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Actualités - Opinion

Et si ce n’était pas seulement el-Qaëda ?

«Chocking. » C’était bien l’impression générale au Royaume-Uni en juillet 2005 en apprenant que les auteurs des attentats de Londres étaient britanniques. En 2007, c’est le monde médical qui est sous le choc en découvrant que les auteurs des attentats ratés de Londres et de Glasgow travaillaient dans le domaine médical. Ces révélations ont surtout porté préjudice aux enquêteurs qui œuvrent d’arrache-pied pour éviter de telles attaques. Dans les deux cas, le profil des terroristes ne correspondait pas aux prévisions des policiers. Il devient ainsi de plus en plus difficile de repérer et de traquer ces réseaux islamistes. La première conclusion à tirer est de constater que la situation sociale et la pauvreté ne sont plus une cause déterminante de l’action terroriste. Beaucoup avaient essayé de justifier le phénomène islamiste ou jihadiste chez les jeunes par le désœuvrement, le manque d’éducation, le chômage, comme c’est le cas par exemple des auteurs des attentats de Casablanca en 2007. Les faits démentent toutefois cette hypothèse. Les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis avaient tous un niveau d’éducation avancé, ils étaient des ingénieurs, des techniciens ou autres. Ayman el-Zawahiri lui-même est médecin tout comme les auteurs des derniers attentats en Grande-Bretagne. Sans oublier que Oussama Ben Laden est un richissime milliardaire saoudien. À noter également qu’un bon nombre d’entre eux ont une vie stable, sont mariés et pères de famille. Un autre indice mérite d’être signalé. L’idéologie jihadiste n’a pas une dimension nationale. Il est donc également erroné de justifier le terrorisme par un conflit déterminé. Ce n’est pas la fin du conflit israélo-palestinien qui va résoudre le problème. Ni le retrait des forces américaines d’Irak. L’idéologie islamiste salafiste a, en effet, transcendé le nationalisme pour aboutir à un religieux transnational. Chaque fois qu’un danger réel ou fictif menace l’islam dans le monde, il y a obligation de soutenir ses coreligionnaires. De l’indépendance du Timor-Oriental aux guerres afghanes contre l’ex-URSS ou contre l’OTAN, des conflits de l’Irak, du Kosovo et de la Bosnie en passant par ceux du Liban et de la Tchétchénie, sans oublier l’affaire du foulard islamique et les caricatures du prophète, tous ces événements sont perçus comme une attaque contre la « oumma » islamique. Assis dans sa salle de séjour et regardant la télévision, un islamiste britannique se sentira concerné en voyant les images de guerre en Irak ou en Afghanistan. De même, un islamiste égyptien se révoltera en prenant connaissance des caricatures danoises sur le prophète Mohammad, alors qu’un islamiste algérien se sent obligé d’aller combattre aux côtés de ses coreligionnaires du Kosovo ou en Tchétchénie. De ce fait, la mondialisation et la floraison des moyens de communication (Internet, chaînes de télévision câblées) vont aider l’idéologie islamiste à se développer rapidement et efficacement en grignotant petit à petit le domaine musulman nationaliste ou modéré. Ainsi, selon les salafistes, les États modernes, la démocratie et les droits de l’homme sont autant de manifestations occidentales qui visent à souiller « l’islam pur » des origines. Du coup, les ennemis de l’islam ne sont plus uniquement les non-musulmans, mais aussi tout musulman qui s’associe et qui intègre les divers systèmes occidentaux. La dernière intervention de Zawahiri, il y a quelques jours, confirme la tendance à s’attaquer également aux régimes politiques arabes et musulmans pro-occidentaux. Cette analyse n’incite évidemment pas à l’optimisme, puisque la multiplication des acteurs islamistes à travers le monde ne repose pas uniquement sur un réseau terroriste international lié à el-Qaëda. Les cellules islamistes dans les pays occidentaux et même au Proche et Moyen-Orient prolifèrent de façon de plus en plus autonome. Il existe ainsi des milliers d’anonymes prêts à passer à l’action à tout moment, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Espagne, au Maroc ou au Liban sans avoir un lien direct avec la nébuleuse d’Oussama Ben Laden. El-Qaëda ne semble plus être aujourd’hui une organisation qui chapeaute un réseau terroriste mondial. Elle serait juste l’entité la plus connue d’un mouvement jihadiste fondé sur une idéologie islamiste engagée et violente. Antoine AJOURY

«Chocking. » C’était bien l’impression générale au Royaume-Uni en juillet 2005 en apprenant que les auteurs des attentats de Londres étaient britanniques. En 2007, c’est le monde médical qui est sous le choc en découvrant que les auteurs des attentats ratés de Londres et de Glasgow travaillaient dans le domaine médical.
Ces révélations ont surtout porté préjudice aux enquêteurs qui œuvrent d’arrache-pied pour éviter de telles attaques. Dans les deux cas, le profil des terroristes ne correspondait pas aux prévisions des policiers. Il devient ainsi de plus en plus difficile de repérer et de traquer ces réseaux islamistes.
La première conclusion à tirer est de constater que la situation sociale et la pauvreté ne sont plus une cause déterminante de l’action terroriste. Beaucoup avaient essayé de...