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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Tu brûles...

Prometteur, et néanmoins préoccupant : ainsi pourrait être qualifié le dernier rapport d’étape du procureur Serge Brammertz. Prometteur certes est ce document, car il fait état de progrès significatifs dans l’enquête internationale sur les attentats criminels commis au Liban : progrès d’une telle ampleur qu’un dossier substantiel pourra bientôt être livré au tribunal spécial appelé à juger les assassins de Rafic Hariri. Ceux-ci, ou du moins un certain nombre d’entre eux, sont désormais connus, indique ainsi le texte. Leurs mobiles étaient assez puissants – et leurs moyens assez considérables – pour les conduire à éliminer un homme qui, au sein de sa communauté, avait acquis une stature débordant largement le cadre du Liban : un homme, souligne le texte, qui passait pour avoir joué un rôle-clé dans le vote de la résolution 1559 de l’ONU stipulant le départ des troupes syriennes stationnées au Liban. Si le juge Brammertz reste naturellement tenu au secret de l’enquête, s’il se garde bien de citer le moindre nom, il n’est guère difficile en revanche de suivre son regard... Si toutefois les investigateurs vont de l’avant, les saboteurs, eux, ne sont pas en reste. Le rapport Brammertz ne manque pas de noter en effet la dégradation continue sur le terrain, illustrée par l’assassinat du député Walid Eido, l’interminable et sanglante éruption de Nahr el-Bared et l’attentat à la voiture piégée contre le contingent espagnol de la Finul. Pour la toute première fois, le magistrat belge va même jusqu’à s’alarmer des répercussions négatives que risque d’avoir cette insécurité ambiante, rampante (et même galopante) sur le libre fonctionnement de l’enquête elle-même. En clair, plus les investigateurs se rapprochent du but et plus ils craignent pour l’efficacité de leurs efforts, sinon pour leur propre sécurité physique. C’est naturellement énorme. Car jamais auparavant un lien de cause à effet n’aura été plus visiblement établi par les enquêteurs eux-mêmes, entre la promesse d’une vérité désormais à portée de main et la frénésie meurtrière qui s’est emparée de ceux qui ont toutes les raisons de craindre, jusqu’à l’affolement, cette même vérité. En somme, ce sont les périls de la vérité qui, par réaction, menacent de mettre la vérité en péril : là aussi, le regard du juge Brammertz ne saurait prêter à équivoque et le premier suspect, la Syrie, obtient par la bande une mention de plus. Pour fine que soit la lame toutefois, elle est à double tranchant. Car en l’absence actuelle de tout système international de dissuasion ou de sanction véritablement efficace, l’avertissement risque d’être mal perçu. Si la subversion marque imperturbablement – et impunément – des points, si elle en vient à troubler les esprits les mieux préparés aux risques inhérents à toute enquête d’une telle envergure, susceptible d’avoir des retombées aussi graves pour des États, des régimes, des hauts responsables, pourquoi diable s’arrêterait-elle en si bon chemin ? C’est dire qu’il faut sérieusement se préoccuper de protéger ceux qui sont ici pour nous protéger. C’est déjà le cas d’une Finul en butte aux atteintes du terrorisme, c’est peut-être le cas désormais pour les enquêteurs. Cette protection relève en bonne partie de la responsabilité de la communauté internationale, laquelle en effet a généreusement dépêché les uns et les autres sur notre sol. Et face au déferlement de forces déstabilisatrices, face à la féroce détermination des criminels et des terroristes, cette protection ne peut plus être assurée à coups de mises en garde onusiennes seulement, d’appels à la pleine coopération du régime baassiste ou encore de ces grotesques interdictions de séjour aux États-Unis récemment décrétées contre des personnages syriens et libanais. Cette responsabilité internationale n’exclut en aucun cas cependant celle des Libanais eux-mêmes : de tous les Libanais car c’est le même chaos qui les guette indistinctement. Tout doit être fait pour éloigner ce spectre, et cela, les protagonistes de la crise, par-delà leurs convictions politiques, leurs alliances, leurs obédiences, le doivent aux citoyens. Cette angoissante réalité sera-t-elle plus évidente à La Celle-Saint-Cloud qu’à Beyrouth ? Il faut l’espérer de toutes ses forces. Des congressistes réunis aujourd’hui sous les auspices de la France on n’attend guère de miracles, c’est vrai. Mais à défaut de miracles, une petite pluie d’été serait la bienvenue, qui viendrait doucher plus d’une outrance partisane. Issa GORAIEB

Prometteur, et néanmoins préoccupant : ainsi pourrait être qualifié le dernier rapport d’étape du procureur Serge Brammertz.

Prometteur certes est ce document, car il fait état de progrès significatifs dans l’enquête internationale sur les attentats criminels commis au Liban : progrès d’une telle ampleur qu’un dossier substantiel pourra bientôt être livré au tribunal spécial appelé à juger les assassins de Rafic Hariri. Ceux-ci, ou du moins un certain nombre d’entre eux, sont désormais connus, indique ainsi le texte. Leurs mobiles étaient assez puissants – et leurs moyens assez considérables – pour les conduire à éliminer un homme qui, au sein de sa communauté, avait acquis une stature débordant largement le cadre du Liban : un homme, souligne le texte, qui passait pour avoir joué un rôle-clé...