le Hezbollah devrait répéter régulièrement et à chaque fois que l’occasion se présente afin de couper court aux spéculations et aux rumeurs soutenues, lui attribuant la velléité de réclamer une révision de l’accord de Taëf au détriment des chrétiens. Et dans ce même cadre, les élites et les divers milieux politiques devraient lire et relire le testament politique de l’imam Mohammad Mehdi Chamseddine qui a expressément recommandé aux chiites libanais de ne plus jamais remettre en question le confessionnalisme politique en tant que système afin, précisément, de donner toute son ampleur au rôle chrétien qui est à la base des spécificités du Liban. Aussi crucial qu’il puisse être, ce volet interne de la crise qui ébranle le pays depuis plusieurs mois ne constitue pas pour autant la véritable pierre d’achoppement à un règlement du problème libanais. Cela expliquerait sans nul doute, dans une large mesure, les résultats modestes et limités de réunions similaires à celle qui vient de se tenir dans la banlieue parisienne. Et c’est là le grand reproche que l’on ne cessera de faire à certaines composantes de l’opposition, notamment le CPL, qui le plus souvent occulte et néglige le volet de la crise en rapport avec les interférences régionales, limitant toute son argumentation aux seules questions de politique interne. D’où l’importance de la petite phrase lancée hier soir par Bernard Kouchner au sujet des ingérences étrangères. Cette allusion à peine voilée du chef du Quai d’Orsay fournit une bonne occasion de reposer, une fois de plus, le problème libanais dans son véritable contexte, de façon à ne pas oublier l’essentiel, à rappeler – encore et toujours, et jamais suffisamment – où se situent les racines du mal. Afin de ne pas se tromper de bataille, de ne pas se tromper d’ennemi ou d’adversaire… Car l’on a trop tendance à oublier qu’une véritable guerre – non conventionnelle – est menée aujourd’hui contre le pays, contre le projet de consolidation d’un Liban souverain, politiquement indépendant, libre de ses décisions. Certaines parties et personnalités ont tendance à occulter le fait que depuis le fameux Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Act et depuis la résolution 1559 du Conseil de sécurité, un difficile processus visant à restituer au Liban sa liberté et son indépendance politique a été enclenché sous l’impulsion des États-Unis et de la France, et de l’Union européenne en général, sous la houlette du Conseil de sécurité de l’ONU. La tentative d’assassinat de Marwan Hamadé, en octobre 2004, a constitué un premier avertissement lancé par la Syrie pour stopper ce processus. En vain… L’assassinat de Rafic Hariri a donc été la seconde tentative majeure d’arrêter cette marche de l’histoire. Mais elle a eu un effet boomerang. Et Damas a été contraint de mettre fin à ses trente ans de tutelle et d’occupation. Depuis, la contre-offensive syrienne n’a laissé aucun répit aux Libanais. Et elle se poursuit jusqu’aujourd’hui en prenant des formes de plus en plus diversifiées. L’essence du problème se situe à ce niveau-là. Tous les efforts doivent donc être concentrés sur la mobilisation généralisée des potentialités et des moyens permettant de contrer et de faire échec à la contre-offensive syrienne. Il y va de l’existence même et de la pérennité de l’entité libanaise. Du même coup, c’est la spécificité et la raison d’être du pays qui sont aussi en jeu. Pour la première fois dans l’histoire du Liban, trois grandes communautés – les chrétiens, les sunnites et les druzes – ont présenté un front uni et solidaire pour mener ensemble cette bataille souverainiste. Jamais, dans l’histoire contemporaine du Liban, une coalition aussi large et aussi plurielle – regroupant une Gauche démocratique, le Courant du futur, le PSP, aux côtés des Forces libanaises, des Kataëb, du PNL, du Bloc national, et des personnalités indépendantes de premier plan (dont le dernier représentant du Destour) – n’avait été formée de la sorte pour défendre le vrai visage du Liban, son indépendance politique et sa souveraineté, face à la guerre tous azimuts déclenchée par la Syrie et face aux visées iraniennes en terre libanaise, par le Hezbollah interposé. Aujourd’hui, le problème de fond réside dans cette lutte. Toute proposition, toute démarche, toute solution ne saurait occulter cette dimension de la crise. Et toute alliance ou toute attitude politique qui affaiblirait ce front uni ou l’une quelconque de ses composantes reviendrait à faire objectivement le jeu de ceux qui n’épargnent aucun moyen pour torpiller la marche vers la consolidation des acquis de l’intifada de l’indépendance. La réunion de La Celle-Saint-Cloud n’a pas débouché sur des résultats palpables, mais l’on peut quand même espérer qu’elle ait pavé la voie à une relance des efforts internes en vue de placer le pays sur la voie d’une solution. Et, dans un tel contexte, une formation comme le CPL – à la différence du Hezbollah, qui reste organiquement lié à son parrain iranien – ne saurait se permettre, dans ses choix politiques, d’oublier, ou tout au moins d’occulter, l’essentiel, à savoir que le régime syrien mène depuis deux ans une guerre ouverte contre le Liban. Dans ce genre de situation, il faut choisir son camp et assumer devant l’histoire la responsabilité de son choix.
Clôturant la réunion informelle interlibanaise qui s’est tenue ce week-end à La Celle-Saint-Cloud, le chef du Quai d’Orsay, Bernard Kouchner, a mis l’accent, au cours de sa conférence de presse, sur deux formules-clés en vue d’une hypothétique sortie de crise : le respect de l’accord de Taëf et le refus de voir le Liban se transformer en un terrain d’affrontement régional. Deux formules-clés qui paraissent être une lapalissade, des lieux communs, mais qui résument à elles seules toute la dimension de la crise et qui, dans le même temps, posent les jalons d’une solution future.
La réaffirmation de l’engagement de toutes les parties à se conformer à l’esprit et la lettre de la formule de Taëf est fondamentale et constitue une démarche impérative dans le contexte présent, car elle implique...